La Syrie sur Arte : Poiret sans Serrault !

La Syrie sur Arte : Poiret sans Serrault !

 

Je me suis sottement laissé tenter hier par la publicité faite par Arte de son numéro "spécial" consacré à la Syrie, domaine où, quoique je connaisse un peu la zone, j'avoue ne plus comprendre grand chose entre les palinodies de la France sarkozo-hollandaise et les choix des États-Unis comme de la Turquie; le seul à être clair en cette affaire est, comme souvent Monsieur Poutine, qui lui veut son port syrien sur la Méditerranée et se fout du reste !

 

Je cite encore une fois la promo faite par Arte, mais je vous promets que ce sera la dernière 

« Le dossier syrien restera «une tache indélébile dans l’histoire de l’ONU ». C’est la conclusion du documentaire d’Anne Poiret que propose Arte, intitulé "Syrie: mission impossible". Ce film, diffusé dans le cadre d’une soirée «Thema», est consacré aux négociations de paix qui, depuis le début du conflit, en 2011, se fracassent les unes après les autres contre les intérêts divergents des puissances régionales. ».

 

Dans une publicité orale de la chaîne j'ai entendu Arte vanter ainsi le courage d'Anne Poiret qui « a passé 12 jours sous le feu des snipers ». À la façon du grand Lucien Bodart "au bar du Hilton"!

 

Apparemment à la voir causer dans le poste, elle ne s'en est pas trop mal tirée ; quant aux "snipers" du pauvre Bachar, ils ne sont apparemment pas méchants et/ou très maladroits! Les douze jours que Madame Poiret a passés "sous le feu des snipers" l'ont été, en réalité, à voir son film, bien à l'abri, en compagnie de quelques "rebelles" dont, on peut noter, que le rare discours évoque souvent irrésistiblement celui des djiadistes, en particulier quand ils parlent de « l’impie » Bachar ou évoquent leurs liens avec « Al Nostra »; ce séjour ne m'a pas paru porteur de grands dangers, ni pour elle ni pour ses hôtes, où l'on ne semble pas avoir compté de victimes.

 

Tout se passait semble-t-il dans un immeuble de Damas qui faisait face à deux autres immeubles tenus par les troupes régulières de Bachar au demeurant peu aggressives. Mises à part quelques simagrées démonstratives où les « rebelles » tirent quelques rafales en direction du ciel en faisant quelques cabrioles (positions peu favorables au tir de précision), pas grand-chose ne se passait et l'attaque qu'ils ont soi-disant menée contre les deux immeuble tenus par leurs ennemis n'a rien donné ; le seul événement notable et final a été l'envoi devant l'immeuble ennemi d'une voiture chargée d'explosifs. Durant tout le film, tout le monde se baladait dans la rue , sans le moindre problème et sans risque apparemment ; on a même vu les "rebelles" esquisser quelques pas de danse en plein air  car un des rebelles se mariait ! Ridicule !

 

L'aspect guerrier du film était donc sans le moindre intérêt et le côté diplomatique ne l'était pas davantage, car on y a vu surtout des messieurs en costume-cravate, dans divers lieux, à table entre autres, en particulier dans les grands hôtels de Genève où A. Poiret a suivi paraît-il, cinq mois durant, « un diplomate chevronné" (il en avait effectivement tout l’air), Staffan de Mistura (drôle de nom pour un rital), le troisième émissaire nommé par les Nations Unies depuis le début de la guerre (vous savez, ça use ce genre de boulot!). 

 

Un des rares propos de ce cher homme, enregistré et reproduit dans le film, concerne "le vin à table" qu'il s'étonne d'être le seul à consommer ; la chose n'est pourtant pas très étonnante quand on est à table en compagnie de Musulmans ( mon ami Amidou n'est pas contre le "rouge" mais comme il aime à le dire, il est "un Musulman de gauche!).

 

Bref, non seulement une soirée perdue, car ce film ne présente pas le moindre intérêt, mais il est même contre-productif et a un rôle pernicieux ; il donne en effet de toute évidence une image trompeuse d'une guerre dont les conséquences ne se mesurent pas que dans les grands hôtels de Genève, mais par le sort des millions Syriens modestes dont on se demande ce qu'ils vont devenir, en particulier tout près au Liban où on ne les aime guère ! 

 

Il paraît que ce film a eu un prix de je ne sais trop quoi ! Ce pourrait être celui de l'humour noir dans la catégorie documentaire de guerre ! Il m'a, en tout cas, fourni un titre de blog;... assez pitoyable, j'en conviens, car si nous avions effectivement Madame Poiret, j'ai beaucoup regretté l'absence de Monsieur Serrault qui aurait sans doute donné quelque piquant à la chose !

 

 

 

 

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