Vive la gauche ? N’ayez pas peur !

Mardi 16 septembre, les parlementaires sont invités à voter la confiance au second gouvernement de Manuel Valls. Il faut la refuser pour mille raisons mais d’abord pour que continuent à exister les idées de gauche.

Mardi 16 septembre, les parlementaires sont invités à voter la confiance au second gouvernement de Manuel Valls. Il faut la refuser pour mille raisons mais d’abord pour que continuent à exister les idées de gauche.

La confiance pour quoi ? Pour accorder 41 milliards de cadeau aux entreprises sans aucune contrepartie ? Pour « abaisser les coûts du travail », diminuer le niveau de vie des salariés pour parler clair et améliorer les marges des entreprises, ce qu’on appelait autrefois le taux de profit ? Fliquer davantage les chômeurs ? Généraliser le travail du dimanche, supprimer les seuils sociaux ? Abolir les 35 heures ? Ratatiner le code du travail ? Et encore, comme le réclame maintenant un MEDEF insatiable, supprimer des jours fériés, déréglementer la durée du travail, créer un sous SMIC ?

La confiance à qui ? Macron, Rebsamen, Le Guen et Sapin pour enchanter l’avenir ?

L’exemple des petites retraites (moins de 1200 € !!) dit tout. Valls annonce d’abord leur blocage. Face au scandale, il recule. Puis revient sur sa promesse. Et pour finir, annonce, en guise de pourboire aux frondeurs, une minuscule augmentation.

Bref, la politique que mène Manuel Valls n’est pas celle pour laquelle vous avez été élu(e)s. Il faut l’empêcher de la poursuivre en votre nom.

Vous affirmez avoir l’intention de vous abstenir. Ca ne suffit pas ! La question n’est pas de prendre ses distances avec une politique qu’on désapprouve. Elle est d’affirmer publiquement et courageusement qu’une autre politique est possible et de se donner les moyens de la mettre en œuvre. Pas seulement pour condamner les choix de Valls mais pour affirmer qu’il reste des hommes et des femmes, des élus, pour croire aux idées qu’ils ont défendues des années durant. Sur le pouvoir d’achat, le niveau des retraites, la législation sociale, les 35 heures, le droit des étrangers, le progrès social et sociétal.

Ne pas le faire serait suicidaire. Certes le gouvernement et le président y trouveraient un répit mais ce serait à terme irresponsable.

Les monumentales raclées électorales du PS aux municipales et aux européennes, l’envolée de l’abstention et la montée de l’extrême-droite sont les produits directs des choix des gouvernements Ayrault d’inscrire leur action dans le prolongement de ceux de Sarkozy. A l’exception du mariage pour tous et en partie de la loi Duflot en cours de détricotage, aucune des mesures de Hollande ne marque de rupture. On ne change pas une politique qui échoue aussi bien : Valls a choisi de forcer encore le trait, disqualifiant un peu plus la gauche. Ce gouvernement prépare des défaites électorales encore plus brutales. Rendez-vous le 21 avril 2017, avec, au second tour, Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy en candidat de la gauche…

Aussi atterrante que soit cette perspective, le pire n’est peut-être même pas là. La faute la plus grave réside dans la ruine des idées progressistes, l’éradication du capital idéologique de la gauche. On ne peut pas avoir combattu des années durant la politique de la droite, s’en être démarqué dans tous les domaines et, parvenu au pouvoir avec en main tous les leviers, l’Assemblée, le Sénat, presque toutes les régions, la majorité des départements et des grandes villes pour, au bout du compte, mener la même politique que la droite avec un discours à peine différent. Comment dire plus clairement que, par delà les mots qui peuvent varier un peu (et encore !), il n’est qu’une politique possible : celle mise en œuvre par la droite et reprise par la gauche. « Changer la vie », « le changement, c’est maintenant », les discours sur le progrès social passent désormais pour des fariboles destinées à tromper le crétin votant. Dès lors, à quoi bon voter ou, pire, autant se tourner vers ceux qui prennent la pose de la véritable rupture, Le Pen et consorts.

La gauche, tous les partis de gauche, risquent de le payer pendant des années et des années, s’ils s’en relèvent un jour.

 

Voter contre Valls, lui refuser la confiance, faire tomber son gouvernement est sans doute risquer la dissolution et une défaite de la gauche encore plus mémorable que celles du printemps dernier. Valls ne se prive pas d’en brandir la menace. Mais c’est occulter le fait que la dissolution n’est pas obligatoire. Elle est une décision du président de la République qui a aussi le droit de nommer un premier ministre qui conduirait une autre politique, celle pour laquelle Hollande a été élu. Le retour de la droite au gouvernement précipité par la dissolution serait la responsabilité de celui qui prendrait la décision de dissoudre, pas de ceux qui agissent pour que la politique pour laquelle ils ont été élus soit mise en œuvre.

Mais même cette hypothèse du retour anticipé de la droite aux affaires serait peut-être un moindre mal que la continuation de ce qui est fait : en deux ans et demi, Hollande a conduit l’opinion au rejet de la gauche, on peut se demander ce qu’il en sera au bout de 5 ans ! La défaite de 2014 serait sans doute moins terrible que celle de 2017.

Il existe une alternative à la dissolution en cas de chute du gouvernement Valls : la nomination d’un gouvernement de cohabitation qui impose au président Hollande la politique qu’il aurait dû mener depuis mai 2012.

Enfin, au-delà même des très graves conséquences du vote de demain, c’est en réalité la question de la survie d’un courant d’opinion progressiste qui se pose. Ce que fait l’équipe de Hollande est désastreux : aux yeux de l’opinion, ses choix sont exactement ceux de Sarkozy, c’est à dire du MEDEF qui dicte ses mesures et que Valls salue bien bas. Qu’on y ajoute les épisodes dévastateurs de Cahuzac et de son compte en Suisse, de Thomas Thévenoud qui ne paye ni ses impôts ni son loyer ou d’Aquilino Morelle qui convoque le cireur de godasses à l’Elysée plus les salades conjugales et extraconjugales du président… on imagine que le parti socialiste mais aussi toute la gauche vont avoir du mal à s’en remettre.

Ne reste qu’une issue : que des députés fassent publiquement, avec éclat, le geste courageux de dire qu’ils ne cautionnent ni cette politique, ni, ces faits, ni ces hommes. Que contre ces reniements politiques, humains et moraux, ils choisissent de dire non. Ils n’ont pas été élus pour ça. Il faut que ça s’arrête, quand bien même ils y perdraient leur siège… que de toute façon ils perdront dans deux ans et demi avec leur honneur en prime. Qu’ils prennent le risque d’être fidèles à leurs idées. C’est probablement la condition de la survie des idées de gauche.

 

                                                   Richard Moyon,
                                               Ce texte n’engage que moi

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