PARLEMENTAIRES SOCIALISTES, N'AYEZ PAS PEUR !

PARLEMENTAIRES SOCIALISTES, N'AYEZ PAS PEUR !

Mettant à profit, si l'on peut dire, la déroute socialiste aux élections municipales, Hollande et Valls jouent leur va tout et tentent d'imposer un ensemble de mesures dont ils disent espérer qu'elles feront reprendre la croissance. On peut toujours rêver ! On ne voit pas pourquoi une politique qui a échoué depuis deux ans réussirait davantage en étant appliquée plus brutalement encore.

Le pacte dit de responsabilité se traduira par des atteintes sans précédent au niveau de vie et aux droits sociaux de larges couches de la population... au nom de la lutte contre le chômage, il est vrai !

Hollande s'affirme même prêt à conditionner sa candidature aux présidentielles de 2017 à l'inversion de la courbe du chômage, c'est dire ! Tout doit être sacrifié à ce noble objectif. Argument imparable ! Qui pourrait ne pas souhaiter la baisse du chômage qui, dans la novlangue ministérielle, est indissociable de la résorption de la dette publique. Une figure imposée, reprise par exemple, dans l'interview de Michel Sapin (Le Monde, 24 avril) : "pour alléger le poids de la dette et faire redémarrer l'emploi, il nous faut une croissance supérieure".

Dès lors, tout s'enchaîne : pour diminuer le chômage et la dette, il faut améliorer la compétitivité des entreprises. D'où le cadeau royal de 50 milliards aux entreprises, sans contrepartie. De moindres rentrées fiscales qui imposeront des économies d'autant plus brutales qu'il faut en même temps réduire la dette au détriment de la qualité des services publics. Les gains de compétitivité supposent également la réduction des coûts du travail, un euphémisme pour ne pas appeler par son nom la diminution des salaires. SMIC jeune, allègement ou suppression des cotisations sociales, blocage des salaires, les idées ne manquent pas, qui, toutes, aboutissent à tailler dans le revenu des salariés par le blocage des salaires ou par l'amputation des salaires indirects (allocations familiales, retraites, sécurité sociale). Enfin, la législation sociale qui protège les salariés est, elle aussi, selon le MEDEF, un frein à la compétitivité. Suppression des obstacles au travail du dimanche, des limitations de la durée du travail, à commencer par ce qui reste des 35 heures, développement des contrats précaires (stages, intérim, CDD) au détriment des CDI, suppression envisagée des "effets de seuil" (représentation du personnel, CE, etc) sont au programme.

Ces mesures, que Sarkozy n'avait pas osé prendre, trouvent une oreille favorable chez une partie des parlementaires de droite qui se disent prêts à les soutenir.  Jusqu'à alimenter la rumeur, entretenue par certains ministres, sous forme de menaces à l'égard des députés récalcitrants,  que des voix de droite pourraient suppléer d'éventuelles défections à gauche !

A l'inverse, elles passent mal chez les députés socialistes. Beaucoup rechignent, quelques uns, les plus courageux, ont fait savoir qu'ils ne voteraient pas le plan gouvernemental en l'état. Des propositions précises destinées à atténuer les effets de l'austérité sur les catégories les plus pauvres ont été faites. Fin de non recevoir de la part de Michel Sapin, ministre des finances. Tout au plus concède-t-il que les plus petites retraites inférieures à 900 € --soit moins que le seuil de pauvreté !-- pourraient ne pas être bloquées  la première année.

En réalité, bien  plus que de Jaurès, c'est de Margaret Thatcher que s'inspire Manuel Valls. Par le contenu radicalement anti-social de son plan mais aussi par le discours qui le sous-tend, inspiré du célèbre TINA (there is no alternative) de la dame de fer. A en croire Valls et ses ministres, leur Pacte de responsabilité serait la seule réponse possible à la situation économique du pays aussi bien qu'à la situation politique créée par la défaite du parti socialiste aux élections législatives. 

Et pourtant si, contrairement à la pensée formatée, il y avait une alternative ? Si, aussi incongrue que puisse sembler l'idée, il serait de l'intérêt des socialistes et, bien au-delà, de la société tout entière, que les député  rejettent le plan Valls, voire fassent tomber le gouvernement et imposent à François Hollande une sorte de cohabitation avec un premier ministre, de gauche cette fois,  menant une politique de gauche.

Face à cette révolte salutaire  des élus socialistes renforcés par les Ecologistes et le Front de Gauche, Hollande pourrait être tenté de rechercher et de trouver le renfort de députés du centre et de droite, et de former un gouvernement de centre droit pour faire passer ses mesures. La pilule ne serait pas moins amère, mais les choses auraient alors le mérite d'être claires : un gouvernement de droite pour appliquer une politique de droite et une opposition de gauche pour s'y opposer et affirmer qu'une autre voie est possible.

Hollande pourrait aussi être tenté de dissoudre la chambre comme certains de ses proches le laissent entendre, provoquant des élections législatives anticipées d'où le PS sortirait étrillé. Plausible mais pas certain. Parce que dans un cas comme dans l'autre, avec ou sans dissolution, le président serait condamné à cohabiter avec un premier ministre en situation d'imposer ses choix. Cohabiter avec Jean-François Copé ou un premier ministre de gauche, cruel dilemme... Sauf, naturellement à faire le calcul machiavélique qu'après trois ans au gouvernement, la droite serait à son tour de nouveau tellement déconsidérée que Hollande candidat en 2017 aurait une chance de l'emporter...

Mais, quoi qu'il en soit, dissolution ou pas, les élus socialistes, les militants de ce parti et plus largement tous ceux qui croient au progrès social dans ce pays ont tout à gagner à ne pas laisser les mains libres au gouvernement Valls.

Pour dire les choses directement, si les socialistes laissent Hollande et Valls poursuivre et aggraver la politique menée depuis deux ans, ils sont assurés de prendre des raclées encore plus monumentales que celle des municipales à toutes les élections à venir, européennes, sénatoriales, régionales. Et le 21 avril 2017, de voir s'installer au pouvoir, pour dix ou quinze ans, une droite très à droite. 

Ce serait dommage pour les élus et le PS. Mais ce serait pire encore pour la population et pour les idées de progrès social dans ce pays. Quand la gauche mène la politique de la droite, elle ruine durablement les idées de progrès et de justice sociale qu'elle prétendait incarner. Dans le domaine économique et social, mais aussi dans tous les autres. A l'exception du mariage pour tous, aucune des réformes de société évoquées par le candidat Hollande ou dont le PS était porteur n'a vu le jour. Et aucune d'entre elles ne sera mise en oeuvre. Le bilan de Hollande à ce jour, c'est la régression sociale et le quasi immobilisme sur les questions de société... sans parler de la République irréprochable !

Les députés socialistes sont devant un choix dont ils paieront les conséquences pendant des années et des années. Et avec eux des pans entiers de la population. S'ils se soumettent, ils auront trois années de sursis en vie végétative au Palais Bourbon mais ils laisseront ensuite un champ de ruines idéologiques et une population privée de repères et d'espoirs. S'ils se révoltent, ils prennent le risque de la dissolution et d'un retour rapide de la droite au gouvernement. Mais ils témoignent de la force de leurs convictions, conservent une chance de reconquérir l'opinion et surtout préservent l'avenir.

Parlementaires socialistes... N'ayez pas peur !

                                                         Richard Moyon

 

Il va sans dire, mais il va aussi bien en le disant, que ce qui est publié sur ce blog l'est à titre personnel et n'engage que moi. 

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