IMMIGRATION : CHEZ MACRON ON MARCHE SUR PLACE ?

Les premiers signes envoyés par le gouvernement sur l'immigration sont inquiétants

 

ON MARCHE SUR PLACE ?

 

Le 24 mai, le candidat la République en Marche, Jean-Louis Bourlanges, tenait une réunion publique à Clamart (92). On avait appris la veille la nomination de Stéphane Fratacci au poste de directeur de Cabinet du ministre de l’Intérieur Gérard Colomb.

Me suis présenté sommairement en rappelant que le Réseau Education sans frontières était né à côté de Clamart, au lycée Jean Jaurès à Châtenay-Malabry. Puis : 

 

« Deux citations :

A propos des Roms : « Nous ne pouvons pas accueillir tous ceux qui rencontrent des difficultés dans le monde »

A propos des migrants :« Si l’on continue sans cesse d’ajouter des places d’hébergement, le flux continue sans cesse. Tous les maires qui ont laissé faire se sont retrouvés dans des situations épouvantables ». 

De qui ces phrases sont-elles ? Sarkozy, Hortefeux, Besson, Guéant ? Ou alors Valls ? Cazeneuve ? Elles sont de Gérard Colomb en 2016, alors maire de Lyon, et aujourd’hui ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron. Assurément une vraie continuité avec ses prédécesseurs. 

 

Le directeur de cabinet de Gérard Colomb s’appelle Stéphane Fratacci, un nom qui ne dit probablement pas grand-chose à la plupart d’entre vous. Mais, à RESF, on connaît. Il a été de 2002 à 2006 directeur du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, puis sous Sarkozy de 2009 à 2012, Secrétaire général du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, les humanistes Brice Hortefeux puis Eric Besson baptisés ministres de la Rafle et du Drapeau.

Au moment de l’affaire Léonarda, il était préfet du Doubs. C’est lui qui a envoyé la police l’arrêter dans un bus scolaire et qui l’a expulsée.

 

 Question : le renouveau politique promis par Emmanuel Macron consiste-t-il, en matière d’immigration, à poursuivre, avec les mêmes mots et les mêmes hommes, ce qu’ont fait les ministres successifs de Sarkozy à Fekl en passant par Hortefeux, Besson, Guéant, Valls, Cazeneuve et Le Roux ? Sinon, quels sont, concrètement, les changements envisagés ?

 

Remarque subsidiaire :

On peut se demander si la situation des maires de grandes métropoles est encore plus « épouvantable » que celle des migrants qui meurent par milliers en Méditerranée ou des centaines de MIE que l’Aide sociale à l’enfance met à la rue.

 

 

 

Réponse de J-L. Bourlange… un peu trop habile :

1) Je ne vais pas commenter des citations tirées de leur contexte

2) On a trop parlé de l’affaire Léonarda.

3) Le rôle d’un député n’est pas de donner des directives aux ministres sur la constitution de leur cabinet.

Suit un long développement conforme à ce que dit Macron dans son bouquin : faut une politique équilibrée, application stricte de la Convention de Genève, droit d’asile sacré, devoir d’aider les réfugiés… sur place c’est-à-dire aider les premiers pays d’accueil (Turquie, Liban, Lybie, etc) à les garder chez eux. Oui au regroupement familial, supprimer Dublin2, oui à la coopération étudiante. Mais face aux difficultés économiques, le développement des migrations n’est pas une solution. Il faut aider au développement sur place. Pour s’opposer au rejet de l’étranger, il faut réussir l’intégration. Pour résumer, pas de naïveté mais de la fermeté (examiner vite les demandes d’asile et expulser les déboutés), respect des engagements.

PS. Ce résumé n’engage naturellement que moi.

 

 

 

Pour mémoire, François Mitterrand proposait lors de la conférence de Cancun en 1981 d’augmenter l’aide aux pays en voie de développement de 0,35% du PIB à 0,7%. Trente-trois ans plus tard (en 2014) elle était de 0,36%. Paroles, paroles ? Conclusion : on attend le gouvernement aux actes mais les signaux envoyés jusqu’à présent ne sont pas les meilleurs. On marche sur place ?

 

Richard Moyon

 

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