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Billet de blog 6 juin 2018

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Echec de l'initiative «Monnaie pleine» en Suisse. L'étau des banques va se resserrer

Derrière la réflexion sur le pouvoir des banques de battre monnaie se profile l'ombre du pouvoir illimité des instituts financiers privés de contrôler tous les flux d'argent jusqu'à nos moindres petites dépenses, alors qu'ils contrôlent en amont la production de la monnaie.

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Dans quelques jours, les citoyens suisses vont rejeter l’initiative « Pour une monnaie pleine ». A mes yeux,  ils auront tort.

Faute de s’intéresser aux arcanes de la finance et d’en méditer le redoutable pouvoir, ils auront été emballés par des hommes impeccablement vêtus, diplômés, occupant des postes prestigieux et cravatés de haute griffe, représentant le Vieux Monde et l’essentiel des candidats au dégagisme dont ils seront bientôt les héros. Une des caractéristiques des commis du Vieux Monde est de pratiquer le déni face à l’évolution irrévocable de la société, et de n’admettre ses progrès technologiques ou juridiques que quand ils peuvent en être les seuls bénéficiaires. Une autre caractéristique du Vieux Monde est la pratique du mensonge délibéré. On fait passer les initiants pour des sortes d’illuminés, de prophètes exaltés, on les accuse de haïr les banques, de méconnaître l’intérêt général…ce qui est bien sûr faux. Et bien sûr, on annonce une Apocalypse financière si d’aventure l’initiative était acceptée. Sans hésiter à mentir froidement, en annonçant par exemple que les frais seraient ensuite plus élevés pour les clients des banques, que l’on ne pourrait plus emprunter etc. Bref, ils utilisent l’arme de la peur, alors même qu’ils ne déploient aucun argument sérieux pour la justifier.

Au-delà des polémiques sur les détails que nous ne comprenons pas toujours, il reste ceci :

- Depuis la dernière crise, on peut dire que les grandes banques ne prêtent pratiquement plus d’argent aux simples citoyens, petits commerçants, agriculteurs ou vignerons, à moins d’obtenir d’énormes garanties ou cautions. Elles réservent leurs services à des gros clients « sûrs », et pour le reste, jettent dans le casino mondial l‘argent numérique qu’elles produisent. Quant aux frais prélevés actuellement pour la tenue des comptes ou les virements, ils sont tout simplement exorbitants, et l’on imagine mal comment les prix pourraient augmenter.

- Depuis quelques années, les dépôts au sens traditionnel n’existent plus. Tout argent liquide détenu sur un compte bancaire est devenu, juridiquement, une créance vis-à-vis de la banque, dont elle usera pour se recapitaliser en cas de nouvelle crise financière. En d’autres termes, vos économies ne vous appartiennent plus, en restant provisoirement à votre disposition tant que tout va bien. La garantie de 100.000 frs par compte est purement théorique. L’initiative prévoyait le retour à la propriété privée des détenteurs de compte, ce qui n’aurait pas été un mince avantage.

- Pour la suite, les grandes banques mondiales n’ont qu’une hâte : supprimer l’essentiel de l’argent liquide, faire passer tous les paiements par leurs systèmes (cartes, téléphones portables, etc), non seulement pour prélever leur dîme au passage, mais pour contrôler en aval l’argent dont elles contrôlent, en amont, la production. Déjà dans certains pays, comme la France, il est interdit de payer une somme en liquide au-delà de 1000 euros. Tout autre facture doit être réglée par moyen bancaire. Soit « par erreur », soit délibérément, les banques en question peuvent nous interdire l’accès à nos liquidités, même quand celles-ci sont largement suffisantes. Dans quelques années, plus personne n’utilisera de cash, hors des limites de quelques piécettes à distribuer aux enfants ou aux mendiants. Pour obtenir les moyens de paiement électroniques (cartes, applications de paiement) il faut produire des informations privées dont nous ne connaîtrons bien sûr jamais l’usage qui en est fait, de même que nous ne connaîtrons jamais l’usage tiré de l’observation de nos menues dépenses quotidiennes.

Et quand nos moyens électroniques seront bloqués sans raison valable, on nous dira que c’est la faute  aux « robots », sans jamais proposer de dédommagement pour le tort subi et le temps perdu.

Les grandes banques du Vieux Monde sont certes appelées à disparaître un jour, pour avoir exagéré en matière de cupidité et de goût du pouvoir. Mais en attendant, elles veulent accaparer non seulement les moyens des citoyens, mais leur libre-arbitre en matière d’économies et de dépenses. En votant pour l’initiative favorable à la Monnaie Pleine, on aurait donné un coup de frein à des ambitions démesurées et malsaines, aux antipodes du libéralisme. Et on aurait donné un coup de pouce à la démocratie, bien mal en point actuellement.

A moins d’un miracle, le Vieux Monde et les grandes banques vont donc triompher le 10 juin. Il se passera ensuite peu de temps avant qu’elles se consacrent à la disparition progressive de l’argent liquide. Un jour, nous dépendrons d’elles et de leurs caprices. Elles nous tondront quel que soit notre niveau de fortune ou de revenu. Quant aux malheureux qui n’auront pas reçu le droit d’ouvrir un compte, faute de moyens, je ne sais pas trop ce qu’ils vont devenir. Mais il y aura bien un homme diplômé et richement cravaté, qui proposera de les euthanasier.

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