1 Billets

0 Édition

Billet de blog 10 févr. 2022

Nous préfigurons depuis des années un modèle de santé communautaire de 1er recours

En réaction à la communication gouvernementale sur l'expérimentation « centres et maisons de santé participatifs », le Réseau national des centres de santé communautaire met les points sur les « i ».

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Nous sommes celles et ceux qui préfigurons depuis des années un modèle de santé communautaire de premiers recours

Depuis presque deux décennies, nos équipes écrivent une nouvelle page de l’histoire de la santé communautaire en France, celle des centres de santé communautaire : la Case de santé à Toulouse depuis 2006, la Place santé à Saint-Denis à partir de 2011, le Village 2 santé à Échirolles qui se crée en 2016, le Château en santé à Marseille depuis 2018. D’autres nous suivent depuis, installant un modèle alternatif dans le paysage sanitaire.

Nos centres se proposent, à partir de lieux accueillants, de produire avec les patient-e-s un autre travail en santé basé sur des stratégies de lutte contre les inégalités sociales de santé. Nous l'avons fait contre vents et marées, subissant constamment l’inadéquation du financement de la santé à notre modèle. Mais notre détermination a porté ses fruits, nous avons enfin été entendu-e-s et le gouvernement a autorisé l'expérimentation de ce nouveau modèle économique et lancé officiellement, le 31 janvier 2022, l’expérimentation nationale des centres et maison de santé « participatifs ».

Ce lancement s’inscrit dans un contexte électoral et nous tenions ici à préciser quelques éléments suite au communiqué de presse du gouvernement pour que cette expérimentation ne serve pas d’autres objectifs que ceux travaillés depuis 18 mois : construire un modèle économique propre à l’émergence de nouvelles formes d’organisation en soins primaires qui prennent réellement en compte les inégalités sociales de santé dans les parcours de soin.

Quand une politique publique se nourrit de l’expérience des équipes de terrain, nous savons que celle-ci à des chances de s’inscrire dans la durée, même au-delà des discours de circonstance. Nous avons montré que nous pouvions travailler ensemble pour construire ce nouveau modèle économique. Il faut du respect mutuel, et la reconnaissance du travail effectué par nos équipes depuis plus de 15 ans, au « croisement du sanitaire et du social » grâce à nos pratiques pluri-professionnelles. Nous avons construit une « méthode nouvelle » que le gouvernement vient enfin financer.

De plus nos structures ne « s’inscrivent [pas] dans la lignée de [la] méthode « d’aller vers » » du gouvernement. Nous sommes témoins depuis de trop nombreuses années de la destruction organisée du tissu associatif et des services publics dans les quartiers dans lesquels nous sommes implantés. L’épidémie Covid19 a accéléré la désertion du service public de ces quartiers, nous plaçant encore davantage dans un travail de substitution aux pouvoirs publics.

Pour les habitant-e-s, plus qu’hier encore, c’est un sentiment de citoyenneté de seconde zone oscillant entre colère et résignation qui prévaut. En parallèle, la destruction de l’hôpital public et du secteur psychiatrique a continué de renforcer le virage pris vers un système de santé inégalitaire et marchand. Nos centres n’ont pas vocation à être des solutions de proximité bas de gamme pour pallier un système qui accentue les inégalités sociales de santé. Parce que nous sommes proches du corps des personnes au quotidien, nous voulons être des vigies du fonctionnement de cette société et de ses impacts sur la santé de nos patient-e-s.

Si nous avons participé à la création de cette expérimentation dont le cahier des charges est le reflet de nos structures, c’est pour que d’autres puissent en profiter, c’est pour que nous puissions nous inscrire dans le temps et pas constamment dans notre survie économique, c’est pour amener sur la place publique une conception radicalement différente du travail en santé.

Il y a 1514 quartiers en Politique de la Ville dont 86% ne disposent d'aucune structure de soins de premier recours. Nous allons donc continuer de nous battre pour que l'expérimentation ne se limite pas à 60 structures, pour son inscription dans le droit commun et sa généralisation dans tous les territoires urbains et ruraux qui le souhaiteront. L’accès de tou-te-s à la santé ne pourra par ailleurs exister que si les politiques publiques se fixent pour objectif premier de réduire les inégalités sociales de santé, en commençant par le maintien de services publics de qualité accessibles à toutes et tous.

Les équipes de La Case de Santé, de ACSBE La Place Santé, de Le Village 2 santé et du Chateau En Santé

Dans "les quartiers" du côté des centres de santé communautaires nouvellement labellisés "centres de santé participatifs"

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Exécutif
Macron, la gauche Majax
Pour la majorité présidentielle et certains commentateurs zélés, Emmanuel Macron a adressé un « signal à la gauche » en nommant Élisabeth Borne à Matignon. Un tour de passe-passe qui prêterait à sourire s’il ne révélait pas la décomposition du champ politique orchestrée par le chef de l’État.
par Ellen Salvi
Journal
Élisabeth Borne à Matignon : le président choisit la facilité
Trois semaines après sa réélection, Emmanuel Macron a décidé de nommer Élisabeth Borne comme première ministre. À défaut d’élan ou de signal politique, le chef de l’État a opté pour un profil loyal, technique et discret, dans la veine de son premier quinquennat.
par Dan Israel et Ilyes Ramdani
Journal — Genre
Mineurs trans : des groupuscules conservateurs passent à l’offensive
Après la prétendue « théorie du genre », le mariage pour tous et la PMA, c’est la transidentité des mineurs qui attise une nouvelle panique morale en France. En 2021, plusieurs collectifs se sont fédérés autour de cette question et tentent d’influencer médecins et politiques dans leurs décisions.
par Rozenn Le Carboulec
Journal
Pédocriminalité : un an après sa création, la commission inceste au milieu du gué
Installée en mars 2021 à la suite de l’émergence du mouvement #MeToo inceste, la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants poursuit son recueil de la parole des victimes, tout en faisant face aux premières résistances de la société.
par Hugo Lemonier

La sélection du Club

Billet de blog
Migrations environnementales #1 : la sécheresse dans la Corne de l’Afrique
Le manque d’eau pourrait, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), concerner 40 % de la population mondiale avant 2050 et pousser à la migration jusqu’à 700 millions de personnes. Dans la Corne de l'Afrique, le réchauffement climatique entraîne déjà des déplacements de population.
par BPI - Migrants, réfugiés, exilés
Billet de blog
L'UE a dépensé plus de 340 millions d’I.A. pour le contrôle des frontières
Comme l'écrit Statewatch depuis 2007 l'UE a dépensé plus de 340 millions pour la recherche sur les technologies de l’Intelligence Artificielle (I.A.) destinée au contrôle des frontières, des demandeurs d’asile, de l’immigration, alors que la proposition de loi en la matière actuellement en discussion ne fournit pas les sauvegardes contre les emplois dommageables de ces technologies.
par salvatore palidda
Billet de blog
« Grand remplacement » : un fantasme raciste qui vient de loin
La peur d’un « grand remplacement » des « Blancs chrétiens » est très ancienne en France. Elle a connu une véritable explosion à l’ère coloniale, face à la présence, pourtant quantitavement faible, des travailleurs africains en métropole. Alain Ruscio montre ici que ce fantasme raciste fut un filon politique et un calcul abondamment exploités du XIXe siècle à nos jours.
par Histoire coloniale et postcoloniale
Billet de blog
La Méditerranée pour tombeau, pièce journalistique n°1
Changer la compréhension du monde par le partage d’enquêtes sur le terrain. À La Commune CDN d'Aubervilliers, la pièce d'actualité n°17 est aussi la pièce journalistique n°1. Etienne Huver et Jean-Baptiste Renaud ont enquêté sur la route migratoire la plus dangereuse du monde. À l’heure de la solidarité ukrainienne, la Méditerranée n’en finit pas de tuer et nous regardons ailleurs.
par guillaume lasserre