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Billet de blog 5 avr. 2022

Le retour au bloc occidental

Les pays du Sud aspirent au multilatéralisme. Ils ne feront ni alliance militaire ni bloc. Ils veulent simplement le premier des droits de l’homme : le droit de se développer. Et de ne pas subir le contrecoup de cette guerre. Ni le retour des blocs du passé.

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Le retour au bloc occidental

Après l’effondrement de l'URSS les Etats-Unis (EU) avaient goûté à l'hégémonie totale, sans partage. La fin de l'Histoire disait-on, la victoire définitive du capitalisme. Il s’agissait plutôt de la victoire de l’hégémonie des EU sur la planète.

L’impérialisme étatsunien pouvait intervenir en Yougoslavie et reconfigurer le pays sur des bases ethniques, en Irak prétendant instaurer la démocratie etc.

En 1995 naissait l’Organisation mondiale du commerce (OMC) prenant la suite du GATT afin de donner une impulsion supplémentaire au commerce international des biens et services et la propriété intellectuelle en réduisant ou supprimant les règles qui pouvaient entraver le commerce international multilatéral. L’OMC comprenait 164 états membres en 2016 et couvrait plus de 98% du commerce international.

Conformément à l’objectif de la « concurrence libre et non faussée » qui en principe favorise les plus forts et met en danger l’économie des pays plus faibles.

Sans rentrer dans les raisons des évolutions, le commerce international a néanmoins permis à des pays du Sud de se développer.

Le cas le plus connu est celui de la Chine dont le PIB en valeur nominal dépasserait celui des EU vers 2030.

Selon des études, à actualiser après la pandémie et la guerre en Ukraine, sur les « évolutions à venir en 2030 ou 2050. Toutes convergent sur ce fait : la montée des pays émergents est une tendance de fond.

Selon plusieurs projections de cabinets d’audits et d’institutions économico-financières, en 2050 six pays émergents seraient dans les dix premiers, la France reculant à la 12ème place. Déclin relatif puisque le PIB ne recule pas mais croît beaucoup moins vite que celui d’autres pays.

Fait notable, la Chine passerait devant les EU d’ici 2030. A 2050 sept pays émergents représenteraient 50% du PIB mondial contre 20% pour les pays du G7. »

Depuis les années 2000 on assiste à l'accélération de la montée des émergents, de leur nombre et de leur poids dans l'économie mondiale

Pour les émergents et pays en développement l'existence de pays qui ne soient pas sous la coupe des impérialistes occidentaux est fort utile.

En Afrique par exemple, pouvoir faire jouer la concurrence entre la Russie, la Chine, la Turquie... et ne pas être pieds et poings liés avec l'ancien colonisateur, la France, est un plus évident. D'où la très forte abstention ou non-participation des pays africains au vote à l'Onu (l'UE les menace de sanctions) sur la résolution condamnant l’agression russe.

La montée de tous ces pays en développement est l'élément fondamental de la période

Une évolution inacceptable pour les principaux pays occidentaux qui dominent la planète depuis quelques siècles.

Pour retrouver la domination occidentale sous la direction hégémonique des EU il faut casser cette évolution qui appelle le multilatéralisme contre l’hégémonisme : un pays n'a pas à faire la loi, les pays sont tous formellement égaux. Et pas de droit à l'ingérence (cf les principes de la Conférence Afro-Asiatique de Bandoung en 1955)

Trump a affirmé sans detour son slogan « make America great again ». Biden a repris le même : les EU doivent diriger le monde. Obama avait déjà entamé le pivot vers l’Asie où se situent les principaux concurrents mettant de ce fait en risque l’hégémonie des EU.

Les présidents successifs ont accru la politique de sanctions et boycotts contre plusieurs nations pour l’exemple. Ils ont renforcé et étendu, y compris à leurs alliés, l’application de l’extraterritorialité de dispositions économiques ou financières. Ils ont relevé les barrières douanières et interdit de commercer avec des entreprises, surtout chinoises, pour des pseudo considérations sécuritaires alors que les EU ont le système d’espionnage le plus poussé, des centaines de bases militaires et un budget militaire de plus de 800 Mds de dollars.

Quand les choses ne tournent pas à l’avantage des EU ceux-ci abandonnent le dogme de « la concurrence libre et non faussée ». Il est clair qu’il s’agit d’une guerre économique et que les autorités étatsuniennes se sont mis au service de cette guerre.

Puis la crise en Ukraine avec l’invasion russe. Ce qui a facilité la tâche aux EU pour reconstituer le bloc occidental sous sa coupe. La guerre froide n’est plus si froide.

L’importance et l’étendue des sanctions contre la Russie est telle qu’elle fait boomerang sur l’UE et davantage encore sur les pays du Sud. Comment ne pas qualifier cela de guerre économique ?

Le ministre de l’économie Bruno Le Maire l’a reconnu ouvertement, c’est une guerre économique a-t-il dit. Elle a pour but l’effondrement de l’économie russe. Ce qui lui a attiré un avertissement de la Russie : attention la guerre économique peut mener à la guerre tout court. Bruno Le Maire s’est vite rétracté.

Le bloc occidental fonctionne pour le plus grand profit politique, militaire et économique des EU.

L'économie mondiale est fracturée suivant ces lignes de clivage, les entreprises ne peuvent plus commercer entre elles du fait des boycotts du côté occidental. L'économie est mise au service de la politique. La mondialisation ancienne manière est terminée.

Il faut que la confrontation militaire dure pour que ça coûte le plus possible à la Russie. Impressionnant de découvrir à l’occasion de ce conflit l’importance et le poids des institutions contrôlées par ce bloc sous l’hégémonie étatsunienne. FMI, Banque mondiale, SWIFT, dollar monnaie absolument pas internationale, OTAN, médias internationaux, sites et réseaux sociaux etc. etc. ….

La Russie reculera-t-elle face à toutes ces pressions ? Cessera-t-elle les bombardements ?

Pendant ce temps, les pays du Sud aspirent toujours au multilatéralisme. Ils ne feront ni alliance militaire ni bloc. Ils veulent simplement le premier des droits de l’homme : le droit de se développer. Et de ne pas subir le contrecoup de cette guerre. Ni le retour des blocs du passé.

La domination occidentale s'exerce depuis des siècles. Elle a fait son temps.

Le 27 mars 2022

Robert Kissous, économiste & militant

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