Le monde selon Trump : la souveraineté sous condition
La politique étrangère de Donald Trump s’inscrit dans une logique brutale de rapports de force, où la souveraineté des États n’est reconnue que tant qu’elle sert les intérêts états-uniens. Le Venezuela en offre aujourd’hui une illustration emblématique.
Après l’agression contre Caracas, Washington multiplie les exigences visant à placer le pays sous tutelle. Les États-Unis exigent de la dirigeante par intérim, Delcy Rodríguez, un alignement exclusif dans le secteur pétrolier, assorti d’une rupture — ou d’une réduction drastique — des relations avec la Chine, la Russie, l’Iran et Cuba. Plus encore, les revenus issus des exportations de pétrole vers les États-Unis devraient être consacrés exclusivement à l’achat de produits états-uniens. Au-delà du Venezuela c’est la Chine qui est également visée. Derrière ces injonctions, un objectif clair : contrôler durablement le Venezuela et lui dénier son droit souverain au développement. Dans une déclaration commune, l’Espagne, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Mexique et l’Uruguay ont condamné l’agression contre le Venezuela.
L’hémisphère occidental comme zone d’influence exclusive
Cette stratégie ne se limite pas au seul Venezuela. Elle s’inscrit dans une vision plus large : celle d’un hémisphère occidental considéré comme une chasse gardée. En Amérique latine, les pressions s’accumulent contre Cuba, la Colombie et le Mexique, ce dernier étant sommé d’intervenir militairement contre les cartels de la drogue — une justification qui permettrait aux États-Unis d’intervenir pour s’installer durablement sur son territoire. Un interventionnisme contesté y compris par certains milieux d’affaires.
Dès lors, une question s’impose : la souveraineté du Canada serait-elle respectée si Ottawa renforçait significativement ses liens économiques avec Pékin ?
Le rapport de National Security Strategy (NSS) de décembre 2025 ne laisse aucune ambiguïté : l’ensemble des Amériques, du Nord au Sud, en passant par les Caraïbes, relève d’un espace stratégique que Washington entend contrôler. Le Département d’État l’affirme sans détour : « Ceci est NOTRE hémisphère ». Une Doctrine Monroe actualisée, où toute présence ou influence de puissances rivales, sous quelque forme que ce soit, est jugée inacceptable.
La Chine est explicitement visée. Premier partenaire commercial de nombreux pays sud-américains, elle remet en cause la domination économique états-unienne.
« America First », une doctrine globale
L’unilatéralisme états-unien dépasse largement le cadre continental. L’Iran reste sous la menace permanente d’une intervention, avec le soutien actif d’Israël qui poursuit le génocide à Gaza avec l’appui des Etats-Unis.
Les déclarations de Donald Trump sur le Groenland — évoquant une possible annexion, y compris par la force — ont provoqué l’indignation en Europe.
Mais cette indignation reste largement verbale. L’absence de réaction concrète alimente le mépris affiché de Trump à l’égard du Vieux Continent, décrit comme affaibli économiquement, en déclin civilisationnel et privé d’identité du fait de sa politique migratoire. Une Europe perçue comme incapable de défendre ses intérêts stratégiques, et donc reléguée au rang de partenaire subalterne. Et ce ne sont pas les positions totalement contradictoires prises par Emmanuel Macron, soutient scandaleux à l’agression puis condamnation de l’impérialisme, qui feront davantage respecter l’Europe.
L’échec de la stratégie d’endiguement de la Chine
Depuis le « pivot vers l’Asie » annoncé par Barack Obama en 2011, les États-Unis cherchent à contenir l’ascension chinoise. Cette stratégie, poursuivie par ses successeurs, a échoué. La Chine n’a ni été isolée, ni empêchée dans son développement.
La guerre commerciale lancée par Trump, fondée sur des droits de douane massifs, n’a pas davantage produit les effets escomptés. Washington a dû suspendre une partie de ses mesures jusqu’en 2027 pour garantir l’accès aux terres rares raffinées par la Chine, indispensables à l’industrie états-unienne. Pendant ce temps, Pékin réduit sa dépendance au marché états-unient renforce ses partenariats asiatiques.
America First contre le multilatéralisme
Washington a choisi de se retirer de 66 organisations internationales, parmi lesquelles figurent 31 entités des Nations unies et 35 organisations non affiliées à l’ONU. Cette décision s’inscrit dans une logique de rejet de la défense d’intérêts communs jugés contraires aux intérêts nationaux des États-Unis. Dans cette perspective, la lutte contre le réchauffement climatique est qualifiée par Donald Trump de vaste « arnaque » visant à freiner la puissance états-unienne. La priorité est ainsi donnée à une politique de puissance fondée sur le recours à la force et la loi du plus fort, une orientation particulièrement préjudiciable aux pays en développement.
La fuite en avant militariste
Face à ces limites, les États-Unis semblent privilégier une autre voie : la démonstration de force. Le budget militaire états-unien, initialement prévu à un trillion de dollars, atteindrait 1,5 trillion de dollars en 2027, soit une hausse de 50 %.
Ce choix révèle une conviction profonde : lorsque l’hégémonie économique et politique vacille, la puissance militaire devient l’ultime garantie de la suprématie. La force fait la loi. Une logique lourde de conséquences pour l’ordre international, le droit international et la stabilité mondiale. Les Etats-Unis sont la menace numéro un pour la paix mondiale.
Robert Kissous économiste, militant associatif