Le temps des menaces

Les personnels de nombreux lycées, mais aussi de collèges ou d’écoles, ont donc décidé de se battre et/ou de boycotter les fameuses « E3C » (épreuves du contrôle continu). Mais dans la France de Monsieur Macron, qui sème le désordre récolte le bâton. Ainsi, les inspecteurs sont déjà missionnés pour faire rentrer les enseignants dans le rang.

Une nouvelle tempête sociale souffle sur la France alors que le mouvement des gilets jaunes semblait seulement s'éteindre. Les braises de la colère, encore chaudes, ont été vite ravivées dans les manifestations commencées dès le 5 décembre. Les professeurs, qui avaient eu un premier sursaut en juin dernier, se sont associés à la contestation face à l'inique projet de réforme des retraites. Leur sourd mécontentement a été avivé par deux points :

  • la réforme des retraites va engendrer pour eux une baisse des pensions qui pourrait aller jusqu'à 900 euros par mois ! Et ce n'est pas avec une augmentation entre 40 et même 90 euros par mois que ce manque à gagner sera compensé.
  • Dans le même temps, le « bac Blanquer » oblige à faire passer des épreuves du contrôle continu dans des conditions trop souvent rocambolesques.

   Les personnels de nombreux lycées, mais aussi de collèges ou d’écoles, ont donc décidé de se battre et/ou de boycotter les fameuses « E3C » (épreuves du contrôle continu). Mais dans la France de Monsieur Macron, qui sème le désordre récolte le bâton. Ainsi, les inspecteurs sont déjà missionnés pour faire rentrer les enseignants dans le rang. Pour ceux qui envisagent la grève pour les dates de ces épreuves, un inspecteur, à Rennes, a menacé des collègues de retenues sur salaire de cinq semaines, (soit toute la période concernée) !

   Face à la fronde, et dans l'urgence, de nouveaux calendriers sont fournis aux professeurs. On recule les épreuves afin qu'elles aient lieu, coûte que coûte. Et c'est bien là que le bât blesse. Car les épreuves auront peut-être lieu dans certains établissements, mais dans des conditions plus que délétères pour les élèves et pour les personnels. Les enseignants s'opposent au choix des sujets : qu'à cela ne tienne, les inspecteurs vont les choisir à la place des professeurs, au mépris de la progression pédagogique. Les enseignants refusent de surveiller les épreuves : qu'à cela ne tienne, les équipes de direction vont « mobiliser les équipes administratives » et tous les personnels disponibles pour le faire. On va donc entasser de très nombreux élèves dans de très grandes salles, avec moins de surveillants. Ce qui veut dire un risque de fraude accru, mais aussi des risques encourus car cela induit des personnels moins nombreux dans les couloirs et ailleurs pour intervenir en cas de problème (normalement, il y a des professeurs « de couloir », pour faire face à un éventuel souci dans les salles). Dans certains établissements, il a même été envisagé de couper les alarmes incendie ( !) afin d'éviter toute sonnerie intempestive qui empêcherait la tenue des examens. Quant aux surveillants qui pourraient avoir la mauvaise idée de se porter gréviste, une proviseure a tout simplement utilisé le chantage au travail, en susurrant à l'un d'entre eux : « c'est moi qui signe votre contrat de travail pour l'an prochain »...

   Se pose alors une question. Si les épreuves se déroulent bien, au mépris de tout ce qui fait le sérieux et la sérénité d'un examen bien préparé, que se passera-t-il si les enseignants refusent de corriger ? À qui demandera-t-on de corriger ? Aux stagiaires qui ne sont pas encore véritablement formés mais qui ne peuvent rien dire ? Car en l'état actuel des choses, on ne peut que faire ce triste constat : notre hiérarchie se moque éperdument des élèves et des conditions dans lesquelles vont se dérouler les examens. Son objectif : nous faire plier, quoi qu'il en coûte, pour toujours mieux servir un Prince qui ne supporte pas la contestation. Mais notre hiérarchie, aussi bien que nos Puissants, ont négligé un aspect fondamental : la culture professionnelle des enseignants les porte à être viscéralement attachés à leurs élèves et à la qualité de leur enseignement. Ils n’acceptent donc ni ce « bac Blanquer » au rabais, ni la réforme des retraites qui va appauvrir une partie du pays.

   Les professeurs se sont mis « en marche », et les menaces ne suffiront pas à les arrêter.

 Le 14 janvier 2020

 

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