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Billet de blog 27 févr. 2017

Pas d'alliance Hamon-Mélenchon? Pas de quoi se pendre...

Les discussions entre les candidats du PS et de la France Insoumise ont officiellement tourné court, et je pense que c'est une excellente nouvelle.

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Un accord était impossible.

Un accord était impossible parce qu’Hamon n’en voulait pas. Ou plutôt, il voulait bien un accord, mais sans rien céder d’important, et sans que sa candidature soit jamais remise en question. Ce genre d’arrangement, il l’a eu avec Jadot, qui ne pèse rien et ne coûte pas cher, mais il ne pouvait pas l’obtenir d’un partenaire coriace et puissant comme Mélenchon. Le but de ce long épisode n’était en fait pas d’arriver à un accord- les négociations n’ont d’ailleurs jamais commencé-, mais d’isoler JLM et la France Insoumise, et de les faire dépeindre par la presse comme des empêcheurs d’une unité qui aurait forcément amené le candidat de gauche au second tour et à la victoire finale. Je pense que la manœuvre a échoué grâce à l’habileté de JLM qui a su d’abord mettre en scène les atermoiements de Hamon qui a si longtemps tardé à prendre contact avec lui que cela en devenait risible, mais surtout en situant cet épisode sur un terrain politique, celui de l’attitude à avoir vis-à-vis de l’UE, celui de la future majorité parlementaire. A ce sujet, on notera que quand Hamon refuse à la France Insoumise de renoncer aux investitures des figures emblématiques du quinquennat de Hollande, il cède aux Verts la circonscription de Cécile Duflot, alors qu’un candidat PS y avait été désigné par les militants. La différence est qu’il veut bien d’un accord alimentaire avec EELV, mais surtout pas d’un accord politique avec FI.      

Au fond, Benoît Hamon est et restera toujours un apparatchik solférinien, dont l’essentiel de la carrière aura consisté en manœuvres d’appareil. Avec les autres forces de gauche, il se comporte en maître, qui distribue à sa guise les postes et les circonscriptions, mais décide seul de l’essentiel. Le fait qu’un partenaire potentiel puisse poser des conditions à la discussion était déjà un crime de lèse-majesté, sans parler d’une remise en cause de la candidature Hamon. Tant que l’hégémonie du PS sur la gauche n’aura pas été mise à mal dans les urnes, les solfériniens, qu’ils soient vallsistes ou « frondeurs », auront toujours la même attitude arrogante. 

Un accord était-il souhaitable ?

Un accord aboutissant au désistement de JLM aurait été un désastre, car la France Insoumise, ce ne sont pas des bataillons électoraux qui votent au canon, mais des citoyens éclairés et conscients, qui ne se soumettent pas à des arrangements d’appareils. Du moment que Jean-Luc Mélenchon aurait annoncé quoique ce soit de ce genre, son électorat se serait évaporé en quelques jours et tout aurait été perdu. Les calculs 15% pour Hamon + 13% pour Mélenchon + 2% pour Jadot donnent 30% à Hamon s’ils font alliance sont illusoires, car les électorats ne fusionnent pas sous l’effet de l’accord des chefs, surtout quand leurs positions sont aussi éloignées, mais parce qu’un des candidats aura pu convaincre de la nécessité de voter pour son programme.

Les membres de la France Insoumise veulent présenter le programme l’Avenir en commun, en entier, devant les électeurs, pour les convaincre, et pas un succédané négocié au rabais pour ne pas effrayer les électeurs de Valls. Et ils n’ont aucune confiance en Hamon, qui est un « frondeur » inconsistant, qui n’a rompu ni avec les pratiques de Hollande ni avec les figures de proue du quinquennat, dont il fait d’ailleurs partie. Tenter de les convaincre du contraire pour faire une énième fois « barrage au FN et à la Droite » est impossible.

Perspectives pour Benoît Hamon.

J’ai souvent lu qu’une alliance avec Mélenchon aurait précipité les vallsistes dans les bras de Macron. Je pense plutôt que c’est maintenant que les discussions sont rompues que les ralliements à Macron vont commencer. Hamon a pu, depuis qu’il a été désigné dans la primaire, donner l’illusion d’une victoire possible, au prix du suicide politique de Mélenchon, ou au moins d’une continuation de l’hégémonie du PS sur la gauche. Désormais, plus personne ne peut faire semblant de croire à sa  victoire, et sa campagne qui n’était déjà pas très flamboyante, risque d’encore plus patiner, et ne plus concerner que les reliquat des sympathisants socialistes, les derniers restes de leur clientèle.

Maintenant que Hamon ne peut plus leur promettre un défilé triomphal derrière le char du PS, avec Mélenchon dans le rôle de Vercingétorix, pourquoi les vallsistes resteraient-ils à soutenir un candidat auquel ils ne croient pas, alors que Macron est beaucoup plus compatible avec leur idéologie, et qu’il y aura chez lui d’alléchants fromages à se partager s’il était élu? Ils ne représentent qu’eux-mêmes, mais leurs désistement risquent de démobiliser un peu plus un parti qui s’est privé de forces militantes.  

Jeudi dernier, on a montré des images du meeting de Hamon à Arras, filmées depuis la scène. On voyait donc bien le public, et il avait l’air famélique, 300 personnes tout au plus, pour un candidat qui est soi-disant crédité de 17% d’intentions de vote…  

Hamon et Mélenchon sont tous les deux en meeting cette semaine à Brest, nous pourrons comparer les affluences, et vérifier sur le terrain qui bénéficie d’une véritable dynamique.

Perspectives pour Jean-Luc Mélenchon.

Le soulagement de ses soutiens est perceptible :  « non, cette fois-ci, on ne nous l’a pas faite ». Notre candidat n’a pas cédé aux injonctions qui venaient de tous côtés, et il a même réussi à retourner le piège, comme jeudi lors de l’Emission politique, où il a convaincu Philippe Torreton que ce n’était pas lui qui refusait le dialogue, au grand dam des laquais médiatiques. Cette émission est d’ailleurs peut-être un tournant dans la campagne de JLM, car jamais l’agressivité des chiens de garde du système, leur mauvaise foi, leurs tentatives permanentes et sournoises d’associer JLM à Marine Le Pen n’ont été aussi visibles, à une heure de grande écoute, sur une grande chaîne. La résistance digne de Mélenchon a galvanisé ses sympathisants, et a certainement fait bien progresser sa candidature dans les consciences des électeurs indécis. Les témoignages d’écœurement devant cette corrida médiatique ont été tellement nombreux sur Facebook, sur les forums, sur MDP, sans que les journalistes ne lèvent le petit doigt d’ailleurs pour dénoncer ce traquenard, que cela doit immanquablement se traduire en soutiens et en votes.

Cette interminable séquence derrière nous, nous pouvons désormais avancer et continuer d’essayer de convaincre les indécis et les abstentionnistes. Notre candidat nous a prouvé une nouvelle fois qu’on pouvait lui faire confiance, il ne cèdera pas.    

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