Porter l’estocade au gouvernement Valls pour que survivent les idées de gauche

Retour des journées des Frondeurs à Marennes, la tête pleine des discours brillants et convaincants de leaders talentueux et, pourquoi ne pas le reconnaitre, qu’on sent sincèrement indignés de la politique du gouvernement Valls et, pas tous au même degré, du président Hollande. Deux questions au centre des préoccupations : l’accueil à réserver aux réfugiés entrant en Europe et la politique économique et sociale du gouvernement telle que Valls et Macron la mènent.

Retour des journées des Frondeurs à Marennes, la tête pleine des discours brillants et convaincants de leaders talentueux et, pourquoi ne pas le reconnaitre, qu’on sent sincèrement indignés de la politique du gouvernement Valls et, pas tous au même degré, du président Hollande. Deux questions au centre des préoccupations : l’accueil à réserver aux réfugiés entrant en Europe et la politique économique et sociale du gouvernement telle que Valls et Macron la mènent.

Sur la première question, unanimité, évidemment, pour déplorer les conditions honteuses réservées aux réfugiés et aux migrants. Unanimité aussi pour estimer que la question ne peut trouver de solution réelle qu’à l’échelle de l’Union européenne et que chacun des pays doit s’y impliquer.

Des idées justes, souvent généreuses, insérant le déplacement des populations à la fois dans une perspective historique et dans le cadre des relations économiques inégales entre pays riches et pays pauvres sans parler de toutes les formes d’ingérences  des grandes puissances. Le regret aussi, publiquement exprimé par plusieurs orateurs, que le président français ait moins de courage qu’Angela Merkel  et se retrouve à sa droite sur cette question ! Pourtant, sans que cela ait été nécessairement conscient et délibéré à Marennes, le risque existe qu’à se concentrer sur le drame des réfugiés et la responsabilité de l’Europe, la poursuite par l’humaniste Cazeneuve de sa chasse aux sans-papiers soit oubliée. Les pays européens sont loin d’être à la hauteur de leurs responsabilités. Soit. Cela ne dispense pas d’exiger du gouvernement français qu’il donne l’exemple en accueillant un grand nombre de réfugiés dans des conditions décentes, en les aidant à se rendre dans le pays de leur choix. L’Italie et la Grèce hébergent déjà des centaines de milliers de réfugiés, l Allemagne se dit prête à en recevoir 800 000, que le gouvernement français fasse un geste du même ordre et les autres pays européens seraient obligés de leur emboîter le pas. Ce devrait être une première revendication des Frondeurs… et des autres. La seconde, encore plus immédiate, dépendant  du seul gouvernement français et que ne doit pas occulter la question des réfugiés est l’abandon immédiat de la politique anti-immigrés mise en place par Sarkozy et poursuivie par Valls et Cazeneuve.  Sauf si j’ai manqué un épisode, je n’ai pas entendu ces revendications formulées clairement et fortement à Marennes.

La seconde préoccupation exprimée par tous les orateurs et présente dans toutes les conversations est celle de la politique économique et sociale du gouvernement. L’un des points de cristallisation sera le prochain budget. Raisonnement des opposants, exprimé, entre autres, par Benoît Hamon : Valls a parlé d’apartheid dans la société française. On peut discuter du terme, mais puisqu’il le dit, il faut qu’il présente un budget propre à combattre cette exclusion de la société de ses couches les plus pauvres. Et, pour commencer, qu’il réaffecte à la consommation une partie des 50 milliards offerts gracieusement au patronat, au minimum15 milliards. La direction du Parti Socialiste a pris position en ce sens au mois de juin, il faut que le gouvernement l’entende. Faute de quoi, les Frondeurs ne voteront pas le budget.

Jusqu’ici le raisonnement tient. Mais, comme il l’a fait pour la loi Macron, privé de majorité Valls emploiera le 49-3 qui permet de considérer un texte comme adopté sans qu’il soit voté, à charge pour les opposants de déposer une motion de censure renversant le gouvernement si la majorité la vote. Ce qui n’est arithmétiquement possible qu’avec les voix des Frondeurs… ce qu’aucun d’entre eux ne s’est engagé à faire !

C’est pourtant là le cœur de la question. La gauche du PS est pertinente et virulente dans ses critiques du gouvernement. A la tribune, les analyses féroces et les bons mots vachards se succèdent. Mais ça ne suffit pas. La politique du gouvernement Valls et du président Hollande est désastreuse pour le présent. Sur les deux seules questions mentionnées ici, elle condamne des centaines de milliers d’humains à risquer de mourir au pays ou à fuir en risquant de mourir aussi et, pour les rescapés, à végéter dans la misère et le dénuement. C’est honteux pour eux et pour nous. C’est aussi la négation de toutes les valeurs de solidarité et de refus de l’injustice qui ont fait l’histoire du mouvement ouvrier et socialiste au sens large.

La politique économique et sociale de Valls et Macron est tout aussi malfaisante. Elle appauvrit les pauvres et enrichit les riches, au nom du socialisme. Elle a des effets immédiats, mécontentement des couches populaires, horizon bouché et rejet de la politique et des politiques, terreau sur lequel prospère le FN. Elle renforce la conviction que, de droite ou de gauche, les gouvernements vont dans le même sens et servent les mêmes intérêts. Elle prépare le triomphe de la droite et de l’extrême-droite aux prochaines élections, régionales et présidentielles. Mais le pire est à venir. Car, prolongeant la politique engagée par Sarkozy dans le domaine de l’immigration et le domaine social et économique (mais on pourrait en dire autant des autres questions), elle cautionne par avance, les mesures les pires que prendra la droite très à droite revenue au pouvoir avec, pour faire rêver, par exemple, Jean-François Copée à l’Intérieur, Eric Ciotti aux Affaires sociales et Nadine Morano à la Culture. Comme cela a été le cas pendant des décennies pour  la phrase tronquée de Michel Rocard « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde », on nous serinera « comme le disait très justement Manuel Valls, les Roms ne sont pas une population intégrable », « comme le disait parfaitement Emmanuel Macron sans qu’on lui donne  les moyens de le faire, il faut remettre en cause les 35 heures et raboter le code du travail », « comme le réclamait M. Rebsamen, il faut surveiller les chômeurs », et « comme l’aurait voulu Bernard Cazeneuve qui était si fier de faire 12,5% d’expulsions de plus que ses prédécesseurs mais qu’on empêchait de faire encore mieux, il faut expulser tous les sans papiers ».

La validation anticipée de la politique de la droite par le gouvernement de « gauche » signifie du même coup la ruine idéologique des idées de gauche, du moins portées par le PS. Si les militants, les responsables et les élus socialistes se contentent pendant 5 ans de râler et même de vociférer mais n’agissent pas pour empêcher Valls et consorts de nuire, quelle légitimité auront-ils pour dénoncer les futures mesures de la droite revenue aux affaires, prolongeant et exacerbant celles qu’ils ont eux mêmes laissées passer.

Il faut renverser le gouvernement Valls. Que Hollande dissolve ou pas l’assemblée ensuite n’est pas le principal problème. La chute de Valls provoquée par la gauche serait la démonstration courageuse, éclatante qu’il reste une gauche attachée à ses idées et à ses valeurs. Dans les pays où cela n’a pas été fait, la social démocratie est momifiée, soit quasiment alignée sur la droite comme en Allemagne, soit moribonde, comme en Espagne ou en Grèce. Il y a urgence ! Après, dans quelques mois à peine, il sera trop tard.

                                                          Richard Moyon

 

Remarque : Ce qui est exprimé sur ce blog n’engage que moi.

 

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