Immigration: la lâcheté politique, un vrai danger!

La transition démographique en cours provoque une augmentation du nombre d'habitants avant une future stabilisation. Les migrations vont augmenter, forcément. Il faut assumer et faire le nécessaire pour accueillir et accompagner.Ne pas le faire c'est ouvrir un boulevard à l'extrême-droite.

L’actuel Président de la République prétend donner de lui-même et de sa politique une image moderne, jeune, au trot, pour adapter la société française à l’évolution galopante du monde. Et si, en réalité, il se contentait de camoufler de vieilles recettes politiciennes empruntées à la droite sous un langage technocratique parsemé d’anglicismes prétendument moderne ? La politique de Thatcher avec le vocabulaire d’un technocrate du XXIe siècle… ? C’est tout particulièrement vrai de sa politique en matière d’immigration.

Emmanuel Macron n’a rien inventé, ni sur le fond, ni dans la forme, au contraire ! Et pourtant, s’il est une question sur laquelle il faudrait rompre avec les formules rabâchées depuis des décennies par des générations de politiciens à courte vue, de Charles Pasqua à Gérard Collomb en passant par Hortefeux et Manuel Valls, c’est bien celle-là. En effet, que Macron, Le Pen, Orban, Salvini, Trump et d’autres le veuillent ou pas, il est rigoureusement impossible que la question de la migration de millions d’humains –et donc de leur accueil—ne se pose pas avec acuité dans les décennies qui viennent.

Un milliard d’humains vivaient sur Terre en 1800, 1,7 milliards en 1900. Nous sommes aujourd’hui 7,6 milliards et la population va continuer d’augmenter dans les prochaines années pour, selon les démographes, atteindre 9,8 milliards en 2050 et environ 11 milliards en 2100 avant, faut-il espérer, de se stabiliser. Ce sont principalement l’Afrique subtropicale et une partie de l’Asie qui verront leur population croître. En effet, à la différence de l’Europe et de l’Amérique, ces continents n’ont pas achevé leur transition démographique, période marquée par une décroissance du taux de mortalité, tandis que celui de la natalité, lui, ne régresse que plus tard entrainant une forte croissance de la population. Tel fut le cas en Europe au XIXe siècle et au début du XXe, cycle au cours duquel le nombre d’Européens s’est multiplié par presque 4. De la même façon, alors que les Africains sont 1,2 milliards aujourd’hui, ils seront probablement 4,2 milliards en 2100.

Conséquence inévitable de cet accroissement, les candidats à la migration seront évidemment de plus en plus nombreux dans les prochaines décennies, et cela d’autant plus que les effets du réchauffement climatique –généré principalement par l’activité des pays riches— risquent de détériorer encore les conditions de vie des populations des pays pauvres. C’est dire s’il y aurait urgence à prendre la question à bras le corps et, pour commencer, à aider ces pays à se développer et à élever le niveau de vie de leurs habitants, action favorisant la maîtrise de la natalité. Or, le montant des aides accordées aux pays en développement est de toutes façons très largement insuffisant, indépendamment de la question de leur utilisation, parfois discutable. Lors de la conférence de Cancun en septembre 1981 (Emmanuel Macron avait 3 ans) Mitterrand avait souhaité que l’aide aux pays en développement augmente jusqu’à atteindre 0,7% du PIB. Si certains pays (la Suède, la Belgique, les Pays-Bas par exemple) réalisent, voire dépassent, cet objectif, les gouvernements français, eux, ne l’ont jamais atteint. Plus même, alors qu’en 2010, sous Sarkozy, ces aides représentaient 0,5% du PIB français elles n’atteignaient plus que 0,38% du PIB en 2016… dans un budget préparé par un ministre des finances nommé Emmanuel Macron…  

En réalité, les fonds envoyés au pays par les migrants représentent l’essentiel des aides aux populations des pays pauvres : trois fois plus que le montant total des subventions des pays riches ! Réduire l’immigration aboutirait à appauvrir encore les populations des pays d’origine des migrants et à rendre la migration plus vitale encore. Une politique irresponsable et hypocrite !

A ces questions qui engagent l’avenir de dizaines, voire de centaines de millions d’humains, qui Macron a-t-il chargé d’apporter des réponses novatrices ? Gérard Collomb et son directeur de cabinet Stéphane Fratacci. Ce dernier était chargé de la préparation des textes contre l’immigration par Sarkozy alors ministre de l’Intérieur puis il fut Secrétaire général du ministère de l’Immigration et de l’identité nationale sous Hortefeux et sous Besson et, cerise sur le gâteau, préfet du Doubs au moment de l’affaire Léonarda. Un spécialiste et un humaniste !

Pourtant, pas plus la circulaire Collomb qui autorise les préfectures à ficher les personnes hébergées dans les centres d’accueil que les dispositions de la loi Collomb en discussion au Sénat ne dissuaderont celles et ceux qui fuient leur pays à renoncer à le faire. Les mesures prévues par la loi Asile et Immigration telles la durée de la rétention portée à 90 jours, y compris pour les enfants, le raccourcissement des délais d’appel ou encore un objectif d’expulsions visant à dépasser ceux qui rendaient Sarkozy et Guéant odieux seront bien impuissantes -elles avoir sur des personnes prêtes à risquer leur vie pour ne pas rester dans un pays où elles pensent ne plus pouvoir survivre ? 35 000 personnes se sont noyées en Méditerranée entre 2000 et 2016, plus de 3 000 en 2017.

La politique mise en œuvre par Emmanuel Macron et ses pareils donne de la société qu’il veut bâtir une image dynamique et hideuse. Elle valide les thèses de l’extrême-droite. Là où il faudrait des dirigeants lucides et courageux qui disent ce que seront les problèmes de demain et proposent de vraies solutions pour les affronter, Macron se dérobe. Il n’a pas le courage de dire clairement et publiquement que l’Europe et la France doivent se préparer d’abord à aider massivement les pays pauvres mais aussi à accueillir dignement des centaines de milliers de réfugiés. Impossible ? Même si les circonstances sont différentes, à la fin de la guerre d’Algérie, un million de rapatriés sont arrivés en France en un an sans que le monde s’effondre. En renonçant à poser la question et ses solutions clairement, Emmanuel Macron laisse le champ libre à des démagogies dangereuses et un peu plus. Pour dire les choses clairement, la fermeture de la frontière avec l’Italie, le refus de Macron d’accueillir une partie des migrants arrivés en Italie, a fait la courte-échelle à l’extrême-droite italienne. Cynique et irresponsable, la politique de Macron ouvre la voie à un Salvini franchouillard.

Richard Moyon

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