Diego Garcia et le mystère du MH 370

Ce n'est pas moi, je vous assure, mais sans doute la fin de l'étiage estival de l'information qui fait que les médias reparlent du vol de la Malaysia Airlines disparu, il y a juste six mois, le 8 mars 2014 et dont on n'a jamais retrouvé la moindre trace à l’Ouest de l’Australie où l’on s’obstine à chercher.

On persiste à voir un mystère dans cette disparition bien que j'estime avoir éclairci moi-même ce mystère par mon blog du 11 juillet 2014 que je suis amené à reproduire ci-dessous, car je n'aurais pas d'autre chose à dire que ce que j'ai déjà écrit sur cette affaire. Des recherches, fort coûteuses et très évidemment totalement inutiles à mon sens vu leur localisation, sont engagées, aux frais de l'Australie par une compagnie néerlandaise qui utilise trois navires porteurs de sous-marins de poche ; j'imagine que ces grands frais ne sont pas perdus pour tout le monde ! De toute façon le principal et même, on le verra, le seul mystère demeure entier.

On reprend en effet l'hypothèse que j'avais présentée moi-même dans ce blog selon laquelle, volontairement ou non, l'oxygène aurait été coupé, soit pour l'ensemble des personnes qui étaient dans cet avion, auquel cas la chose pourrait être accidentelle, soit pour le personnel de bord et les passagers, si cette suppression de l'oxygène était volontaire et provoquée par le commandant de bord. Dans le premier cas, on peut plaider l'accident mais il est impossible de le faire pour la suppression de la signalisation du vol qui n'a pu être opérée que volontairement par une manœuvre spécifique donc par le commandant pour empêcher de suivre la trajectoire de l’avion. Donc mon hypothèse reste valable et est même la seule soutenable vu le silence qui entoure le suivi du vol lui-même qui n'a pu, EN AUCUN CAS, échapper aux grandes oreilles américaines fort actives et des plus vigilantes dans toute cette zone hautement stratégique.

Je me permets donc de reprendre, sans y changer quoi que ce soit, le texte que j'ai publié le mercredi 11 juin 2014 sous le titre « AF 1611 et MH 370 » car il garde toute son actualité et, me semble-t-il, sa pertinence.

« Encore un de mes chers titres mystérieux, mais celui-ci l'est-il peut-être encore plus que les autres ?

AF 1611 était en effet le nom de la Caravelle qui s'est inexplicablement abîmée en Méditerranée, sans la moindre raison, le 11 mai 1968 avec 95 passagers à son bord. Durant le demi-siècle qui s'est écoulé depuis cette catastrophe, le crash de cet avion, officiellement attribué à une cause accidentelle inconnue, a été depuis en fait souvent imputé à un exercice militaire au cours duquel un tir de missile aurait abattu l’avion. Divers éléments et même des témoignages avaient été fournis à l'appui de cette hypothèse, même si la thèse officielle était restée la seule valide. Toutefois, la justice a été saisie à nouveau, après un demi-siècle, en mars 2012 ! Peut-être en sera-t-il de même pour le fameux vol MH 370 de la Malaysia Airlines dont le cas est encore plus étrange !

Ce Boeing 777 de Malaysia Airlines a en effet, lui, mystérieusement et totalement disparu, le 8 mars 2014, sans laisser la moindre trace autre que celle de son départ pour la Chine avec 239 passagers. Certes l'émotion très vive qui s'est manifestée demeure présente en raison même de ce mystère inouï ; une somme très importante vient d'être mise en jeu par les familles des victimes pour quiconque serait en mesure de donner des indications sur la disparition inexpliquée de cet avion. Toutefois, comme on pouvait s’y attendre, cet accident a disparu des médias presque aussi vite que le vol MH 370 avait disparu lui-même des écrans des radars.

J'avoue que j'avais moi-même totalement oublié cet accident, mais j'ai, par hasard, entendu évoquer une hypothèse nouvelle, une fois réfutée celle de la disparition d'abord avancée à 2500 km dans l'ouest de l'Australie. On a évoqué en effet le cas de Diego Garcia qui conduit à des considérations d'une nature très différente.

Le mystère demeure certes entier mais il change alors de nature ! Kevin Hyatt, directeur de la sécurité de l’IATA déclare sobrement, mais de la façon la plus précise, que la disparition de ce vol MH 370 est une « tragédie » mais surtout une « anomalie » dans la mesure où, quoique des mois aient passé, non seulement aucune information nouvelle n’est apparue, mais un vide informationnel total s'est créé laissant la voie libre à toutes les hypothèses.

Tout donne donc à penser qu’on nous cache des choses ! Je vous recommande à cet égard, dans Aerobuzz du 27 mai 2014 (média électronique consacré aux transports aérien), la lecture de l'excellent article de Pierre Sparaco sur cette affaire qui, même si elle a disparu de nos médias, a entraîné une grave crise économique au sein de la compagnie Malaysia Airlines dont les comptes sont dans le rouge et dont les efforts commerciaux de relance semblent vains !

Je dois dire que l'évocation de Diego Garcia a un peu piqué ma curiosité et suscité mon intérêt dans la mesure où, ayant vécu longtemps dans l'océan Indien, je suis sensible à cette question pour avoir suivi toute son histoire. Ces trois îles (dont la principale ne fait que 28 km2 !) appartiennent à l'archipel des Chagos, ancienne possession britannique devenue mauricienne sans l’être tout à fait. Elles ont été cédées, dans des conditions un peu discutables et d’aillleurs contestées, aux Américains qui, vu la position stratégique majeure, lors de la guerre froide, en ont fait une énorme base militaire, une vraie « île porte-avions » pour leurs bombardiers stratégiques et nucléaires ; les habitants de Diego Garcia, surtout des pêcheurs plus ou moins permanents, ont bien entendu été expulsés en 1971, sans être réellement indemnisés. Le produit de la transaction a été, à les en croire du moins, conservé par le gouvernement mauricien de l'époque ; certains d’entre eux ont longtemps campé au centre de Port-Louis, dans le Jardin de l'État, ce qui a contribué à maintenir le souvenir de la transaction et du nouvel usage qui avait été fait de Diego Garcia, devenu base aéronavale, centre d’écoutes et de renseignement, voire, selon certaines rumeurs, de lieu de détention et de tortures.

Je ne vais bien entendu pas reprendre ici tous les éléments qui figurent d'abord dans un très long exposé dans Agoravox, début avril 2014, où le débat a été alimenté par une centaine de commentaires dont certains étaient très bien informés ; c’est là que j'ai lu les premiers éléments sur l'hypothèse de Diego Garcia. Je ne puis que vous recommander la lecture de ces textes.

Il y est fait état d'une hypothèse selon laquelle la base militaire de Diego Garcia, élément essentiel de la stratégie et du renseignement des États-Unis dans toute la zone, aurait pu être la cible du détournement du vol pour une attaque terroriste du type de celle du 11 septembre. Il suffit d'ailleurs de consulter une carte pour constater quelques éléments troublants. le premier et le plus évident est que entre Diego Garcia et la Malaisie il y a en gros 4.500 km comme entre la Malaisie et la Chine qui était la destination finale théorique du vol MH 370 ; par ailleurs, ce trajet nécessite sept heures de vol de cet appareil à 650 km à l'heure ce qui correspond très exactement au vol supposé du MH 370. Une des objections qu'on peut présenter à cette hypothèse est qu’elle suppose un suicide du pilote ; c’est là un cas déjà observé dans différentes catastrophes aériennes qui se sont produites dans d'autres compagnies comme Royal Air Maroc ou Egyptair, pour ne citer que les plus connues.

L'hypothèse d'une telle tentative terroriste explique à la fois les changements de direction de l'appareil, le pilote cherchant à brouiller les pistes et à tromper les surveillances dont un vol fait l'objet et, d'autre part aussi, le silence des appareils téléphoniques qui ne peuvent fonctionner qu'au-dessus des terres et non au milieu des océans (beaucoup de voyageurs ont des téléphones satellites qu'on leur demande de ne pas utiliser à bord, mais non d’éteindre.

Si l’on suppose le cas d’un avion fou, où seraient morts équipage et passagers, la seule hypothèse un peu plausible serait une défaillance technique qui aurait provoqué une subite dépressurisation dans l’avion, conduisant à une incapacité d'action de l'équipage comme des passagers, comme cela s'est produit il y a quelques années dans un 737 d’Helios. Cette hypothèse peut d'ailleurs se combine, en théorie, avec celle d'un attentat terroriste. En effet, le pilote kamikaze peut volontairement provoquer la dépressurisation de la cabine et la mort des passagers, tandis que lui qui dispose effectivement d'une réserve spéciale d’oxygène suffisante pour être maintenu en vie.

Un commentaire très informé d’Alex (24 avril) dans Agoravox décrit même dans son détail la procédure et je le cite : « Supposons que je souhaite me suicider sur un gros coup de blues (au moins trois cas recensés), mais sans que personne ne le sache pour ne pas perdre la face (je suis extrême-oriental). 
Au point le plus opportun, je descends mon collègue (pas difficile pour un pilote d’amener une arme dans un cockpit). Ensuite, je débranche tous les systèmes (transpondeur, Acars). J’enfile mon masque, j’ouvre les outflaw (valves pour dépressuriser la cabine), et je monte en altitude pour éliminer un maximum de pax, car la réserve d’O2 qui leur est destinée ne dure que quelques minutes : plus haut, ils vont la consommer plus vite ; à cette distance, il est peu probable que cela soit noté par un radar, car son premier boulot n’est pas la mesure en site. Ensuite, je redescends à basse altitude pour que ces radars ne voient pas la direction que je prends (je suis Malaisien, je connais bien la région et l’emplacement de ces radars) ; puis je mets le cap sur le grand large ; à bonne distance, je remonte pour consommer moins afin d’aller me perdre le plus loin possible. J’espère que cette hypothèse n’est pas la bonne (certains points sont un peu hasardeux), mais elle n’est pas plus inenvisageable qu’une autre sans autre info que celles dont on dispose. Le BIG problème est l’absence de com de la part des autorités, qui ne laisse que de très rares éléments de ce puzzle. Malgré vos (remarquables) efforts, on n’en sait pas plus . »

Ce commentaire est très informé ; Alex ajoute sur d’autres aspects : « L’ortho entre le dernier point de contact et Haa Alif passe pile-poil à la verticale de Colombo (vérifiez sur Google Earth). L’écart avec la loxo est insignifiant (quelques nautiques). Un avion non contrôlé est instable pour des tas de raison ; la plus simple est que toute inclinaison parasite (un léger écart de puissance moteurs ou autre) s’accentue automatiquement : 
roulis => lacet induit => + de portance sur aile extérieure => +d’inclinaison, ce qui se termine par un virage engagé.
L’avion des Maldives, avec un cap Sud-Est, avait forcément pris un virage ».

En tout état de cause, il y a inévitablement un acte volontaire au moins avec l'interruption du transpondeur ; comme le souligne l'excellent article tout récent de Pierre Sparaco : « Le vol MH 370 constitue un cas extrême, l’accident sans épave, sans images radar, sans enregistreurs de vol, sans ultimes communications radio. Et pas même d’informations qui auraient pu être fournies par le transpondeur ou encore des messages automatiques ACARS ».

Dans l'hypothèse d'une tentative d’attaque de Diego Garcia ou d’une simple approche, même très lointaine de sa zone, il existe forcément des informations sur le vol de cet avion. Comme vous l'imaginez, la zone de Diego Garcia est l'objet d'une surveillance, aussi constante qu’extravagante de la part du renseignement et de l'aviation militaires des USA ; il est totalement exclu de s'approcher à quelque distance se soit de cette île ou même de voler, de très loin, en direction de cette base, sans être immédiatement repéré par les satellites. Le vrai problème (et je rappelle que je ne suis en rien spécialiste de ces questions) me paraît non celui des causes réelles de cet accident, mais la totale absence de données à son propos alors qu’elles existent inévitablement dans cette zone hautement stratégique.

Il n'y a aucune raison de s'amuser à rechercher des boîtes noires puisque quelqu'un dispose inévitablement des informations sur ce vol et même sans doute sur l'endroit où il s'est terminé, ce qui amène probablement à savoir dans quelles conditions il s'est achevé. Toutes les prétendues recherches à ce propos n’ont donc été qu’une simple intoxication médiatique et il est probable que les « grandes oreilles américaines », sans parler de celle de leurs amis, s'il est passé comme on peut supposer à proximité ou s’il a simplement fait route, sans être identifié, en direction de Diego Garcia, l’ont aussitôt repéré et suivi. Deux hypothèses alors : l’une invraisemblable, selon laquelle il s’y serait posé, avec un pilote vivant et des passagers morts selon l'hypothèse précédente ; on aurait alors tout fait disparaître pour ne pas ébruiter l’affaire ; l’autre, bien plus vraisemblable, est qu’il aurait été abattu, sans la moindre hésitation, par la défense de Diego Garcia pour empêcher un 8 mars insulaire sur la base militaire américaine !

Compte tenu des habitudes des États-Unis et à moins que ne se manifeste un nouveau lanceur d’alerte, il est peu probable, si les choses se sont passées ainsi, qu’on sache jamais la vérité sur la disparition si mystérieuse du vol MH 370 ». 

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