Robert Chaudenson (avatar)

Robert Chaudenson

Abonné·e de Mediapart

1484 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 août 2014

Robert Chaudenson (avatar)

Robert Chaudenson

Abonné·e de Mediapart

Encore le "Professeur à la Sorbonne" (blog de mars 2010)

Robert Chaudenson (avatar)

Robert Chaudenson

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ces temps-ci, je passe mon temps à tomber de ma chaise, ce qui est assurément mauvais signe. Mais comment échapper à ce triste sort, quand on entend qu’à la demande du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, Jean-Robert Pitte, ancien président de Paris IV et…(« Je vous le donne en dix, en cent, en mille…comme disait à sa chère fille la Marquise de Sévigné) Jean-Pierre Coffe ont rédigé un rapport sur la restauration universitaire qu'ils ont remis en mars 2010.

« Improbable mission » dirait notre ex-ministre de la culture qui affectionne cet adjectif et rapporteurs « plus improbables » encore !

Même si, depuis Edgar Faure et sa loi de 68, il n’y a plus de Sorbonne, ce nom demeure prestigieux aux yeux du vulgum pecus comme des émirs qui n'ont jamais quitté le cul de leur chameau que pour les palaces et les casinos. La « monnaie universitaire », qui l’a remplacée (treize universités parisiennes ont succédé à l’unique, antique et noble Sorbonne), s'est disputé ce nom prestigieux. L’université Paris IV a su, avant les autres, se baptiser elle-même Paris-Sorbonne, Paris III, arrivée trop tard, a dû se contenter de se dire « Sorbonne-Nouvelle ».

Seule une ministre peu au fait des réalités universitaires peut avoir l’idée saugrenue d’associer un ancien président de Paris IV (pompeusement dite Paris-Sorbonne) avec un histrion de l’acabit de Jean-Pierre Coffe, réduit par son insatiable cupidité à se faire le bateleur stipendié d’une chaîne de supermarchés low-cost, lui qui a bâti sa gloire audiovisuelle de fer-blanc sur des invectives permanentes et de scatologiques vociférations (notez le chiasme !) contre la "malbouffe" dont, dans son inculture, il n’a même jamais réussi à comprendre combien elle serait plus et mieux décriée, si l’on écrivait son nom « male bouffe » comme « male peste » !

Je connais certes le bougre pour l’avoir quelquefois égratigné dans mes  blogs et je sais qu’il ne recule devant rien quand il y a de l’argent en jeu. Plus étonnant est, en revanche, le choix du duettiste auquel l’a, si j’ose dire, accolé Valérie Pécresse. Pour cette seule raison, elle mériterait, aux régionales d’Ile-de-France, une défaite encore plus cuisante que celle qu’on lui prédit. Un détail intéressant toutefois qui me maintient dans mon sujet et qui est sans doute un élément d’explication de cet étrange attelage. Jean-Robert Pitte, en effet, de façon tout à fait inattendue, figure, à Paris, sur la liste UMP des régionales, en 44ème position il est vrai, ce qui ne lui donne, bien évidemment, que peu de chances d’être élu, mais constitue une petite récompense pour quelques prises de positions dans les conflits universitaires qu’expliquait moins alors son amour de la ministre que l’esprit de revanche contre Molinié, son vainqueur et successeur à la présidence de Paris IV.

Il faut ici dire quelques mots à la fois de Paris IV et de J.R Pitte dont, observez-le, les initiales du prénom J.R. sont celles du héros de Dallas qui, nouvelle malice du hasard, présente quelques rapports avec lui !

Paris IV a toujours été, parmi les universités parisiennes, avec Paris II, le bastion de la droite universitaire. Je ne reviens pas sur ce qu’ont eu de comique, à cet égard, les prises de position de cette université et de Molinié, son président, au début de 2009, car je serais bien empêché de dire, de Pitte et de Molinié, qui est le plus à droite, même si j’incline à penser que c’est plutôt le second ! Lui aussi, comme on l'a vu, m’a fait alors tomber de ma chaise, en prenant la tête des manifestants. Ce comportement n’était dû qu’à l’insigne maladresse de la ministre et je renvoie, pour le détail des faits, à ce que j'ai déjà pu en dire dans divers chapitres de mon livre de 2013.

Mais le plus curieux de tout est J.R. Pitte lui-même. Il faut bien que je l’avoue, son nom même m’était totalement inconnu sur le plan universitaire car je croyais les commissions de spécialités parisiennes plus vigilantes : en outre, je l'avoue aussi, j'ignorais que la géographie eût franchi le seuil auguste de la rue des Ecoles. En lisant, son curriculum vitae, je dois dire que je serais, une fois de plus, tombé de ma chaise, si je n’avais pas été encore par terre, suite à ma précédente chute.

Alors que les six ou sept présidents, qui se sont succédés à la tête de Paris IV, relevaient tous de disciplines nobles et prestigieuses (l’histoire des religions pour le premier d’entre eux le grand Alphonse Dupront ou plus tard, Meslin, la philosophie pour Polin, les études grecques pour Bompaire, l’histoire pour Poussou), Jean-Robert Pitte est un gé-o-graphe !

Le mystère s’éclaircit soudain et tout s’explique. Je n’avais même pas imaginé qu’il pût y avoir de la géographie à Paris IV, ce sanctuaire des nobles humanités classiques ! Imagine-t-on une épreuve de géographie au concours de la rue d’Ulm, aux côtés de la philosophie, de la littérature, de l’histoire et des études anciennes.

Fi donc! C’est tout juste bon pour Saint-Cloud ! Vade retro Satanas !

Un géographe est capable de tout et pire encore, quand il est, comme Jean-Robert Pitte, spécialiste des paysages viticoles et, cerise sur le gâteau, auteur d’une thèse sur l'histoire des rapports entre l'homme et (je puis encore vous le donner, là encore, en mille)... le châtaignier. Superbe sujet de thèse! Je vous jure que c’est vrai ! Le portrait de l’homme, qui ne semble pas ennemi des honneurs, ne sera complet que si j’ajoute que naturellement, il est le président de la Société de géographie et le co-directeur scientifique du Festival international de géographie ! Pour compléter ce tableau, j’ajouterai qu’il a naturellement déjà grenouillé du côté du ministère dans les fonctions éminentissimes de « chef de la mission de la carte universitaire et des affaires régionales ». Foutre! comme disait le Père Duchêne.

Je vous laisse le soin de prendre connaissance du rapport de ces deux olibrius en vous rappelant toutefois, au cas où vous ne le sauriez pas ou l’auriez oublié, que, quoique le prix du repas complet soit de 2,90 euros, les "restau U" ne font pas recette et sont relativement peu fréquentés, tandis que les bistrots des alentours qui vendent à ce prix un médiocre sandwich, font salles combles. Mais c’est là un tout autre problème.

En guise de dessert, quelques éléments de propositions de nos duettistes-rapporteurs :

« Eduquer les étudiants au bien manger », par exemple par voie d'affichage relayant des messages "positifs" et "incitatifs" [que pourrait rédiger Coffe qui a déjà enseigné, avec d’aussi médiocres compétences et un égal insuccès, la cuisine et le jardinage ]. "Poursuivre l'amélioration de la qualité culinaire". Les produits frais, salades composées, poissons, soupes froides ou chaudes, fromages à la coupe, sont recommandés [se servir nécessairement et exclusivement chez Leader Price, employeur principal de Coffe]

Le point qui a le plus retenu l’attention est que ces auteurs regrettent vivement que "l'offre de boissons alcoolisées ait presque totalement disparu des Crous" et plaident pour "une initiation à une consommation modérée de vin" lors de dégustations.[Pitte est spécialiste de la viticulture ! Chacun son tour et son fromage car il faut bien vivre!]

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.