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Billet de blog 9 octobre 2024

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La « Pax Americana » ou la guerre permanente

Les EU ont besoin d’Israël, à la fois allié et « sous-traitant », pour mener cette guerre au Moyen-Orient. En échange Israël y gagne une prétendue suprématie militaire régionale, des aides financières considérables, un soutien politique et diplomatique indéfectible et l’impunité systématique.

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La « Pax Americana » ou la guerre permanente

Un an de guerre génocidaire à Gaza, plus de 42.000 morts sans compter ceux sous les décombres, plus de 100.000 blessés, amputés. Et Gaza transformé en un amas de ruines.

Le Hamas est affaibli mais toujours présent et lance toujours ses rockets alors qu’Israël prétendait en finir en quelques mois.

Les bombardements massifs au Liban ont fait déjà plus de mille cinq cent morts et des destructions considérables mais le Hezbollah a toujours la capacité de lancer des projectiles et de combattre l’invasion israélienne au sud du Liban.

Netanyahu attend depuis longtemps l’occasion de s’attaquer à l’Iran quitte à provoquer la guerre en assassinant notamment Ismail Haniyeh à Téhéran puis Hassan Nsrallah au Liban.

La guerre s’étend progressivement dans le Moyen-Orient. Le prochain pas serait le bombardement annoncé de sites stratégiques en Iran. Sites nucléaires, pétroliers ou infrastructures ? Les EU et Israël en discutent. Une guerre d’ampleur régionale semble inévitable, c’est ce que recherche Netanyahu - vivement encouragé par ses alliés et au-delà - qui a toujours condamné l’accord sur le nucléaire iranien conclu par Obama avec l’Iran puis dénoncé par Trump.

Certes Netanyahu a un intérêt personnel à faire durer la guerre, espérant échapper aux tribunaux et commissions d’investigation sinon les retarder. Mais l’enjeu va bien au-delà : le maintien de l’hégémonie d’Israël et des Etats-Unis (EU) sur le Moyen-Orient.

Un recul de l’influence des Etats-Unis

Au Moyen-Orient, comme dans le reste du monde, les pays cherchent à se développer sur la base de leurs propres intérêts et non en fonction des intérêts hégémoniques des EU. Quelques exemples :

  • Lorsqu’en 2022 Biden demandait à l’Arabie Saoudite (AS) d’augmenter sa production pour faire baisser le prix du pétrole l’OPEP+ prit la décision inverse avec l’appui de l’Arabie Saoudite. Biden, furieux, menaça l’Arabie Saoudite de représailles, les EU indiquant que la relation bilatérale devait être revue pour assurer les intérêts des Etats-Unis.
  • Le renforcement des relations économiques entre l’AS et la Chine lors de la visite de Xi Jinping en décembre 2022 a été critiqué par le EU jugeant qu'elle n'était pas de nature à préserver "l'ordre international" c’est-à-dire la volonté hégémonique des EU
  • Les tensions entre l’Iran et les pays du Golfe ont été aplanies grâce à la médiation chinoise malgré le boycott drastique des EU contre l’Iran.
  • L’adhésion au BRICS en janvier 2024 de plusieurs pays du Moyen-Orient, dont l’AS et les Emirats Arabes Unis (EAU), illustre la volonté de profiter de nouvelles marges de manœuvres

En septembre 2024 Trump déclarait : « Le dollar est actuellement en état de siège. De nombreux pays quittent le dollar… Vous quittez le dollar, vous ne faites pas d'affaires avec les États-Unis, parce que nous allons imposer des droits de douane de 100% sur vos marchandises ».

Déclaration de campagne électorale certes mais l’inquiétude est tout de même là.

Les BRICS+, qui représentent 40% de la production mondiale de pétrole, envisagent d’augmenter la part de leurs échanges en monnaies nationales. Aucun bouleversement n’est prévisible à court ou moyen terme en ce qui concerne le poids du dollar dans les transactions internationales mais le long processus de dédollarisation est amorcé. Les sanctions contre la Russie et l’Iran ne peuvent qu’accentuer le mouvement.

Reconfigurer le Moyen-Orient ?

Le rôle conféré à Israël par les EU a été expliqué crûment par Alexander Haig secrétaire d’Etat sous la présidence de Ronald Reagan au début des années 80 :

"Israël est le plus grand porte-avions de l'Amérique, il est insubmersible, il ne transporte aucun soldat américain et il est situé dans une région cruciale pour la sécurité nationale des États-Unis".

Région cruciale en effet puisqu’elle représente près de 50% des réserves pétrolières et près de 40% des réserves gazières dans le monde. Le contrôle de ces ressources  ou tout au moins la possibilité d’influer sur la politique des Etats du Golfe en la matière est une question stratégique.

La situation nouvelle après le 7 octobre a mis en avant la question palestinienne. Elle a aussi mis un coup d’arrêt aux « accords d’Abraham », traités de paix censés normaliser la situation des pays arabes avec Israël. L’Arabie Saoudite refusait d’y adhérer sans la création de l’Etat de Palestine.

Mais pour Netanyahu et Biden c’est une toute autre perspective : une occasion à exploiter pour reconfigurer le Moyen-Orient. L’intervention au Liban vise à couper le lien entre ce pays et l’Iran ce qui suppose de vaincre le Hezbollah. Une première étape avant l’affrontement avec l’Iran.

Les EU ont besoin d’Israël, à la fois allié et « sous-traitant », pour mener cette guerre au Moyen-Orient. En échange Israël y gagne une prétendue suprématie militaire régionale, des aides financières considérables, un soutien politique et diplomatique indéfectible et l’impunité systématique. On ne voit pas ce qui pourrait défaire cette alliance stratégique hormis l’affaiblissement des EU dont le budget militaire et la dette public atteignent des sommets.

C’est Israël qui fait le « travail » il aura donc son mot à dire dans ce projet. Par exemple coloniser toujours plus la Cisjordanie et maintenir sa présence à Gaza ?

Face à ces ambitions les massacres au Liban et le génocide à Gaza ne pèsent pas lourd du point de vue occidental. C’est le « droit d’Israël à se défendre ». L'assassinat de Hassan Nasrallah est qualifié de « mesure de justice » par Biden et Kamala Harris.

La boîte de Pandore

Les sanctions n’ont pas suffi pour mettre l’Iran à genoux ni empêché le développement de liens importants avec la Russie et la Chine. Ni les EU ni Israël ne prennent en compte les conséquences d’une telle guerre sur la région ou sur l’économie mondiale. Il est vrai que c’est particulièrement l’Europe et la Chine qui en supporteront davantage les conséquences alors que les EU sont autosuffisants en pétrole et gaz. Quelles seront leurs réactions ou celles de l’Iran et des pays du Golfe ?

Eradiquer le Hamas et le Hezbollah est un objectif illusoire. Cela supposerait d’occuper militairement le Liban et Gaza en permanence en affrontant une guérilla. Combien d’années de guerre encore ? A quel prix ?

Le peuple Palestinien est toujours là et ne disparaîtra pas. S’imaginer aboutir à la paix et la sécurité en massacrant et opprimant est une mystification. Seule la justice peut apporter la paix. Accepter un cessez-le-feu immédiat et permanent aurait permis un accord de fin de guerre pour aller vers une solution politique définitive conforme au droit international.

C’est ce que réclament la très grande majorité des pays du monde. C’est ce que réclame l’opinion publique internationale. La paix contre la « Pax Americana ». La force du droit contre le droit de la force.

Le 8 octobre 2024

Robert Kissous, militant associatif, économiste

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