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Billet de blog 29 nov. 2018

Macron et la PPE - Où est le piège ?

Cette semaine, lors d’un discours attendu, Macron a tracé les grandes lignes du futur PPE dont les détails seront donnés au cours du 1er semestre 2019. Il a notamment annoncé la fermeture de jusqu’à 4 réacteurs d’ici 2025 et jusqu’à 14 d’ici 2035. Macron, progressiste ?

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Cette semaine, lors d’un discours attendu, Macron a tracé les grandes lignes du futur PPE dont les détails seront donnés au cours du 1er semestre 2019. Il a notamment annoncé la fermeture de jusqu’à 4 réacteurs d’ici 2025 et jusqu’à 14 d’ici 2035. Bien que les déclarations au-delà de son mandat puissent paraitre peu engageantes, c’est la plus grande déclaration de sortie du nucléaire d’un président de la république depuis Pompidou. Macron, progressiste ?

L’objectif va être d’évaluer les enjeux d’une migration du mix électrique et de constater si le plan proposé pour l’instant peut y répondre.

Selon les chiffres RTE, la puissance installée en France se répartit par filière en 2010 et 2017 comme dans le tableau ci-dessous. A cela, je rajoute la projection de Macron pour 2035, c’est-à-dire :

  • 14 réacteurs de 900MW en moins
  • 3 fois plus d’éoliens.
  • 5 fois plus de photovoltaïques.

Je ne m’intéresse pas à la faisabilité industrielle d’une telle croissance des ENR qui seraient pourtant à discuter notamment en comparaison d’autres pays plus proactif que la France sur l’essor de ces industries. Passons.

J’ajoute le facteur de charge de chaque filière, qui correspond à la durée moyenne pendant laquelle elles sont disponibles à pleine puissance. Dans le cas du thermique nucléaire ou à flamme, c’est les maintenances qui vont surtout réduire ce facteur. Pour les énergies renouvelables, c’est surtout le caractère fatal (soleil, vent, eau…).

Projection Mix Electrique 2010 à 2035

* Les facteurs de charge calculé par RTE pour des sollicitations en pointe (Hydraulique à réservoir et Thermique à flamme) ne sont pas pertinent car ces énergies sont volontairement sous-sollicités en base. Pour les ENR, je mets une fourchette haute « optimiste » en pariant sur des avancées technologiques mais cela plafonne en réalité depuis déjà plusieurs années.

On voit dans la colonne de droite que la variation totale de puissance installée en 2035 en tenant compte du facteur de charge est de +1.3GW, donc quasiment constant. Si on part sur une hypothèse de consommation constante (hypothèse incertaine mais plausible), alors ce nouveau mix semble remplir son rôle en moyenne. Cela suffit-il ?

Stratégie et communication

Le problème va bien évidemment venir de la pointe de consommation électrique quotidienne en hiver à 19h. A cette heure, il n’y a aucune production de photovoltaïque et la production éolienne est incertaine (cas d’un passage d’anticyclone) tandis que la consommation est maximale. A ce moment-là, nous allons nous retrouver en déficit de production installé de 10GW pilotable. La sécurité d’approvisionnement est alors mise en danger.

Production électrique du 27 Novembre - source RTE

Je mets cette dernière phrase en relief car elle a été prononcé par E.Macron pendant son discours et rapidement repris par le PDG d’EDF dans sa lettre interne mais un peu laissée de côté par les comptes rendus. Pourtant elle a toute son importance car elle garantit à la filière nucléaire sa porte de sortie. Macron a conditionné la fermeture des centrales à la sécurité de l’approvisionnement en sachant qu’elle allait rapidement être mise en danger, car c’est ce que prévient RTE depuis 2 hivers, en prévenant de risque de coupure électrique de plusieurs minutes en janvier/février en cas de période de grand froid comme en 2012.

J’ai co-écris en 2012 un rapport commandité par Areva sur une projection de sortie du nucléaire (notez l’ironie…). Nous avions pris également des hypothèses très optimistes sur le développement des ENR et nous avions prévus une fermeture échelonnée des centrales nucléaires (hors EPR). Nous étions arrivée au même résultat que je vous présente ici : la consommation moyenne est tenue, mais nous ne sommes plus du tout en mesure de gérer les pointes. Nous avions du coup ajouté à ce rapport une série de mesures visant à réduire l’impact de la pointe pour rendre cette solution viable : développement des moyens de stockages, effacements et consommations pilotables en sont des exemples. A ce jour, aucune solution de ce type n’a été présentée.

Il apparait donc, compte-tenu des informations qui nous sont pour l’instant données, que Macron annonce une baisse de la part du nucléaire conditionnée à une sécurité de l’approvisionnement qu’il ne cherche pas à renforcer par ailleurs. Il prépare de fait son renoncement (ou celui de son successeur).

Mon hypothèse personnelle est que Macron espère un grand froid entre 2019 et 2021 qui impliquera des coupures électriques et préparera ainsi l’opinion publique au lancement de réacteurs EPR qui seront annoncés en 2021, comme sous-entendu dans son discours (et explicitement dit par le PDG d’EDF dans sa lettre interne). Ce n’est pas sans rappeler le choc pétrolier qui a préparé l’opinion publique au déploiement massif du nucléaire en France.

Hystory doesn’t repeat, but it always rhyme

Edit : un lien vers un projet sympa de visualisation de l'ensemble des mix électriques à travers le monde en temps réel. Utile pour construire une reflexion : https://www.electricitymap.org

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