Des limites d'âge

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Nous aimons décidément en France les sujets rebattus et, par là même, inépuisables. Je vous sens inquiet(e)s ! Rassurez-vous ! Je ne vais pas revenir sur la question de la « déchéabilité » appliquée à la nationalité française des binationaux, mais plutôt sur les limites d'âge, tant pour les hommes politiques que pour les vedettes de nos médias. Monsieur Bernard Debré (71 ans) qui appartient à ces deux catégories, a encore récemment pris très vigoureusement position contre une si scandaleuse discrimination.

 

Avec l'excuse de prendre même temps mon petit déjeuner, j'écoutais ce matin Monsieur Karoutchi (un bambin de 64 ans peut-être soucieux qu’on lui fasse enfin de la place) qui évoquait cette vieille question de la limite d'âge pour les candidats à des élections politiques. Il parlait du projet déjà fort ancien, mais qui n’a jamais abouti (et pour cause !) d'établir cette limite à 75 ans, ce qui est déjà pousser un peu loin le bouchon. Cette disposition n'a d'ailleurs jamais été sérieusement examinée et c’est d’ailleurs la quasi-jeunesse aux yeux de certains de nos hommes politiques ! J’y pensais hier encore en écoutant Jean-Claude Gaudin (76 ans), qui faisait laborieusement (ce qui est bien normal à son âge) l’éloge de sa ville après avoir parlé dans l’après midi avec un ami de la Réunion, de l’inusable Paul Vergès (90 ou 91 ans selon les sources !).

 

Sur Europe 1, je suis tombé si je puis dire, de Charybde en Scylla (la métaphore antique est particulièrement convenable puisqu'il s'agit là de P. Veyne, l’historien de l’antiquité ( …mais pas la sienne … quoiqu’il ait 95 ans!) qui était interviewé sur cette chaîne par Anne Sinclair. Tout cela, vu la saison était des « resucées », en boîtes depuis longtemps ; ni Madame Sinclair ni Monsieur Paul Veyne ne s'étaient évidemment dérangés pour venir causer dans le poste un samedi, en outre le lendemain du Nouvel An.

 

On peut légitimement s'interroger sur les vrais motifs et les causes réelles de ces situations et les raisons qui poussent les intervenants à venir vendre ainsi leur salade, car c’est bien de cela qu’il s’agit en fait et non d’information réelle comme on nous le donne à croire. En fait, dans tous les cas, on finit par en revenir à la causalité majeure de notre époque : le fric, ici, via la publicité. Quelques remarques de détail (mon facétieux Dragon, qui à souvent des méprises heureuses, me suggérait ici, quoique avec une faute d’orthographe, « létales » !).

 

Les deux prétendues interviews, réalisées en fait par Anne Sinclair je ne sais quand et ressorties du placard pour la circonstance, car toutes nos chaînes de télévision et de radio sont en vacances comme les écoliers) étaient encadrées de ce qu'on appelle, dans le vocabulaire pudiquement spécialisé et technique du PAF, des « pauses ». Sans que ce sens particulier soit enregistré par nos dictionnaires, il s'agit là en fait de « séquences de publicité » dont on nous gave pendant ces « pauses » sans jamais parler de « publicité », pour éviter les départs immédiats vers les toilettes ou le frigo ! Une bonne dizaine de « pubs » se succèdent alors à un train d'enfer qui est le rythme d’élocution adoptée en pareils cas, pour placer le maximum de « pubs » dans le temps de la prétendue « pause ».

 

En réalité les deux interviewés successifs, Paul Veyne et Marcel Gauchet, n'avaient pas grand-chose à dire et Madame Sinclair encore un peu moins qu’eux ; il s'agissait pour eux de faire la « promo » de leur dernière production, ce qui est la justification commune de toutes les interventions d'individus attirés en ces lieux par pur mercantilisme, pour y faire la promotion de ce qu’ils vendent en matière écrite, audiovisuelle ou sonore. Je laisse ici de côté le pauvre Marcel Gauchet car je n'ai pas eu le courage d'affronter la « pause » pour l'entendre.

 

Monsieur Paul Veyne était la pour la promotion de son livre sur Palmyre, à croire que Daech ne s'est attaqué à cette cité que pour faciliter les ventes de cet ouvrage qui risquait de ne pas connaître un succès considérable en d'autres circonstances. Madame Sinclair, elle, en dépit de son éternelle jeunesse sans doute très coûteuse (mais elle en les moyens surtout depuis qu’elle s’est offert un compagnon moins fringant que DSK, rappelons seulement que voici une dizaine d'années elle a vendu soixante millions de $ un Léger et un Matisse qui lui venaient de son cher pépé) a toujours besoin de travailler la pauvre ! Elle doit même, comme beaucoup désormais, cumuler les emplois !

 

Mais quittons le domaine social ! Le plus drôle de cette interview a été la présentation de Paul Veyne qu'elle a faite et qui était la suivante : « Agrégé de grammaire et professeur au collège de France » ! Cette alliance singulière témoigne en effet d'une singulière ignorance du monde universitaire ! Bref ils n’avaient pas grand-chose à dire, ni l'un ni l'autre ! La première phrase de Madame Sinclair a toutefois été rejointe dans la cocasserie inattendue par une réflexion de Paul Veyne qui, à propos de la « route de la soie » (car on a bien dû se résoudre à parler de quelque chose ») nous a précisé que ces précieux matériaux étaient acheminés vers la méditerranéenne par des « chameaux à deux bosses ». Ne serait-ce pas là une cause majeure de l’acharnement de Daech contre Palmyre ? P. Veyne, quoique spécialiste de l’antiquité gréco-latine, n’ignore rien des camélidés et il sait que le chameau de Bactriane (camelus bactrianus), artiodactyle des steppes d'Asie centrale, a deux bosses, alors que le chameau d'Arabie (donc le seul vrai chameau halal aux yeux de Daech et des intégristes n'en a qu'une) ce qui rend évidemment impur tout ce qu’il a pu transporter ! Peut-être serai-je, sur ce point majeur, le prochain invité d’A. Sinclair !

 

Peut-être est-ce par fidélité qu’Anne Sinclair qui, curieusement a débuté sur cette même chaîne d'Europe (qui était alors « Numéro un » en 1973) y est toujours près d'un demi-siècle plus tard. Belle constance assurément, mais ne pourrait-on, ici comme ailleurs, faire un peu la place aux jeunes alors qu’on se lamente par ailleurs à leur propos sur l'impossibilité de leur trouver des emplois. Pourtant, à écouter de telles émissions, on peut être certain qu'il n'est pas nécessaire d'être particulièrement qualifié pour les remplir !

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