la Front de gauche est mort, vive le front de gauche

« Le Front De Gauche  est mort »,  « vive le Front De Gauche ».

 

 

« Le FDG est mort »,  est-on tenté de dire face à la rapide déliquescence de ce qui nous restait encore de gauche, « vive le FDG », aimerait-on pouvoir ajouter aussitôt pour saluer la transmission du précieux héritage qui part en fumée.

 

« Le FDG est mort »,  non pas le sigle que l’on semblerait plutôt se disputer et sur lequel le PS n’a pas fortement investi pour rien, non pas le cartel constitutif qui reste à l’affiche comme un coureur épuisé dans les roues du peloton, et qui, s’il venait à éclater, donnerait peut-être le signe d’une possible renaissance à l’écart du grand frère fratricide, pas davantage la parole, du moins au sens purement verbal du terme, elle passe encore dans les medias même si le public ne sait plus quel porte-parole il doit croire, -ils sont pléthore et contradictoires-.

C’est l’âme du FDGH qui est morte, ce germe d’espérance que la campagne présidentielle avait révélé. Il n’était pas le FDG, cet espoir, il en déborde largement, mais le FDG l’incarnait.  Il n’était le fait ni de ses composantes, -aucune d’elles, pas plus que leur addition, ne saurait justifier le résultat obtenu-, ni de son programme aussi sérieux et réaliste fut-il, ni du talent d’un porte-parole exceptionnel sans lequel rien n’aurait marché mais qui ne peut rien par lui-même. L’espoir, c’était l’idée d’une brèche possible dans les murs hostiles qui étouffent les peuples, déshumanisent la société et auxquels tous consentent comme à un mal naturel imparable. L’espoir, c’était surtout le début de la démonstration qu’il suffisait pour ouvrir la brèche que tous ceux qui y croyaient s’affichent comme capables d’unir leurs diversités autour d’un programme clair qu’ils déclaraient servir en priorité jusqu’à sacrifier leurs intérêts particuliers.

 

Il avait surgi, l’espoir, au soir du premier tour des présidentielles comme dans un champ emblavé après les premières ondées. Ce n’était qu’un début, restait à convaincre, et d’abord la grande masse des désespérés qui n’y croient plus et se détournent des urnes. Une seule arme pour cela, l’image et l’exemple.  

Ceux qui avaient peur, c’est de bonne guerre, ont tout fait pour brouiller l’image. Ils en ont les moyens et n’ont pas lésiné ! Mais les brouillages sont venus aussi de l’intérieur, et ceux-là étaient mortels car ils frappaient au cœur de l’image. Le second tour des présidentielles, puis, surtout la campagne pour les législatives ont passé le rouleau compresseur sur le champ qui germait. C’était dès le berceau une mort annoncée. Le PC a tout fait pour empêcher que le rassemblement aille au-delà des partis composants, on lui laissait dire qu’il en était le fondateur et non le co-fondateur, et, dans les rassemblements comme sur les affiches, il s’affichait comme l’unique et généreux artisan d’une réussite de sa force militante.

 

Même si demain les militants de base se mettaient à réagir dans les urnes, les quelques voix qu’ils pourraient apporter n’empêcheraient point la salissure de l’image sans laquelle le FDG n’est rien d’autre qu’une manœuvre politicienne. On semble aller au désastre électoral aux municipales et par la suite car c’est l’espoir qu’on a blessé. Et même si, par inattendu, dans la situation actuelle le FDG engrangeait des sièges, -au profit bien sûr de celui qui selon les circonstances, tel un voilier avec les vents, s’allie tantôt au PS, tantôt aux autres- il n’en tirerait, pour avoir sacrifié ce qui faisait sa force, qu’un profit bien éphémère.

Peut-être peut-on sauver encore l’héritage, à la manière de Syriza qui regroupe les forces radicales dont le PC n’a pas voulu faire partie. Les autres composantes du FDG en auront-elles le courage ? Consulteront-elles leurs bases respectives qui n’ont pas toujours pu se faire entendre ? Va-t-on longtemps encore assister à la palinodie de meetings électoraux, à Bordeaux par exemple, où Pierre Laurent va prendre la parole pour dénoncer la politique de ses alliés et mécènes et laisser la presse présenter Mr Chassaigne comme le patron des députés du FDG. 

Qu’importent les résultats immédiats, c’est d’avenir qu’il s’agit, qu’importe le sigle, c’est d’une image incarnée qu’il s’agit et elle s’inscrit en creux dans une masse de citoyens qui souffrent.

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