Macron, les milliardaires et Daesh

La veille de l’attentat de Charlie Hebdo, un projet de société nous était présenté par le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, qui déclarait à l’assemblée : « L'économie du Net est une économie de superstars. Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires».

Depuis sa nomination, Emmanuel Macron bénéficiait du délit de belle gueule, commis avec délice par une grande partie des médias. Il voyait sa côte (boursière ?) grimper  à folle allure dans les sondages d’opinion. C’était lui l’incarnation de la nouvelle France à bâtir.

Vingt-quatre heures plus tard, un grand sondage d’opinion s’est déroulé directement dans les rues de nos villes. Le plus important, nous dit-on, depuis la Libération. Ce sondage, grandeur nature, a crié que le grand rêve français n’avait que faire de la richesse sonnante et trébuchante. Le rêve français, ce n'est pas le rêve américain. La richesse, a dit le peuple, c’est d’abord la liberté ET la fraternité.

Macabre ironie de l'actualité, cette économie nouvelle qui a fait des milliardaires, et dont Macron a fait l’apologie, c’est effectivement celle qui a créé Internet, Google, Youtube, Tweeter et j’en passe. Toute sorte de média à double tranchant. Ils offrent une liberté d’expression totale au plus timide des citoyens reclus dans sa chambre. Ils offrent aussi aux terroristes de tout poil la tribune la plus gigantesque pour diffuser, sans filtre, sans limite, sans contrôle, leurs messages et leurs vidéos de haine prosélyte.

Ce qui produit les milliards sur Internet, c'est d'abord le nombre de "Vus". Mais Internet, c'est aussi le plus grand centre de recrutement de la nouvelle et terrifiante armée des ombres qui veut tuer la liberté. Une  armée qui use et abuse d'une liberté d'expression débridée. Une armée qui, par ce biais, veut détruire la fraternité.

D'accord, Monsieur Macron, l'économie du Net a créé des milliardaires et une nouvelle forme de liberté d'expression totale. Mais cette liberté est utilisée de main de maître par les adeptes les plus convaincus du totalitarisme.

Internet est une incarnation du libéralisme qui est votre étendard. Mais le libéralisme politique, ce n'est pas forcément la liberté. Le libéralisme politique peut aussi tuer la liberté.

Depuis le 8 janvier 2015, Mr Macron, qui sont les superstars de l’économie du Net ?

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