Du racisme dans le mouvement social et étudiant

La mobilisation maintenant lancée, les mouvements d’occupation sont installés dans les universités. Des structures et comportements discriminatoires apparaissent dans l’organisation du mouvement. Nous appelons à une Riposte Antiraciste Populaire.

"Si vous ne faites pas partie de la solution, alors vous faites partie du problème." Eldrige Cleaver

La mobilisation maintenant lancée, les mouvements d’occupation sont installés dans les universités. Des structures et comportements discriminatoires apparaissent dans l’organisation du mouvement. Les tribunes sont blanches, les interruptions et agressions verbales en pleine AG lorsqu’une personne non-blanche dénonce le racisme sont quotidiennes. Dans ces mouvements, tout le monde a l'expression de "convergence des luttes" à la bouche, ce qui pourrait laisser croire que l'antiracisme fait partie de cette dynamique. Mais en réalité, nous assistons en pratique à un déni de la parole antiraciste et à une récupération des combats de l'immigration et des quartiers populaires par des organisations bureaucrates.

La loi ORE sur la sélection à l'université n'est qu'une énième attaque contre la fameuse "égalité des chances", cette effroyable imposture républicaine. Cette loi ne cible pas "les étudiant.e.s", catégorie abstraite et vide de sens, elle constitue une attaque contre les immigré.e.s et les classes populaires. Comme nous l'a déjà appris le CPE, projet de loi lancé en réponse aux révoltes de novembre 2005, les lois de réforme de l'enseignement sont en réalité de véritables campagnes de pacification et de perpétuation d’un ordre établi de sélection sociale. Dans le cas des habitant.e.s des quartiers populaires et des personnes issues de l’immigration, cette sélection sociale est mise en place bien avant le bac. On a toutes et tous entendu, dès le collège, les « fais un BPE c’est mieux pour toi » et autres « une formation professionnelle te permettra de mieux exploiter tes capacités. » Le collège est pour beaucoup l’antichambre du marché du travail précaire. 

Ici se joue une lutte des classes. Elle se doit d’être antiraciste.

Paris I-Tolbiac, université parisiano-centrée qui pense rejouer le film de Mai 68 avec tout son folklore passé de mode, croit jouir d’une réputation antiraciste alors qu’elle est le lieu d’une surreprésentation de la blanchité dans un déni total du racisme sous couvert d’universalisme (aujourd'hui il semble que l'on préfère le terme plus à la mode de "massification"). Le 17 avril, un atelier en non-mixité racisée était prévu par des étudiant.e.s de Tolbiac. Ces étudiant.e.s ont été menacé.e.s de « lynchage», accusé.e.s de rétablir la ségrégation, accusé.e.s de « racisme anti-blanc » par la LICRA et n’ont reçu aucun soutien des occupant.e.s devant ces attaques racistes. Vieille et basse manoeuvre: les victimes deviennent les bourreaux. Le soutien de Tolbiac est conditionné par une hiérarchie des luttes qui place les revendications antiracistes au plus bas niveau. Les questions de racisme sont limitées à une minute dans la catégorie fourre-tout de "convergence des luttes." Tolbiac n'est que le reflet d'une problématique récurrente qui touche les mouvements étudiants en général.

Qu'on se le dise une bonne fois pour toute : la « convergence » n’est qu’un outil de marketing politique, une punchline vide de réalité qui sert à cacher les différentes discriminations que l'on retrouve dans les mouvements de gauche, aussi radicaux qu’ils prétendent être.

TOLBIAC LA ROUGE N’EST PLUS, BIENVENUE A TOLBIAC LA BLANCHE.

Comment s'aveugler au point de ne pas réaliser que le mouvement actuel d'occupation des universités a été lancé par la lutte des exilé.e.s, migrant.e.s et sans-papiers qui ont successivement occupé au courant de l'année les universités de Nantes, Grenoble, Lyon, Paris 8 ? Les occupations étudiantes se sont inscrites dans la dynamique lancée par les exilé.e.s, mais pour ensuite mieux invisibiliser leurs luttes et leurs revendications.

 On nous accusera de diviser, de saboter, de "faire le jeu de...." Nous répondons que nous ne ferons pas union avec des racistes, quel que soit leur bord politique. Les seul.e.s à se sentir exclu.e.s par nos propos sont nos ennemi.e.s politiques. C'était déjà les mêmes qui faisaient alliance avec les patrons pour casser les grèves des ouvriers arabes de Talbot-Citroën, les mêmes qui ont laissé les Chibanis en galère dans leur lutte contre la SNCF pendant des décennies, qui ont ignoré les grévistes d'ONET, d'Holliday Inn et les familles de victimes de violence policière, les mêmes qui invisibilisaient les luttes dans les foyers SONACOTRA et celles des femmes et queer non-blanc.he.s avant de les appeler à "converger". Les mêmes qui encore prêchaient l'insurrection dans leurs articles mondains mais qui sont resté.e.s au chaud en novembre 2005. Si les diverses composantes du mouvement actuel ne sont pas prêtes à entendre tout cela, c'est qu'elles ne sont pas prêtes à une révolte de grande ampleur, c'est qu'elles ont peur, qu'elles sont lâches.

Face aux problématiques rencontrées au sein de la mobilisation qui gagne les universités, nous, étudiant.e.s antiracistes, annonçons la constitution du collectif autonome Riposte Antiraciste Populaire (RAP.) Nous nous emparons de la non-mixité choisie comme outil d’organisation politique. Cet outil ne vise pas à créer un entre-soi, mais à produire les conditions d’émergence d’une force politique autonome plus à-même de mettre en pratique une convergence des luttes, réelle et effective.

Nous appelons le comité de mobilisation de Tolbiac et les étudiant.e.s mobilisé.e.s à une rencontre autour des problématiques racistes dans les mouvements sociaux à Tolbiac, le lundi 23 avril à 19h.

Nous appelons nos "allié.e.s" à se montrer, à dénoncer, à s'organiser et à briser le silence complice qui règne dans les mouvements sociaux et étudiants.

NOUS NE VOULONS PLUS D’ALLIĖ.E.S, NOUS VOULONS DES COMPLICES.

(EDIT: Suite à l'intervention policière à la Commune libre de Tolbiac, la rencontre aura lieu à Paris 8 (amphithéâtre B2), le jour et l'heure sont maintenus.)


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Mail: riposteantiracistepopulaire@riseup.net

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