RêvesDeGrève
Abonné·e de Mediapart

2 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 janv. 2020

Les E3C ou le déni organisé

Alors que se déroulent les épreuves du contrôle continu du nouveau « bac Blanquer », les dysfonctionnements, parfois graves, se multiplient. Pendant ce temps, la hiérarchie de l’Éducation nationale minimise, voire ignore ce qui s’apparente à un déni d’égalité entre les élèves, quand ce n’est pas la mise en danger de certains d’entre eux.

RêvesDeGrève
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dimanche 19 janvier, M. Blanquer, invité de Questions politiques sur France Inter, affirmait que sa réforme avait «recueilli l'adhésion » du monde enseignant. Le lendemain commençaient les premières épreuves du contrôle continu du nouveau bac mis en place dans la foulée de ladite réforme. Or, voilà des mois que les enseignants et certains chefs d’établissements alertent sur l’impréparation de ces épreuves. Ainsi, en décembre 2019, un syndicat de proviseurs alertait le recteur de Lyon en pointant dans un courrier officiel le problème suivant : « les conditions d’organisation et de correction ne sont pas garanties tant sur le plan technique que sur le plan humain ». Aucune réaction des autorités éducatives. Donc, dans l’urgence, à marche forcée, et sans aucune prise en compte des problèmes concrets rencontrés sur le terrain, les épreuves ont été maintenues.

Face à cet acharnement, et suite à une autre réforme, celle des retraites, les enseignants qui, de mois en mois voyaient poindre la catastrophe, ont rapidement associé la lutte contre les E3C à celle contre la réforme des retraites. Le point commun entre ces deux réformes étant une dégradation du service public assortie à une égalité de plus en plus relative entre les citoyens français. Dans l’indifférence générale de la plupart des médias, tous les moyens pacifiques et légaux ont été utilisés : lettres aux recteurs, lettres aux inspecteurs, pétitions, interventions publiques, informations aux parents, tractages, nuits passées dans les établissements scolaires, manifestations festives, la liste est trop longue pour être complète. Les audiences accordées aux syndicats par les rectorats ont souvent été l’occasion d'alerter sur les dysfonctionnements à venir, avec remise de dizaines de pages de lettres et autres pétitions signalant l’opposition à la mise en place des épreuves, les conditions n’étant absolument pas satisfaisantes. Pour autant, le 19 janvier, à la veille des épreuves, M. Blanquer affirmait encore, avec le « calme des vieilles troupes », que seule une minorité d’établissements était concernée. Plus grave, il a qualifié les enseignants qui osaient encore exprimer leur mécontentement, de « gens radicalisés », opposant le 0,1% avec les 99,9 % des enseignants "d'accord avec c'que j'suis en train d'dire ». Face à un tel déni, le mécontentement s’est transformé en désarroi, voire en franche colère.

Mais il fallait, coûte que coûte que les épreuves aient lieu, quel qu’en soit le prix. En effet, le but n’était pas de proposer des conditions sereines mais de faire en sorte que la hiérarchie puisse dire : les épreuves se sont déroulées. Pourtant, le jour J, de nombreux enseignants étaient en grève : on les a donc remplacés par des personnels administratifs. Dans un lycée, on a même faire venir un élu pour remplacer les grévistes. Dans un autre, ce sont des « compagnies » de surveillants qui ont été « réquisitionnées » pour aller assurer la sécurité des épreuves, et ce dans la plus parfaite illégalité. Sur place, selon les établissements, l’ambiance était plus ou moins tendue mais la police ou la gendarmerie était toujours présente, allant jusqu’à utiliser la force, parfois associée à la brutalité, face aux élèves. Devant un lycée, des professeurs sont intervenus pour protéger les élèves d'une charge de la police.

Dans certains établissements mobilisés, les épreuves ont eu lieu, certes, mais dans des conditions inadmissibles, parfois dans les salles les plus improbables. Ainsi, un établissement a fait composer ses élèves dans un réfectoire, les élèves étant disposés par quatre, serrés les uns contre les autres, et enfermés, alarme incendie coupée, au mépris des plus élémentaires règles de sécurité. On ne peut donc que s’interroger sur la validité d’épreuves passées dans de telles conditions (des recours de parents sont d’ailleurs en cours). Et d’épreuves il a bel et bien été question. Dans de nombreux établissements, les élèves sont arrivés dans un contexte très tendu. Ils sont allés composer en passant devant les forces de police pendant que leurs enseignants criaient leur désarroi et que certains de leurs camarades se faisaient charger, parfois même molester. Certains connaissaient déjà les sujets et les avaient même travaillés parfois. Mais comment, en France, a-t-on pu en arriver là ?

A l’heure où les sanctions contre les enseignants grévistes commencent à pointer, à l’heure où les menaces se font de plus en plus précises, comment pourra-t-on encore, demain, enseigner la devise de notre République. Liberté ? Égalité ? Fraternité ? Monsieur Blanquer dit admirer La Fontaine, et particulièrement « La Poule aux œufs d'or ». Il devrait relire « Les Animaux malades de la peste » avant de traiter les enseignants de « gens radicalisés ». Il souhaite, à l'égal du Lion, que « le plus coupable [selon lui] périsse », mais les Français qui sont dans la rue ne sont pas dupes. « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir. »

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
Le naufrage d’un ministre désinvolte
Le voyage de Jean-Michel Blanquer aux Baléares, à la veille d’une rentrée scolaire à haut risque, résume deux années de gestion de la pandémie de Covid-19 : par désintérêt manifeste, il n’a jamais répondu aux craintes et à l’épuisement des enseignants comme des familles. 
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Anne Hidalgo face à Mediapart
Ce soir, une invitée face à la rédaction de Mediapart : la maire de Paris et candidate socialiste à l’élection présidentielle.  
par à l’air libre
Journal — Industrie
Industrie française : l’attractivité de la rente
Accusé d’être le fossoyeur de l’industrie, Emmanuel Macron entend contre-attaquer : grâce à sa politique, la France aurait retrouvé son attrait pour les investisseurs étrangers. Mais il confond compétitivité-prix et attractivité, qui repose sur des écosystèmes détruits systématiquement par le gouvernement au profit d’un capitalisme de rente.
par Martine Orange
Journal
La Serbie fait front derrière son héros Novak Djoković
Les aventures australiennes de l’actuel numéro un du tennis mondial, et son expulsion, ont mobilisé la Serbie, qui a défendu bec et ongles son champion. Sûrement parce qu’il incarne depuis plus d’une décennie les espoirs de tout le pays, mais aussi ses profondes contradictions. 
par Jean-Arnault Dérens, Laurent Geslin et Simon Rico

La sélection du Club

Billet de blog
La farandole ultra-droitière d'un ministère de « l'Instruction publique »
Eric Zemmour vient de présenter comme un point important de son programme éducatif la « création d'un grand ministère de l'Instruction publique ». Cela avait déjà été préconisé dès 2013 dans le projet d'« une droite forte » rédigé par deux secrétaires nationaux de l'UMP : Guillaume Peltier et Didier Geoffroy. Et Jean-Michel Blanquer l'aurait aussi suggéré à Emmanuel Macron lors de sa nomination.
par claude lelièvre
Billet de blog
De la grève, de l'unité syndicale et de sa pertinence
Attention : ce billet n'est pas anti-syndicaliste. Il sera peut-être qualifié comme tel par des gens qui ne savent pas lire. Je laisse volontiers ceux-là dans leur monde noir et blanc. Je suis syndiqué et j'invite tout le monde à l'être. Sans syndicats nous mourrons. On n'aimerait juste pas mourir avec. 
par Jadran Svrdlin
Billet de blog
Université et Recherche, fondements d'une VIème République, démocratique et sociale
Emmanuel Macron a prononcé un discours au congrès de la conférence des présidences d’Universités ce jeudi 13 janvier, dans lequel il propose une réforme systémique de l’université. Des chercheurs et enseignants-chercheurs membres du parlement de l’Union Populaire, des députés, ainsi que des membres de la communauté universitaire lui répondent.
par Membres du parlement de l’Union Populaire
Billet de blog
Lettre ouverte à Jean-Michel Blanquer en 31 points
Le vendredi 14 janvier 2022, vous avez déclaré « je ne suis pas parfait, je fais des erreurs… ». La liste des erreurs est longue. Une lettre d'une professeur de Lycée Pro, qui décline la longue liste des excuses qui serait nécessaire à Blanquer, bien plus que ce que le mouvement des derniers jours lui a arraché du bout des lèvres.
par Samy Johsua