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Billet de blog 28 février 2023

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Vidéosurveillance : à Foix, le sécuritarisme s’installe à petits pas

Foix, l’une des plus petites préfectures de France était jusqu’à présent presque exempte de vidéosurveillance, mais la municipalité souhaite désormais installer des caméras de vidéosurveillance.

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Foix, l’une des plus petites préfectures de France était jusqu’à présent presque exempte de vidéosurveillance, ne comptant « que » des caméras privées ou sur certains bâtiments publics, comme la préfecture, la maison d’arrêt ou le tribunal.

Dans cette petite ville, de moins de 10000 âmes, la vie suivait son cours quand une idée lumineuse germa dans la tête de quelques élu.es… si la municipalité décidait d’installer des caméras de vidéosurveillance ?

C’est ainsi que pendant la campagne des municipales de 2020, les plus observateurs purent lire dans les propositions de campagne de la liste PS-EELV trois lignes portant sur un vague projet de vidéosurveillance. Les candidats, que l’on peut supposer pas particulièrement fier.es de cette proposition n’en firent pas grand bruit lors de la campagne. Le 15 mars 2020, la liste PS-EELV est reconduite majoritairement à la mairie et le sujet de la vidéosurveillance passe quelques temps sous silence.

Saut dans le temps, nous voici en janvier 2021 : jusque là aucune mention ou débat en conseil municipal, aucune mention à destination des habitant.es dans le bulletin municipal, c’est alors que l’un des journaux locaux informe qu’une étude est lancée pour installer des caméras de vidéosurveillance dans la ville.

  • Pourquoi installer des caméras de vidéosurveillance : un projet sans fondement idéologique ?

Un collectif se forme pour lutter contre ce projet. Deux arguments majeurs sont défendus par le collectif : la vidéosurveillance est liberticide, et c’est un gaspillage d’argent public. Les membres du collectif interpellent les élus, via des « questions citoyennes » lors des conseils municipaux, ou lors d’évènements publics: pourquoi donc installer des caméras alors que de nombreuses études montrent son inefficacité (1,2), que la surveillance porte en elle les germes d’une dérive sécuritaire et liberticide, que les caméras coûtent cher et que Foix est une ville calme avec très peu de délinquance ?

A ces questions, le maire ou ses adjoints n’ont jamais répondu. Mais quel est donc leur argument ? La politique pourrait-elle se débarrasser des idées ? Il semblerait qu’à Foix, oui, puisque la seule réponse que nous ayons reçue officiellement à ce jour est que le projet d’installation de vidéosurveillance était inscrit dans le programme de la liste majoritaire. Tautologie fuxéenne : nous installons la vidéosurveillance car nous avons décidé d’installer de la vidéosurveillance.

Heureusement, nous avons trouvé quelques éléments de réponse grâce au comité de pilotage du projet : les caméras serviront à filmer les poubelles qui débordent et à dissuader la population de taguer les murs de la ville ; nous sommes en effet bien loin de la ville du crime.

  • La démocratie : votez pour moi puis taisez-vous pendant 6 ans !

Le collectif lance une pétition papier dès le printemps 2021, que les membres font signer exclusivement localement : sur les marchés, dans les commerces et lors d’évènements d’information sur la surveillance. Le nombre de signatures dépasse rapidement la barre des 2000 – plus que le nombre de voix ayant permis l’élection de la liste majoritaire au conseil municipal. À l’automne 2022, le collectif prend rendez-vous avec le maire pour lui remettre la pétition, mais le maire ne se présente pas au rendez-vous.

Hiver 2023, le collectif organise un débat sur la surveillance et y invite tous.tes les élu.es : aucun représentant de la majorité ne participe.

9 février 2023 : le vote du projet d’installation de caméras est mis à l’ordre du jour du conseil municipal. N’ayant pas réussi en deux ans malgré de nombreuses sollicitations à faire émerger un débat public, le collectif s’invite au conseil municipal et demande la tenue d’un débat public avant toute forme de vote. La réponse ne se fait pas attendre : la séance est levée.

Un élu un peu plus enclin à la discussion que les autres ce jour là admet que le projet n’est pas consensuel au sein de la majorité et qu’il y a une « pression amicale » de la part de la préfecture depuis quelques années pour que la ville installe des caméras.

21 février 2023 : nouveau conseil municipal. Alors qu’il n’y a pas mention de huis clos à l’ordre du jour du conseil, des policiers barrent l’entrée de la mairie et empêchent les citoyen.nes d’assister au conseil municipal. Le projet est adopté par une majorité d’élu.es. Sur tous.tes les élu.es présent.es ce jour, 2 votes contre et 2 abstentions de la part des groupes minoritaires ; 3 abstentions au sein du groupe majoritaire…

Si certains pensent qu’il n’est plus la peine de débattre quand un projet est mentionné sur un bulletin de campagne et que la liste portant le projet est élue majoritairement, d’autres se demandent pourquoi, fait historique à Foix, la majorité n’a pas été unanime dans ce vote… Un débat public eut certainement permis d’éclaircir la pluralité des positions au sein de la majorité.

La majorité répondrait-elle plus facilement aux pressions amicales officieuses qu’aux sollicitations publiques du peuple ? Les mêmes partis qui s’émeuvent du taux d’abstention lors des élections ne sont semble-t-il pas prêts à laisser les habitant.es s’impliquer réellement dans la vie politique locale… Mais en fait, ça sert à quoi un élu ?

1 https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/12/22/une-etude-commandee-par-les-gendarmes-montre-la-relative-inefficacite-de-la-videosurveillance_6106952_3224.html

2 https://www.ccomptes.fr/system/files/2020-11/20201020-rapport-polices-municipales_0.pdf

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