Islamophobie: une mécanique structurelle à enrayer

Ce 21 septembre, c’était la Journée européenne contre l’islamophobie. Mais en réalité, de nombreux musulmans vivant en France ou dans d’autres pays européens ont peu d’espoir de voir leur situation s’améliorer dans un avenir proche. Les discriminations, violences et discours de haine à leur encontre nécessitent une réponse européenne.

Ce 21 septembre, c’était la Journée européenne contre l’islamophobie, cette forme de racisme qui se caractérise par les discriminations et violences subies par les personnes de confession musulmane ou celles perçues comme telles. Mais en réalité, de nombreux musulmans vivant en France ou dans d’autres pays européens ont peu d’espoir de voir leur situation s’améliorer dans un avenir proche.

L’affaire du burkini a parfaitement incarné l’islamophobie structurelle que subissent les musulmans, et les femmes musulmanes en particulier. Tant les politiciens que le pouvoir judiciaire ont instrumentalisé cette Islamophobie structurelle pour mettre en place des mesures discriminatoires.

Les débats et mesures discriminatoires à l’encontre des musulmans en France se répercutent d’ailleurs à travers l’Europe, et nécessitent une réponse européenne de toute urgence.

En Belgique, le Collectif Contre l’Islamophobie en Belgique a recensé 36 actes islamophobes entre le 22 mars et le 22 avril 2016 – plus d’un acte islamophobe par jour sur cette période d’un mois. En Allemagne, l’islamophobie est en hausse: 40% des personnes interrogées lors d’une enquête récente pensent qu’on devrait interdire aux musulmans d’entrer en Allemagne. On ne compte plus les discours anti-musulmans par les représentants politiques – même au plus haut niveau – et manifestations et attaques ciblant les musulmans dans des pays comme la Hongrie, la Slovaquie ou la Bulgarie. Au Royaume-Uni, il y a eu un déferlement d’incidents racistes, y compris contre les communautés musulmanes, suite au vote en faveur du Brexit, une campagne marquée par un discours raciste et xénophobe.

Pour les femmes musulmanes européennes, la situation est d’autant plus accablante qu’elles paient le prix fort de cette islamophobie grandissante, tant quand elles sont victimes de violences physiques ou verbales dans la rue, à la sortie de l’école de leurs enfants, ou dans le métro, que quand il s’agit d’accéder au marché de l’emploi ou aux formations professionnelles. Les chiffres sont d’ailleurs édifiants, comme le montre un rapport récent du Réseau européen contre le racisme (ENAR) sur l’impact de l’islamophobie sur les femmes musulmanes. En Allemagne par exemple, un testing a révélé que 18% des entreprises ont invité des candidats ayant un nom à consonance allemande à un entretien d’embauche, contre 13% pour des candidats ayant un nom à consonance turque. Seuls 3% des entreprises ont invité des candidates portant le voile dans la photo de CV. Ces obstacles perdurent à travers l’Union européenne, malgré le fait que la législation européenne interdise les discriminations dans l’emploi sur base de l’appartenance religieuse, de l’origine ethnique et du genre (ainsi que l’orientation sexuelle, l’âge et le handicap).

En outre, les mesures de lutte contre le terrorisme ont un impact disproportionné sur les communautés musulmanes, et sur ceux qui sont perçus comme faisant partie de ces communautés. De nombreux abus sont commis au nom de la sécurité : contrôles au faciès par les forces de l’ordre, violences et abus policiers lors de perquisitions, et usage de restrictions administratives sur base de critères vagues et discriminants, pour n’en citer que quelques-uns. En France, cela fait presqu’un an que l’état d’urgence a été déclaré et plusieurs associations, dont Amnesty et Human Rights Watch, ont dénoncé les dérives de la mise en œuvre des mesures d’urgence et les violations des droits humains qu’elles ont entraîné. L’approche selon laquelle le fait d’avoir une pratique religieuse conservatrice mènerait de facto à soutenir le terrorisme violent est faussée et a pour résultat de cibler des milliers de familles et individus musulmans innocents.

Dans ce contexte, il est grand temps que gouvernements, représentants politiques, juges et autorités administratives arrêtent d’instrumentaliser cette thématique et agissent pour mettre fin aux discriminations et aux violences, par exemple en mettant en place un plan national de lutte contre l’islamophobie. Les mesures de lutte contre le terrorisme, quant à elles, doivent se baser sur des études d’évaluation d’impact indépendantes, inclure des garde-fous pour s’assurer que les droits humains seront respectés et être accompagné de mesures d’égalité et d’inclusion sociale avec une vision à long terme. Si le statut quo perdure, cela fera le jeu des extrêmes de tous bords, de Daesh à l’extrême droite, avec tous les risques que cela comporte pour une société de droit, inclusive, et respectueuse de chacun.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.