Après l'anniversaire, après le jet à 30 000€ pour satisfaire à la fois le corrèzien et la Bastille, voici venu le temps des symboles.
En 1981, Mitterrand avait déposé trois roses au Panthéon sur les tombes de Jean Jaurès, de Jean Moulin et de Victor Schoelcher. Hollande, lui, ira déposer deux gerbes, une sur la tombe de Marie Curie, la polonaise d'origine (Marie Skłodowska-Curie) ; en ces temps de xénophobie manipulée par la droite et l'extrême droite, c'est plutôt bienvenue et surtout la scientifique. Et une autre sur celle de Jules Ferry.
Et c'est du Jules d'où vient le malaise, car avec lui, on hésite entre la gerbe de fleurs et la gerbe de vomi. Quel drôle de symbole en effet, d'un côté on a le Jules Ferry républicain auteur des lois de la troisième République qui rendent obligatoire l'instruction et l'enseignement laïc et de l'autre côté le raciste qui donne comme objectif, comme devoir aux races supérieur d'allerciviliser les races inférieures (ci-dessous le discours qu'il prononça en 1835 à l'Assemblée Nationale et la réponse de Clemenceau)...
Cela fait de lui un des pères de la posture racialiste de la République française dans les territoires conquis ou colonisés.
Extrait des débats du 28 et du 30 juillet 1885 à l'Assemblée Nationale :
Jules Ferry :
« Messieurs, il y a un second point, un second ordre d’idées que je dois également aborder (...) : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question. (...) Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. (...) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. (...) Ces devoirs ont souvent été méconnus dans l'histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l'esclavage dans l'Amérique centrale, ils n'accomplissaient pas leur devoir d'hommes de race supérieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations européennes s'acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation.»
La réponse de Clémenceau (le radical socialiste, situé dans le camp républicain à la gauche de Jules Ferry), le 30 juillet 1835 :
« Voilà, en propres termes, la thèse de M. Ferry et l'on voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures en allant guerroyer contre elles et les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation. Races supérieures ! Races inférieures ! C'est bientôt dit. Pour ma part, j'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand. Depuis ce temps, je l'avoue, j'y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! (...)
C'est le génie de la race française que d'avoir généralisé la théorie du droit et de la justice, d'avoir compris que le problème de la civilisation était d'éliminer la violence des rapports des hommes entre eux dans une même société et de tendre à éliminer la violence, pour un avenir que nous ne connaissons pas, des rapports des nations entre elles. (...) Regardez l'histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l'oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l'histoire de votre civilisation ! (...) Combien de crimes atroces, effroyables ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. Je ne dis rien des vices que l'Européen apporte avec lui : de l'alcool, de l'opium qu'il répand, qu'il impose s'il lui plaît. Et c'est un pareil système que vous essayez de justifier en France dans la patrie des droits de l'Homme !
Je ne comprends pas que nous n'ayons pas été unanimes ici à nous lever d'un seul bond pour protester violemment contre vos paroles. Non, il n'y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu'à mesure que nous nous élevons dans la civilisation nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit. Mais n'essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c'est l'abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s'approprier l'homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n'est pas le droit, c'en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c'est joindre à la violence l'hypocrisie. »