COVID / CAPGEMINI : aux actionnaires de faire des efforts.

Le groupe Capgemini va faire appel au chômage partiel. Il est vrai que cette petite PME au chiffre d'affaires, par milliards, aux bénéfices, rachat d'actions et dividendes par centaines de millions est en grande difficulté financière pour solliciter ainsi l'aide publique. Nous jugeons cela tout simplement indécent. La CGT Capgemini.

Nous sommes atterrés par l’annonce de mettre en place dans le groupe Capgemini l’activité partielle, enfin dans d’autres termes plutôt le chômage partiel.

Ce dispositif devrait, de notre point de vue, être réservé aux entreprises en situation de fragilité et en particulier aux PME/TPE, en proie à de réelles difficultés financières en raison du confinement.

Est-ce le cas chez Capgemini ? Nous ne le pensons pas !

L’activité partielle dans notre branche d’activité ne peut concerner que les salarié.e.s dont les projets sont mis en attente par les donneurs d’ordres du fait de la crise sanitaire liée au Covid-19. Au total, on peut estimer que cela pourrait concerner environ 10 % de l’effectif en France chez Capgemini.

Les Comités Sociaux et Économiques ainsi que le Comité Social Économique Central sont réunis dès ce 14 avril 2020. D’autre part, un conseil d’administration devrait étudier l’effort que les actionnaires daigneront faire par rapport à leur part de dividendes, sur recommandation du ministre de l’Économie et des Finances.

N’oublions pas que les entreprises de l’UES ont largement bénéficié d’aides publiques au titre du CICE et du CIR dont le montant s’élevait en 2018 aux alentours de 57 Millions d’euros.

A partir des données chiffrées [1], nous estimons que la part des dividendes versé aux actionnaires ainsi que les montants attribués au rachat d’actions pour la France permettraient de payer l’indemnité normalement versée par l’état pendant au moins une année sur la base du salaire moyen mensuel (4 047€ brut).

Un tel dispositif n’a pas lieu d’être, et cette période, ne serait-elle pas plus propice au financement de formations qualifiantes et/ou certifiantes pour tou.te.s les salarié.e.s concerné.e.s ?

Les salarié.e.s ne doivent en aucun cas faire les frais des stratégies gouvernementales au service des entreprises du CAC40 et des conséquences des politiques libérales de casse des services publics, notamment hospitaliers.

En cette période de crise et d’anxiété, le groupe Capgemini va t’il profiter de la situation alors que les salarié.e.s ont déjà été mis à contribution ? Ce n’est pas à nous de payer la crise !

Le vendredi 27 mars 2020, M. Le Maire, ministre de l’économie, a appelé les entreprises ayant recours au chômage parti el à «faire preuve de la plus grande modération dans le versement des dividendes». D’après le ministre interrogé le mardi 13 avril, le chômage parti el devrait coûter plus de 24 milliards d’euros à l’Etat pour 2020.
D’ailleurs AIRBUS, un des clients de Capgemini renonce à verser des dividendes à ses actionnaires pour un total d’1,5 milliard d’euros.
Le 15 avril, Mme Pénicaud, ministre du Travail, interrogée par le Financial Times, dit avoir téléphoné à quelques grandes entreprises françaises du CAC 40 pour leur demander de ne pas recourir au dispositif de chômage partiel, elle a visiblement oublié d’appeler Paul Hermelin...
C’est une question de ce fameux bon sens : pas d’argent public pour les entreprises qui dégagent des bénéfices.
Pourtant Capgemini répond à son obsession de l’économie et du profit, en permettant de continuer à gaver ses actionnaires tout en réduisant
les salaires, mais là c’est avec l’argent public, décidément l’opportunisme n’a pas de règle. Quelle vision pour les prochains mois ? Quel plan d’action pour traverser la crise annoncée ?
Et malgré tout cela, concernant la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), Capgemini voudrait se noter 20/20 !
Encore bravo à la direction Capgemini pour son sens éthique et sa solidarité exemplaire en temps de crise… La CGT Capgemini dénonce ce vol caractérisé de l’argent public, l’absence de sens civique, de responsabilité et le manque de solidarité de l’entreprise Capgemini dans cette période de pandémie.


Lettre ouverte :

Messieurs les dirigeants du groupe Capgemini,
Mesdames et Messieurs les actionnaires du groupe Capgemini,
Sacrifice sur les congés, sur les RTT, sur le temps de travail, le temps de repos, des conditions de travail dégradées, l’accroissement conséquent de la charge de travail pour certain.e.s, voilà ce que l’on demande aux salarié.e.s à coup d’ordonnances sabrant le code du travail et nos droits au nom de la solidarité.

Pendant ce temps il n’est pas question de remettre en cause le sacro-saint versement des dividendes, le gouvernement se contente d’une timide déclaration incitant à une certaine retenue sur la rémunération des actionnaires.
C’est inacceptable !
Le 13 février alors que la pandémie s’étendait à travers le monde, Capgemini a annoncé son intention d’augmenter le versement de dividendes de 12% et d’allouer 464 millions d’euros aux rachats d’actions.
Aujourd’hui, aucune déclaration, aucun acte n’est venu contredire cette communication. Comment peut-on exiger des salarié.e.s qu’ils sacrifient leurs congés et leurs RTT sans que le moindre effort ne soit demandé aux actionnaires et dirigeants ? Au-delà de l’injustice que cela représente, cela frise l’indécence car dans cette crise sanitaire, personne n’est épargné, ni à l’abri...

Cette solidarité, pourtant au coeur des valeurs affichées de Capgemini, et qui est mise en avant pour justifier les efforts imposés, ce serait la moindre des choses que de l’appliquer au niveau de la politique de rémunération des actionnaires du groupe. Il y a moins d’un an de cela, Capgemini a su débloquer 1 million d’euros en à peine 48h pour la reconstruction de la cathédrale Notre Dame de Paris. A combien évalue-t-elle les vies de milliers de personnes en France ? La charité plutôt que la solidarité?
Cette politique qui consiste à socialiser les pertes et privatiser les profits ne peut plus continuer. On le constate amèrement aujourd’hui lorsqu’elle conduit à dégrader les services publics, les privant des moyens nécessaires à la réalisation de leurs missions. Ce manque, nous le constatons de façon d’autant plus criante en ces temps d’épidémie dans des hôpitaux en pénurie de matériels, de personnels qui luttent avec les
moyens du bord pour sauver nos vies. Et Capgemini, soutien inconditionnel de l’actuel gouvernement, a sa part de responsabilité en bénéficiant d’allègements de coti sations sociales, en utilisant des financements publics, en pratiquant l’optimisation fiscale. Autant d’argent dont bénéficient les actionnaires au détriment de nos services publics et de notre protection sociale.
Messieurs, Mesdames, vous faites appel à notre solidarité, à notre civisme, à notre coeur ...mais cela fait longtemps que nous les mettons en pratique contrairement à vous !
Nous sommes bien d’accord, seules ces valeurs nous aideront à répondre et à sorti r de cette catastrophe.


C’est pourquoi, les salarié.e.s du groupe ne comprendraient pas que vous mainteniez votre politique actionnariale alors que des centaines de personnes meurent tous les jours. Aussi, pour soutenir le personnel soignant, pour soutenir les salarié.e.s à qui l’on demande des efforts, nous vous demandons de renoncer au versement des dividendes pour l’année 2020 car il serait encore plus inadmissible dans la situati on actuelle,
que vous touchiez vos dividendes et que vous procédiez au rachat d’actions prévu cette année.
Comptant sur votre fameux sens des responsabilités....

La CGT Capgemini

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[1]Calculé sur la base du rapport chiffre d'affaire en France/chiffre d'affaire Monde rapporté à la totalité des dividendes versés et opérations de rachat d'actions par le groupe

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