Entre République et Nation: la Démocratie d'abord

Hier, on a marché entre République et Nation. Dans un gigantesque élan de fraternité pour défendre des valeurs de liberté et d’égalité.Mais qui a marché hier entre ces deux places parisiennes chargée de force symbolique ?C’est le peuple. Le peuple d’abord. Sans se cacher derrière ses représentants. Sans banderoles partisanes. Sans emboîter le pas à de prétendues « communautés » dont on nous rebat les oreilles et dont il faudrait faire la preuve de la réalité.

Hier, on a marché entre République et Nation. Dans un gigantesque élan de fraternité pour défendre des valeurs de liberté et d’égalité.

Mais qui a marché hier entre ces deux places parisiennes chargée de force symbolique ?

C’est le peuple. Le peuple d’abord. Sans se cacher derrière ses représentants. Sans banderoles partisanes. Sans emboîter le pas à de prétendues « communautés » dont on nous rebat les oreilles et dont il faudrait faire la preuve de la réalité.

Le peuple a marché seul et ensemble. Les individus ont fait la masse, une mosaïque bigarrée mais indivisible. C’est ce même peuple qui s’est mobilisé spontanément, sans mot d’ordre de ses représentants, dès le soir de la tuerie de Charlie-Hebdo, et qui a accouché de cette journée historique du 11 janvier 2015.

Le peuple, c’est le bon mot. Et pas seulement le peuple français. Dans le cortège immense, il y avait aussi beaucoup d’étrangers.Ils ont tous marché entre République et Nation.

Ils sont partis de la place de la République. Ils ont marché, nous dit-on, pour défendre "les valeurs de la République". Mais la « République », si l‘on s’en tient au simple dictionnaire, référent parfois simpliste mais universel pour nous entendre sur les mots, ce n’est qu’un « régime politique dans lequel le pouvoir est partagé et où la fonction de chef de l’Etat n’est pas héréditaire ». Le pouvoir n’y est pas forcément partagé par tous. La République Française a longtemps étant censitaire. La République ne garantit pas forcément la liberté d’expression. L’antique République Romaine se foutait pas mal de la liberté d’expression. La République, lorsqu’elle fut entre les mains de Pétain, se foutait pas mal de la liberté d’expression et de la liberté tout court. La Vème République a fait fi, après le référendum de Maastricht, de l’expression directe du peuple.

Hier, on a d'abord marché pour la démocratie. Notre République, issue des idéaux de 1789 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen, procède d’abord et avant tout de la DEMOCRATIE. « DEMO-CRATIE ». Etymologiquement, le pouvoir du peuple. Un homme, une voix.

Le peuple a marché vers Nation. Une nation, me dit mon dico, c’est « une grande communauté humaine, le plus souvent installée sur un même territoire et qui possède une unité historique, linguistique, culturelle, économique plus ou moins forte ». La Nation n’est donc pas non plus, ontologiquement, la garante absolue de nos libertés. Parfois, la nation devient captive de ceux qui la poussent au « nationalisme », ce grand pourfendeur des libertés individuelles.

 Hier entre Nation et République, c’est la Démocratie qui était en marche. C’est la puissance d’un peuple qui se fait une certaine idée de la République et de la Nation. Le peuple s’est réapproprié, par cet élan démocratique, son droit premier de dire ce qu’est la République et la Nation. Etrangement, ceux qui parlent au nom des citoyens ont assez peu fait allusion à la démocratie, préférant mettre en avant la République et la Nation.

La démocratie qui est l’essence de la France des Lumières fait souvent peur aux représentants de tous ordres du peuple. Comme il est difficile d'employer le mot "peuple" sans se voir rétorquer: "Populiste!".

L’organisation de notre démocratie, c’est en ce lendemain de 11 janvier 2015, l’enjeu d'un débat public fondamental qui redémarre. Quel équilibre démocratique va-t-on réinventer entre nation et république ? Cet équilibre sera-t-il aussi fort et paisible que celui qui nous a époustoufflé dans la marche physique du peuple entre République et Nation?

Cette marche des idées, au travers d'un langage commun, commence aujourd’hui.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.