L'école française : 1975....2018...2025

L'école française : 1975....2018...2025

 

En écrivant ce titre je me prends à craindre (le risque est fort heureusement très mince car je serai alors occupé à "fumer les mauves") d'avoir à écrire plus tard « l'école française : 1975… 2025 ». Je m'étais pourtant juré de ne pas revenir sur un sujet qu'ignorent avec une belle unanimité tous nos spécialistes de l'école française.

La lecture d'un article de Claude Lelièvre le spécialiste de ces questions à Mediapart, paru le 5 mai 2018 sous le titre « Blanquer tient-il les engagements de Macron? Un couple d’enfer! », m'a conduit, pour une part, à violer ma résolution quoi que ce ne soit pas la seule cause de mon retour vers ce sujet.

Pour donner un tour un peu moins sérieux à cette affaire je rappellerais ici une anecdote illustre parfaitement les comportements de notre ministère de l'Education nationale. Étant retourné à La Réunion quelques années après l'avoir quittée, (j'y avais passé de nombreuses années et j'avais été président de son université de 1972 à 1977), j'avais été sollicité pour faire une conférence sur « L'école à la Réunion » dans le grand amphithéâtre de cet établissement. J'avais au premier rang de mes auditeurs le Recteur de la Réunion : j'ai donc mis à profit cette circonstance pour lui poser une question à laquelle, comme je l'ai souligné à ce moment, il serait bien obligé, pour la première et la dernière fois sans doute, de me répondre. 

Cette question était : « Monsieur le Recteur quel est, à votre avis, le principal problème de l'école réunionnaise ? ». Je pensais naturellement l'entendre répondre "l'apprentissage du français" par des élèves qui étaient alors encore en grande majorité créolophones au début de leur scolarisation. Je fus donc stupéfait d'entendre sa réponse : « Le principal problème, ce sont les vacances. ». En bon bureaucrate qu'il était, le Recteur était évidemment préoccupé par cette question qui tenait naturellement à ce que La Réunion étant dans l'hémisphère Sud, juillet-août-septembre ( période des vacances métropolitaines) était la période la plus fraîche de l'année (janvier février étant la plus chaude). Il était donc impossible d'aligner parfaitement  les vacances scolaires réunionnaises sur celle de la France métropolitaine  au grand désespoir de la bureaucratie éducative !

Tous nos spécialistes de l'école française comme les bureaucrates de la rue de Grenelle (et nôtre ministre actuel, ancien DGESCO donc quasi vice-ministre, se range apparemment dans cette catégorie), tout en déplorant la dégringolade de notre système éducatif dans les classements internationaux, ne se sont apparemment jamais interrogé sur les CAUSES et surtout la CHRONOLOGIE d'une si fâcheuse évolution. Il est d'ailleurs plaisant de voir notre ministre actuel évoquer la méthode de lecture "globale" (abandonnée depuis bien longtemps, parfois au profit d'autres qui ne valent guère mieux) pour expliquer cette catastrophe qui conduit un grand nombre de nos élèves à ne pas savoir lire et écrire en fin de primaire. Comme il est familier des écrits sur la question, du fait probable que la Finlande qui caracole en tête des classements use de la méthode dite syllabique, il est pour cette dernière méthode ce qui n'est pas le problème majeur. 

Ma naïveté et ma candeur m'ont fait rêver du titre « L'école française : 1975… 2025 » avec l'espoir, sans doute vain, que le demi-siècle qui sépare ces deux dates pourrait attirer l'attention de mes lecteurs éventuels sur 1975 où se situe, comme toutes les statistiques et les observations de terrain le montrent, le début de l'évolution  catastrophique de notre enseignement primaire. 

Claude Lelièvre, en tout cas, n'est certainement pas de cet avis et le texte de son article, où il s'attache à mettre en rapport les déclarations du « candidat Macron », avec les réalités de son action,  le démontre assez :

«Candidat Macron : « Donner la priorité à l’apprentissage des fondamentaux "lire, écrire, compter" en maternelle et dans l'élémentaire ». 

Cela dépend comment on entend cette injonction... Cela signifierait-il que cet objectif aurait été perdu de vue dans les nouveaux programmes de 2015 du primaire élaborés sous le ministère de Najat Vallaud-Belkacem et qu'il faudrait revenir (sans le dire ouvertement) vers des orientations qui ont présidé à l'élaboration des programmes de 2008 sous le ministère de Xavier Darcos ? Il semble bien que certaines des interventions et injonctions récentes du nouveau ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer vont dans ce sens. Ces programmes de 2008 avaient été pourtant vivement mis en cause conjointement, en leur temps, par Jack Lang et Luc Ferry pour leurs aspects rétrogrades... ».

On s'en fout de tout ça ! Pour être historien de l'éducation comme Claude Lelièvre, on peut tout de même, de temps en temps, laisser de côté la pure et simple chronologie pour prendre en compte la mutation radicale qui s'est opérée dans nos classes à partir de 1975, c'est-à-dire à partir des décisions de Giscard d'Estaing d'instaurer le système du regroupement familial qui, à ses yeux, présentait de considérables avantages ; au plan financier d'abord (les travailleurs étrangers, maghrébins surtout, n'avaient plus lieu d'expédier leur salaire dans leur famille) au plan démographique ensuite (leurs familles nombreuses porteraient remède à notre démographie défaillante). Ces deux points de vue étaient valides et d'autant plus séduisants que de riches États musulmans ("ces connards pensait-VGE en rigolant) s'employaient à financer les voyages et les salaires des imams comme les mosquées et les médersas. On avait simplement oublié à la fois les idéologies qu'ils véhiculaient et diffusaient en même temps et, pire encore, le fait que ces enfants étaient bien évidemment, pour la plupart, non francophones et que leur enseigner de façon efficace le français aurait dû être la première sinon la seule des priorités ! 

Il n'en a évidemment rien été et Claude Lelièvre ne pose même pas réellement le problème, se bornant à évoquer la réduction des effectifs, certes utile mais qui n'a rien à voir avec une réelle adaptation des stratégies et des méthodes pédagogiques pour l'enseignement prioritaire du français. 

« Candidat Macron : « Diviser par deux les effectifs des classes de CP et de CE1 en REP et REP+, mesure qui serait la plus importante [souligné par moi car ce n'est évidemment pas « la mesure la plus importante » ; celle-ci aurait dû être la mise en œuvre de stratégies et de didactique adaptées aux enfants non francophones ] prise en faveur de l’éducation prioritaire depuis la création des ZEP en 1981 »

Il y a eu manifestement une mise en place de cette mesure-phare (et il faut reconnaître que ce n'était pas gagné d'avance) : 2500 classes de CP de REP+ affichent désormais un effectif maximum d'une douzaine d'élèves (avant un élargissement aux CP et CE1 de REP d'ici à 2019). Dans les endroits où les locaux ont fait défaut (15 % d'entre eux), il s'agit plutôt de co-enseignement avec deux maîtres pour 24 élèves en moyenne. ». 

Toujours le nez dans le guidon Monsieur Lelièvre ! On retrouve bien entendu dans ces considérations les obsessions bureaucratiques du ministère de l'EN comme des "syndicats maison" qui ne se préoccupent que des moyens et des postes, sans jamais considérer la situation réelle et ce qui se passe dans les classes ! Nous n'en sortirons décidément jamais, et hélas pas plus en 2018 qu'en 2025 !

 

 

 

 

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