Kerviel : Les avocats de la Société générale rédigent les réquisitions du Parquet

Depuis mercredi matin, la cour d'appel de Versailles examine les responsabilités de la Société générale dans la commission du dommage lié à une perte supposée de 4,9 milliard. Amenés par David Koubbi, les avocats de Jérôme Kerviel ont mis ceux de la banque à rude épreuve en les soumettant à l'écoute d'un enregistrement où ils ont été lourdement mis en cause par une magistrate du Parquet.

Ils n’avaient pas fière allure les avocats de la banque ce matin à la reprise de l’audience à la Cour d’Appel de Versailles. Le distingué François Martineau se cachait derrière le pupitre qui lui offrait un abri opportun. Jean Veil, habitué à maintenir la tête haute la baissait comme un désespéré honteux et tournait ostensiblement le dos à Jean Reinhart au visage plus rouge que d'habitude. Assis au milieu de ses confrères qui tentaient de bâtir un mur pour ne pas le voir, celui-ci hésitait à adopter la posture du béat qui s’attend à tout ou du dépité qui sait que son sort est joué. Le motif de cette décrépitude soudaine : l’écoute des enregistrements de la vice-procureur Chantal de Leiris par la Commandante Nathalie Le Roy.

On se souvient des révélations faites au mois de janvier par les journaux 20 minutes et Mediapart. On espérait les entendre enfin. Semblant douter qu’elles existassent, les avocats de la banque eux-mêmes souhaitaient hier qu’elles soient entendues. Ce matin, ils ont été gâtés, d’autant que la Cour, présidée par le placide Patrick Wyon, manifestait son souci d’entendre elle-aussi ce que Chantal de Leiris avait à dire. Voici en substance ce que l’on peut retenir de l'écoute de cette conversation : La banque savait quelle était la nature des opérations menées par Jérôme Kerviel ; les avocats de la Société générale auraient rédigé le réquisitoire du Parquet qui était totalement sous leur coupe ; Me Reinhart « était là tout le temps » au Parquet pour contrôler les magistrats.

Pour qu’il lui reste une forme de dignité, nous passerons sur le qualificatif peu honorable qui illustre, selon la magistrate, le type de besogne malodorante auquel Me Reinhart se serait appliqué. Car il en fallait un, apparemment, pour sceller définitivement le choix stratégique et certainement politique de faire de Jérôme Kerviel le bouc émissaire de ce scandale qui peu à peu se révèle publiquement.  

Nous n'avons entendu que quelques extraits ce matin. Il en reste encore, que David Koubbi réserve à la Cour de Révision.

Et pendant ce temps à La Défense, Frédéric Oudéa, Directeur Général de la Banque, se consummait à communiquer pour tenter encore de cacher les responsabilités de l’entreprise qu’il dirige et s'exonérer de son ancien statut à l'époque de la commission des faits : il était Directeur financier.

Richard Amalvy
Président du Comité de soutien à Jérôme Kerviel
@SoutienKerviel

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