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Billet de blog 21 décembre 2025

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Christophe Ruggia est-il innocent ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dans le chapitre 2 de l'essai intitulé « L’affaire Adèle Haenel — Tribunal de l’opinion ou espoir d’un monde nouveau ? » publié chez L'Harmattan et que vous pouvez lire sur Google Books, j'explique ce qui suit.

D'abord, les experts expliquent que les pédophiles agresseurs d'enfants ne sont pas des gens « bizarroïdes », fous, qui ne comprendraient pas que la société est extrêmement hostile à leurs pulsions sexuelles envers les enfants. Les agresseurs, hormis le fait qu'ils sont des agresseurs, sont des gens tout à fait « normaux », souvent des pères de famille bien insérés, et qui savent parfaitement que céder à leurs penchants pour les enfants est illégal.

Adèle Haenel décrit le comportement de Christophe Ruggia de la façon suivante : 

« Il met en place un système d’isolement pour m’avoir chez lui, à disposition tous les week-ends. C’est pas quelqu’un qui a une pulsion ! C’est un harcèlement qui est permanent, hebdomadaire si on veut, si on veut être plus précis, hebdomadaire. C’est ça qu’il fait. Si la personne est soumise à des pulsions et se dit : « Mais mon dieu, mais qu’est-ce que je fais avec cette histoire d’amour, et comment je fais ? », il ne met pas en place un système pour m’avoir sous le nez tout le temps, tout seul, me faire culpabiliser de ça. » (source)

Adèle Haenel affirme également que Christophe Ruggia lui offrait toujours au moment du goûter ses friandises préférées : « des finger's au chocolat blanc et de l'Orangina » (source, source). C'est à ce moment-là, à chaque rencontre, que les agressions étaient censées débuter.

Avant le goûter, Christophe Ruggia donnait de l'attention à Adèle Haenel, discutant avec elle de toutes choses, cinéma, politique, actualités, et aussi des projets d'avenir pour la jeune actrice. Il lui mettait aussi à sa disposition son importante DVDthèque : Adèle lui empruntait des films qu'elle visionnait chez elle.

Adèle Haenel décrit donc ce que les chercheurs, spécialistes des agresseurs d'enfants, connaissent très bien : le « grooming », c'est-à-dire une stratégie où l'agresseur se lie avec la jeune personne, entretient une relation amicale, lui donne de l'affection et son attention, lui offre des cadeaux, et parvient à l'« isoler », c'est-à-dire à se retrouver seule avec elle, afin de pouvoir l'entraîner vers la sexualité.

Il est à noter que le « grooming » ne peut être identifié comme étant un réel « grooming » qu'après coup, une fois qu'il est établi qu'il y a eu relations sexuelles, car les comportements associés au grooming (liens amicaux, cadeaux, attention donnée à l'enfant) ne diffèrent en rien avec ceux d'une relation parfaitement saine.

Il faut également savoir que le « grooming » pratiqué par un agresseur est une stratégie qui permet d'éviter la divulgation (voir annexe 1) : le lien fort établi avec l'enfant permet que l'enfant garde le secret sur la dérive vers la sexualité.

C'est une constante chez les agresseurs d'enfants : ils sont dans une situation où satisfaire leurs désirs est dangereux, et il leur faut à tout prix éviter d'être détectés.

La règle d'or des agresseurs d'enfants est de ne pas attirer l'attention, de rester discret.

Or, Christophe Ruggia, lui, a adopté divers comportements qui, au contraire, pouvaient attirer l'attention sur sa relation avec la jeune actrice : il a multiplié les moments où il s'affichait en relation proche avec Adèle Haenel ou bien il parlait d'elle d'une manière montrant qu'il avait une très forte proximité affective avec elle.

  • Lorsque  Christophe Ruggia réalise le montage du making-of du film Les Diables, il y inclut des séquences le montrant prenant Vincent Rottiers ou Adèle Haenel dans ses bras, exposant ainsi sa proximité physique et affective avec eux : un véritable agresseur aurait certainement pris bien soin, au contraire, de ne pas immortaliser ce type de comportement, qui peut être interprété par un oeil soupçonneux comme une phase d'approche pédophile (voir annexe 2).
  • De même, Christophe Ruggia se montre proche affectivement et physiquement d'Adèle Haenel dans les festivals où ils assurent la promotion du film Les Diables. Ils se sont notamment pris en photo l'un contre l'autre — des photos évidemment reprises dans l’enquête de Mediapart. Leur proximité affichée, qui risquait d'attirer l'attention et a été rapportée par un témoin à Mediapart, est atypique pour un homme censé agresser régulièrement la jeune fille en privé.
  • En 2019, Céline Sciamma déclare à Mediapart : « Christophe Ruggia n’a rien caché. Il a publiquement déclaré son amour à une enfant dans des mondanités. Certaines personnes ont acheté sa partition de l’amoureux éconduit, qu’on allait plaindre parce qu’il avait le cœur brisé, qu’il avait tout donné à une jeune fille qui était en train de moissonner tout cela. » Or, les agresseurs d'enfants sont adeptes de la dissimulation. Ruggia, lui, n'aurait « rien caché » de son « amour » pour une « enfant » ?
  • Christophe Ruggia, pourtant un professionnel de l'écriture conscient du poids des mots, a écrit à Adèle Haenel après leur rupture une lettre où il parle de son « amour » pour elle, un amour parfois « trop lourd à porter ». 
  • Il a également parlé de son affection pour la jeune actrice à Mona Achache, lui indiquant même l'incident du tee-shirt remonté trop haut sur la poitrine d'Adèle Haenel.

Ainsi, Christophe Ruggia a eu des comportements extrêmement surprenants s'il est un agresseur sexuel : notamment, pourquoi prendre le risque de parler d'un incident avec Adèle Haenel à sa compagne Mona Achache ? Ce comportement devient par contre compréhensible s'il a eu une affection platonique pour la jeune actrice : n'ayant rien à se reprocher, il n'a même pas pris conscience qu'il se mettait en danger en parlant librement avec sa compagne.

Au final, la question qui se pose est la suivante : Christophe Ruggia serait-il l'exception qui confirme la règle, c'est-à-dire un agresseur qui n'avait aucune crainte d'attirer l'attention sur lui et sa relation avec l'enfant ?

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Les cas de Gabriel Matzneff, Benoît Jacquot, et Michael Jackson

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Lorsqu'on songe à des exemples célèbres d'hommes s'étant affiché avec des enfants, les trois noms qui viennent généralement à l'esprit sont : Gabriel Matzneff, Benoît Jacquot, et Michael Jackson.

Il est à remarquer en premier lieu que ces trois personnalités appartiennent déjà au passé, et se sont faits remarquer à une époque antérieure à l'affaire Dutroux qui a débuté en 1996 et marqué une nouvelle ère de crainte maximale envers la pédophilie (voir annexe 3).

L'écrivain Gabriel Matzneff constitue un cas rarissime : celui d’un pédophile assumé, relatant dans des ouvrages publiés ses relations avec des enfants. Mais il est à noter que, même si Matzneff a pu emmener la jeune Vanessa Springora dans des dîners du milieu littéraire, il a pris néanmoins des précautions quant à ses publications, afin de minimiser le risque pénal. Notamment, alors qu'il a débuté l'écriture de ses carnets intimes en 1953, il commence à publier les « Carnets noirs » seulement en 1976 (source). De plus, les années où il a été le plus actif, entre 1989 et 2006, sont restées inédites : aucun carnet noir n'a été publié concernant ces périodes (source). Lorsque fin 2019 éclate l'affaire qui provoquera sa chute — sa relation avec Vanessa Springora, débutée en 1986 alors qu'elle avait 14 ans — le Club des juristes signale immédiatement qu'un problème va se poser pour faire condamner Matzneff : la prescription (source). En effet, il existe un délai pour attaquer en justice, et Gabriel Matzneff a toujours publié de la même manière : sans se mettre en danger sur le plan légal, ses écrits concernant des personnes devenues adultes depuis longtemps, essentiellement à des époques où les délais de prescription étaient beaucoup plus courts qu'aujourd'hui.

Le cinéaste Benoît Jacquot, lui, s'est affiché avec une adolescente, la jeune actrice Judith Godrèche, mais elle avait 16 ans lorsqu'ils s'installent ensemble en 1988 dans le même appartement, et il existe une incertitude sur le début des relations sexuelles. Godrèche dit 14 ans, lui dit 15 ans (Il « soutient que la jeune fille avait 15 ans lors de leur premier rapport sexuel, un détail important puisqu’il s’agit de l’âge de la majorité sexuelle. » Le Figaro). Il n'est donc pas certain que le cas de Benoît Jacquot soit une exception quant à la règle générale concernant les agresseurs d'enfants, en raison de cette incertitude sur le début des relations sexuelles. Un début de sexualité à l'âge de 15 ans et un début à l'âge de 12 ans (selon les accusations d'Haenel) n'entrent pas dans la même catégorie.

Concernant, Michael Jackson, la présence de figures enfantines à ses côtés débute dans les années 1980. Puis, à la fin des années 1980 et début des années 1990, il se construit même une image publique d'artiste proche des enfants, avec notamment son ranch Neverland, un vaste domaine sorte de royaume pour enfants. Mais Michael Jackson est un cas très particulier : star mondiale, doté d’une aura immense, d'un pouvoir d'influence sans équivalent, et d’une fortune colossale. En 1993, il verse 25 millions de dollars pour échapper à des poursuites judiciaires après des accusations de relations pédophiles (source). Sa capacité à absorber le risque judiciaire par des moyens financiers hors normes le place dans une configuration sans commune mesure avec celle d’un individu ordinaire.

Ainsi, si l'on met de côté le cas de Benoît Jacquot, qui demeure factuellement incertain, l’exemple de Gabriel Matzneff reste le plus souvent invoqué pour illustrer l’idée d’un agresseur s’affichant sans crainte. Mais là encore, il s'agit d'un cas très particulier : il jouit d'une aura littéraire importante dans le milieu des éditeurs parisiens, et il est édité par de grandes maisons d'éditions (Gallimard, Stock, Juillard, La Table ronde, Payot, Jean-Claude Lattès, etc.). Il a pu se sentir ainsi protégé, ce qui peut expliquer qu'il n'ait pas pris les précautions habituelles (dissimulation complète). De plus, la publication de Les Moins de seize ans en 1974 s’inscrit dans une période de libération sexuelle où les normes morales et la vigilance collective étaient très éloignées de celles du XXIᵉ siècle. Notamment, les années 1970 ont été marquées par les mouvements hippies, et par un soutien public de nombreux intellectuels à une décriminalisation des relations avec les mineurs de moins de 15 ans (source).

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Christophe Ruggia

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Le cas de Christophe Ruggia se situe dans une configuration radicalement différente. Il ne se situe pas à la même époque — les faits allégués auraient débuté en 2001, donc après le tournant majeur de la deuxième moitié des années 1990. Le cinéaste évolue donc dans un contexte de sensibilité maximale aux violences sexuelles sur mineurs. De plus, il n'a ni fortune, ni soutien d'aucune sorte. Réalisateur peu connu, auteur de très peu de films, dont aucun n’a rencontré un succès grand public, il ne pèse pratiquement rien dans l’industrie cinématographique.

Dans ces conditions, s’il avait été un agresseur d’enfant, Christophe Ruggia se serait trouvé dans la situation la plus classique et la plus risquée : celle où toute proximité affective affichée avec un enfant en public constitue un danger immédiat, avec une possibilité que la jeune fille soit interrogée par des personnes suspicieuses, et que la nature de la relation soit alors révélée. Contrairement à Gabriel Matzneff, il n’évoluait pas dans un milieu culturel permissif ni protecteur ; contrairement à Benoît Jacquot, il ne bénéficiait pas de l’ambiguïté liée à l’âge légal de la majorité sexuelle ; contrairement à Michael Jackson, il ne disposait d’aucun moyen financier lui permettant d’absorber un choc judiciaire ; d'ailleurs dès l'instant où il a été accusé par Adèle Haenel, il s'est retrouvé sans argent, puis au RSA (source, source), ce qui permet de mesurer concrètement l’absence totale de ressources financières ou d’influence dont il dispose.

Autrement dit, les cas souvent invoqués pour suggérer l’existence d’agresseurs « s’affichant sans crainte » reposent sur des configurations très spécifiques, dans lesquelles le rapport au risque pénal est fortement atténué par le contexte social, historique ou financier. À l’inverse, le cas de Christophe Ruggia relèverait — s’il était coupable — d’une logique de comportement hautement atypique : celle d’un individu exposé à un risque maximal, sans protection particulière, agissant dans une période de forte crainte collective envers la pédophilie. Il s’agirait alors d’un cas sans équivalent clairement documenté au XXIᵉ siècle.

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ANNEXE 1

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1/ SYSTEMATIC REVIEW: GROOMING BEHAVIOR IN CASES OF CHILD SEXUAL  ABUSE: STAGES OF THE PROCESS, RELATION DYNAMICS AND PREVENTION  DOI: https://doi.org/10.26758/14.1.19  DUMITRIU Claudia Gabriela (1), DUDU Alexandra (2), NĂNĂU Ioana Victoria (3)

« At a general characteristic level, grooming is the  process by which a sexual abuser emotionally manipulates a potential victim to commit sexual abuse  while using a range of tactics to prevent disclosure (Winters et al., 2022; Orrill & Cohen, 2016) »

TRADUCTION :

« D’un point de vue général, le grooming est le processus par lequel un agresseur sexuel manipule émotionnellement une victime potentielle pour commettre des abus sexuels tout en utilisant une gamme de tactiques pour empêcher la divulgation (Winters et al., 2022 ; Orrill & Cohen, 2016). »

2/ https://www.psychologytoday.com/us/blog/why-bad-looks-good/202501/spotting-a-child-predator-the-brightest-red-flags

« Grooming is a deceptive strategy designed to facilitate child sexual abuse and avoid detection. »

« Le grooming est une stratégie trompeuse visant à faciliter les abus sexuels sur mineurs et à échapper à la détection. »

3/ https://academic.oup.com/jhrp/article/16/1/355/7261645

« De manière générale, [le grooming] désigne la façon dont certains auteurs interagissent avec un enfant, et parfois avec d'autres personnes de son entourage, afin de commettre des abus sexuels tout en minimisant les risques de révélation. »

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ANNEXE 2

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Dans le making-of du film Les Diables, on peut voir les scènes suivantes :

● Vers 13m00s : pendant la scène devant la prison, Adèle a pour directive de
danser et tourne sur elle-même. Elle semble vaciller légèrement, peut-être prise de
vertige. Christophe Ruggia vient vers elle, ouvre les bras. Elle s’y laisse tomber,
s’accroche à lui. Il lui fait un baiser sur le sommet de la tête. Une assistante met un
vêtement sur les épaules nues d’Adèle Haenel.
● Vers 21m08s : Vincent Rottiers joue une scène impressionnante : il est assis côté
conducteur dans une voiture, lorsqu’un autre acteur vient briser la vitre juste à côté
de lui. Les éclats tombent à l’intérieur du véhicule. À peine la scène achevée,
Ruggia se précipite pour le réconforter : il entre côté passager, prend le jeune
acteur dans ses bras et lui fait un baiser sur la tête.
● Vers 49m10s : Adèle s’agrippe d’une main au cou de Christophe Ruggia. Sa
posture suggère qu’elle s’appuie sur lui pour réajuster une chaussure.

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ANNEXE 3

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En 1999, le journal L'Express fait un bilan de la montée de la crainte envers la pédophilie (article).

Il existe deux marqueurs importants du phénomène : l'explosion des accusations de pédophilie dans le cadre des divorces conflictuels, et des dénonciations à l'école.

Après les campagnes de sensibilisation aux problèmes de pédophilie, de nombreuses mères sont alertées par le moindre geste de tendresse du père envers ses enfants, dès lors qu'une procédure de divorce difficile s'est enclenchée. Les pères qui câlinent leurs enfants risquent alors d'être assimilés à des pédophiles et L'Express indique que « les cas d'allégations mensongères se multiplient un peu partout en France ».

Un avocat déclare : 

« Dès qu'un père commence à évoquer des signes avant-coureurs de la crise - refus du droit de visite, remarques suspicieuses de sa femme - je lui conseille immédiatement de ne plus toucher ses enfants : plus de bains, plus de soins intimes, plus de câlins le matin dans le lit, plus de caresses dans les cheveux. »

Le journal indique également que les suspicions de pédophilie ne touchent pas que les couples divorcés et donne l'exemple de l'école, où « une psychose se développe » : « Une cinquantaine de cas d'attouchements sont dénoncés chaque trimestre dans les établissements publics, où les instituteurs surveillent désormais chacun de leurs gestes. »

En 1999 également, l’ouvrage collectif Us et Abus, dirigé par le psychologue Hubert Van Gijseghem, revient sur l'explosion des accusations d'abus sexuels.

Notamment, la psychosociologue Michèle Vatz Laaroussi y analyse la montée de l'inquiétude généralisée autour de la pédophilie, qui s’observe aussi bien en Amérique du Nord qu’en Europe. Elle note qu’au Québec, dans les années 1990, la seule rumeur d’abus suffit à déclencher un soupçon massif, voire une quasi-certitude de culpabilité : « Le questionnement devient certitude avant même que la procédure de vérification n’ait démarré. »

Michèle Vatz Laaroussi explique cette sensibilité accrue par une évolution profonde de la manière dont l’Occident regarde l’enfance. Longtemps, l’enfant a été perçu comme un être à corriger, susceptible de fautes ou de dérives. Aujourd’hui, il est davantage vu comme innocent, presque idéalisé, porteur d’une vérité que les adultes devraient écouter et préserver. Ce changement modifie en retour la place des adultes : ceux-ci deviennent plus facilement suspects, et tout particulièrement les hommes, souvent associés à des figures de danger — agresseur, violeur ou conjoint violent.

Dans ce contexte, les programmes de prévention reposent fréquemment sur une opposition simple entre le « bon » et le « mauvais ». Le contact physique devient suspect en lui-même, et le fait d’être un homme adulte peut suffire à susciter la méfiance. La psychosociologue évoque ainsi des cas d’enseignants suspendus sans salaire sur la base de simples rumeurs, sans qu’aucune preuve d’abus n’ait été établie.

À partir de la fin des années 1990, les gestes affectueux des professeurs envers leurs élèves sont de plus en plus interprétés comme des signaux inquiétants. Les pratiques évoluent alors : les contacts chaleureux se raréfient, la distance s’installe, et la prudence autour du toucher s’accentue. Beaucoup d’enseignants évitent de se retrouver seuls avec un élève, laissent les portes ouvertes ou renoncent à des gestes pourtant anodins, devenus tabous. Certains développent même une méfiance à l’égard des enfants, voire une perception négative : ils se sentent moins en sécurité, perdent en spontanéité et adoptent des stratégies de protection. Tous, ou presque, restent désormais sur leurs gardes.

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