revonsunpeu
Rêveur
Abonné·e de Mediapart

2 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 déc. 2021

De l'intention dans l'entretien de Jean-Luc Godard par Mediapart

Oubliez Ô Micron et autres primaires de Elle Erre. Le seul et véritable événement de la semaine, n'est-ce pas l'entretien de Jean-Luc Godard par Mediapart ? Et beaucoup plus par ce qui n'est pas dit que par ce que l'on y apprend.

revonsunpeu
Rêveur
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Jean-Luc Godard fut interviewé par Mediapart, et cet entretien fut qualifié dans le premier commentaire de lunaire, du fait que cet entretien n'a, à première vue, ni queue ni tête... Aurait-il perdu la tête? Dépassons ce jugement immédiatement pour observer certains éléments de cet entretien.

On y apprend tout d'abord que Godard regarderait beaucoup les chaînes d'informations continues. 
Pourquoi se soumettre à tel cauchemar?
Est-ce intentionnel ou instinctif?
En effet, n'est-il pas symptomatique de notre époque de vouloir savoir ce qui se passe

On découvre ensuite qu'il se remémore constamment cinq phrases.
Que veulent dire ces cinq phrases pour Godard?
Et pourquoi se les remémore-t-il constamment?
L'oubli ne serait-il pas une caractéristique de notre époque? Et si Godard se souvient, est-ce pour résister?
Si oui, face à quoi ou contre qui?
L'oubli serait-il notre pire ennemi

Et enfin, que la raison pour laquelle il a accepté l'entretien est qu'il ne connaissait pas les intentions de Mediapart.
Ces intentions se découvrent progressivement au fil de l'entretien au travers des questions posées. Et peut-être serait-il intéressant que les journalistes de Mediapart partagent ouvertement leurs intentions avec Godard, en lui envoyant directement les questions qu'iels auraient souhaité lui poser. Un envoi sans attendre aucune réponse mais uniquement pour lui offrir leurs intentions, afin qu'il en fasse ce que bon lui semble... Pour le dire autrement, que voulaient entendre les journalistes de Mediapart? Une critique probablement... Mais Godard ne prendra certainement pas position contre une face de la pièce pour une autre... C'est la pièce mème qu'il observe... Lancée en l'air, elle tourne d'un côté puis d'un autre puis d'un autre puis d'un autre jusqu'à tomber un jour...
La sculpture d'Hannah Arendt qu'il pointe aux journalistes est un autre élément intéressant. Personnage fascinant, tant par ses écrits sur le totalitarisme, que pour son Amour d'Heidegger...

On y apprend également que la lumière qui émane des yeux des humains diffère de celle des chiens dans le sens où ces derniers ne sont animés par aucune intention.

Que nos petites lettres tendent à nous éloigner de nos images inconscientes. Seul le poète - et l'artiste en général - seraient donc à même de suggérer ces images en nous ... de nous reconnecter avec elles. L'intention de Godard est peut-être bien celle-ci. À travers ses images, il tente de se reconnecter avec lui-même et nous invite à faire de même...

Mais revenons à l'essentiel de l'article, à savoir ce qui n'a pas été dit concernant les cinq phrases. Je cite:

  • La première c’est une phrase de Bernanos. Dans Les Enfants humiliés, ou ailleurs. J’en ai fait un petit film, du reste, sur Sarajevo [Je vous salue Sarajevo, en 1993, voir la vidéo ci-dessous – ndlr] :
    « La peur voyez-vous est quand même la fille de Dieu, rachetée la nuit du Vendredi saint, elle n’est pas belle à voir, tantôt éraillée, tantôt médiatique, et pourtant ne vous y trompez pas, elle est au chevet de chaque agonie, elle intercède pour l’homme. »

    C’est une phrase qui peut tout à fait se rapporter à la France d’aujourd’hui qui a peur. Même CNews peut en parler.
    La Peur.
  • La deuxième phrase est de Bergson. Elle m’avait été envoyée par un ancien régisseur, je l’avais déjà citée, il me l’a recitée, puis je l’ai fait dire à Alain Badiou dans Film Socialisme. C’est :
    « L’esprit emprunte à la matière les perceptions dont il fait sa nourriture et les lui rend sous forme de mouvement auquel il imprime sa liberté. »
    Je n’ai jamais bien compris le mot de « perception », les perceptions de la matière.
    La Perception.

  • La troisième phrase, c’est une phrase de Claude Lefort, qui était un philosophe du temps d’un petit groupement qui s’appelait Socialisme ou barbarie, à l’époque de Sartre et Simone de Beauvoir :
    « Les démocraties modernes, en faisant de la pensée un domaine politique séparé, prédisposent au totalitarisme. »
    Et voici l’image d’une jeune fille qui plus tard a écrit des livres sur le totalitarisme. (Il montre le portrait en noir et blanc d’Hannah Arendt.)

    Hannah Arendt, encore.

  • Après il y a une quatrième phrase, vais-je me souvenir du nom de l’auteur ? Pour le retrouver, je tape sur mon iPhone le nom d’un livre qui s’appelle Masse et Puissance [publié en 1960 - ndlr].
    Jean-Paul Battaglia [son assistant] : Je vais le faire… Elias Canetti.
    J’ai mis cette phrase dans Le Livre d’image - elle est dite par ma femme à ce moment-là. On pourrait la dire à Greta Thunberg :
    « Nous ne sommes jamais assez tristes pour que le monde soit meilleur. »
    Greta.

  • Et j’en rajoute une cinquième, qui est une phrase de Raymond Queneau, dont j’ai beaucoup aimé à l’époque les romans. Cet aphorisme est le suivant :


    « Tous les gens pensent que deux et deux font quatre, mais ils oublient la vitesse du vent. »

    La logique? 

Pourquoi ne pas tenter, nous aussi, de nous rappeler ces phrases, ou bien encore mieux de trouver les nôtres?

Et enfin la chute:

Les cinq phrases, pour les cinq doigts, dont je me souviens depuis des années, et que j’essaie de me répéter, comme un vade-mecum. Je le fais mécaniquement, et des fois, j’essaie d’y penser un peu, de rester avec elles. Surtout quand je m’endors, en général. Voilà. Vous avez réussi à me faire parler, hein. Puisque c’est ce que vous vouliez.

Comme un vade-mecum... Cinq phrases tel un pharmakon...
Maintenant que nous connaissons l'intention de Mediapart d'après Jean-Luc Godard, quelle était la sienne sinon de découvrir celle de Mediapart?

Et pourquoi n'avez-vous pas interrogé Godard sur ses cinq phrases?

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Salaires
« Tout augmente, sauf nos salaires »
Des cortèges de travailleurs, de retraités et de lycéens ont défilé jeudi, jour de grève interprofessionnelle, avec le même mot d’ordre : l’augmentation générale des salaires et des pensions. Les syndicats ont recensé plus de 170 rassemblements. Reportage à Paris.
par James Gregoire et Khedidja Zerouali
Journal — Écologie
En finir avec le « pouvoir d’achat »
Face aux dérèglements climatiques, la capacité d’acheter des biens et des services est-elle encore un pouvoir ? Les pensées de la « subsistance » esquissent des pistes pour que le combat contre les inégalités et les violences du capitalisme ne se retourne pas contre le vivant. 
par Jade Lindgaard
Journal — Politique économique
L’inflation relance le débat sur l’augmentation des salaires
Avec le retour de l’inflation, un spectre resurgit dans la sphère économique : la « boucle prix-salaires », qui serait synonyme de chaos. Mais ce récit ancré dans une lecture faussée des années 1970 passe à côté des enjeux et de la réalité.
par Romaric Godin
Journal
La grande colère des salariés d’EDF face à l’État
Ulcérés par la décision du gouvernement de faire payer à EDF la flambée des prix de l’électricité, plus de 42 % des salariés du groupe public ont suivi la grève de ce 26 janvier lancée par l’intersyndicale. Beaucoup redoutent que cette nouvelle attaque ne soit que les prémices d’un démantèlement du groupe, après l’élection présidentielle.
par Martine Orange

La sélection du Club

Billet de blog
Traverser la ville à pieds, être une femme. 2022
Je rentrais vendredi soir après avoir passé la soirée dehors, j'étais loin de chez moi mais j'ai eu envie de marcher, profiter de Paris et de ces quartiers où je me trouvais et dans lesquels je n'ai pas souvent l'occasion de passer. Heureusement qu'on m'a rappelé, tout le trajet, que j'étais une femme. Ce serait dommage que je l'oublie.
par Corentine Tutin
Billet de blog
Un filicide
Au Rond-Point à Paris, Bénédicte Cerutti conte le bonheur et l'effroi dans le monologue d’une tragédie contemporaine qu’elle porte à bout de bras. Dans un décor minimaliste et froid, Chloé Dabert s'empare pour la troisième fois du théâtre du dramaturge britannique Dennis Kelly. « Girls & boys » narre l’histoire d'une femme qui, confrontée à l’indicible, tente de sortir de la nuit.
par guillaume lasserre
Billet de blog
En Afghanistan, on décapite impunément les droits des femmes
Les Talibans viennent d’édicter l’interdiction de toute visibilité du visage féminin dans l’aire urbaine, même celle des mannequins exposés dans les commerces. Cette mesure augure mal pour l’avenir des droits de la population féminine, d’autant qu’elle accompagne l’évacuation forcée des femmes de l’espace public comme des institutions, établissements universitaires et scolaires de l’Afghanistan.
par Carol Mann
Billet de blog
Les crimes masculinistes (12-12)
Depuis une dizaine d'années, les crimes masculinistes augmentent de manière considérable. Cette évolution est principalement provoquée par une meilleure diffusion - et une meilleure réception - des théories MGTOW, mais surtout à l'émergence de la communauté des incels, ces deux courants radicalisant le discours misogyne de la manosphère.
par Marcuss