Immigration ou émigration ?
Au moment où Marine Le Pen affirme son choix de mettre un terme au maintien de la double nationalité qui, précisons-le, n’est pas inscrite dans le droit français, on doit s’arrêter un instant sur l’histoire de l’immigration dans notre pays. De toute évidence, une telle mesure viserait à renvoyer chez eux un certain nombre d'immigrés qui seraient contraints à faire un choix entre les deux nationalités et qui auraient renoncé, à la suite de ce choix, à la nationalité française ; il me paraît toutefois utile de faire d’abord le point sur la fameuse formule qui a tant de succès : « la France terre d'immigration ».
La question ne concerne pas évidemment les Maghrébins nés en France (ne nous cachons pas derrière notre petit doigt car c'est bien de l'immigration maghrébine qu'il s'agit et d’elle seule) mais de ceux qui sont venus en France en étant nés au Maghreb. Pour la plupart des hommes (j'en connais suffisamment pour connaître les vraies raisons de leur choix de la France ), ils voulaient surtout échapper au service militaire en Algérie en particulier.
Je ne suivrai pas Madame Le Pen sur la mesure générale de mise en demeure de choisir entre les deux nationalités qui pose nombre de problèmes. Il en est tout autrement sur la question de la double peine sur laquelle j’ai depuis longtemps et bien avant elle donné mon sentiment.
Cette « double peine », qui conduit à l’expulsion du territoire national d’un étranger condamné pour un crime commis en France, a été supprimée chez nous sous N. Sarkozy, en fait par mise en conformité avec une disposition absurde du Parlement européen qui avait adopté le 12 avril 1989 cette mesure, suite à une lecture discutable de l’adage latin « non bis in idem » interprété comme : « Nul ne peut être poursuivi ou condamné pour des faits pour lesquels il a déjà été jugé. ».
Je ne veux pas entamer ici la discussion en termes juridiques (indignus sum !), mais j’observe qu’au Danemark, qui ne passe pas pour une dictature, tout étranger condamné à une peine d’emprisonnement est expulsé à sa sortie de prison (vote du Parlement danoise 24 juin 2011).
Renvoyer dans leur douar d'origine des malfaiteurs condamnés à des peines de prison pour des faits graves, me paraît relever du plus simple bon sens ; je crois en outre que cette mesure suffirait, sinon à régler du moins à réduire le problème de la surpopulation carcérale. Il est amusant de noter que nous sommes sous les feux croisés de l’Europe puisqu’elle nous interdit d’expulser les condamnés tout en nous reprochant sans cesse la surpopulation de nos prisons. J’espère un mot de remerciement de Martine pour cet habile argument anti-européen auquel elle n’a pas songé.
Sue le plan général, on peut admettre que lorsqu'on sollicite l'hospitalité d'une nation et qu’on en bénéficie, le premier et le plus impérieux devoir est d'en respecter les règles et les lois. On peut à cet égard comparer des immigrations récentes à celle des Arméniens qui, après le génocide turc, sont arrivés en grand nombre en France et qui s’y sont très vite et parfaitement intégrés, dans un respect total des lois et coutumes de leur pays d'immigration. La région marseillaise qui m’est familière est d'ailleurs un parfait exemple pour se livrer à cette comparaison.
Mais revenons au problème général de la fameuse formule de la France « terre d'immigration ». Si l'on se place au point de vue historique dans lequel elle semble s'insérer, il est évident que cette formule est totalement fausse.
Si l'on prend l'histoire à partir du XVIe siècle, la France bien loin d'apparaître comme une terre d'immigration : elle est, tout au contraire, une terre d'émigration. La France est alors le pays le plus peuplé d'Europe. Bien loin d'être une terre d'immigration, elle est au contraire surpeuplée et sans cesse menacée par les disettes, voire les famines ! Divers signes le prouvent dont le plus évident est évidemment l'immigration coloniale de cette époque dont l'exemple le plus flagrant est la création de la Nouvelle-France qui sera la terre de colonisation majeure. Dans un registre moins noble, on peut signaler qu'en Espagne on appelle les Français « les rats », car ils envahissent ce pays à la recherche non d'une conquête territoriale, mais de la simple survie.
C'est à partir du XIXe siècle que les choses vont changer. Les guerres napoléoniennes d’abord, les débuts et le développement de l'industrialisation ensuite vont commencer à faire de la France, peu à peu, une terre d'immigration, à l'inverse des mouvements démographiques qu'on observait auparavant. Je ne veux pas insister sur cet aspect qui est tout à fait évident et qu’ illustre nombre de travaux démo-historiques.
Toutefois le vrai problème tient moins à l’inversion, évidente, de ces courants migratoires qu'à la nature et à l'identité des migrants en cause. Si l'immigration de populations généralement européennes, de l’Est et du Sud, durant le XXe siècle ne posera guère de problème (qu'il s'agisse d'Italiens, d’Espagnol, de Polonais ou d’Arméniens pour ne citer que les principales populations concernées), cette facilité d'intégration (même si elle s’accompagne au plan lexical de l’émergence de termes comme « macaronis », « rital », « polak », « arménouk », etc.) se fera sans heurts et rapidement. Cela tient tiendra essentiellement à ce que culturellement tous sont Européens et en outre presque tous catholiques.
Or c'est, de toute évidence, la religion qui, dans l'immigration actuelle, pose le principal problème et entraine tous les autres, en raison moins du christianisme qui n'a cessé, dans les dernières décennies, de faire des démarches de conciliation envers l'Islam que du fait de l'Islam lui-même arc-bouté sur ses traditions comme le montrent les problèmes de la langue arabe elle-même pour ne pas chercher plus loin.
L’Islam, à l'exception du soufisme qui est fortement hélas minoritaire, est, par son histoire et son caractère mêmes, une religion médiévale qui tend très facilement à entretenir un rêve expansionniste que l'infinité des ressources gazières et pétrolières, tombées aux mains de roitelets d’un autre âge, rend hélas aussi puissant que menaçant. Le problème majeur de l'immigration musulmane finalement n’est pas religieux mais pétrolier !