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Billet de blog 9 avril 2014

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Rwanda (Suite)

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je continue à publier ces mêmes billets dans blogspot.com, pour des lecteurs anciens habitués à cette adresse (nouvelles persaneries sous le pseudonyme d’Usbek), car ils peuvent, sans problème, y enregistrer des commentaires, ce que le système Mediapart refuse aux non-abonnés (ce qui, je l’ai déjà dit, est stupide et contre-productif). Bref j’ai deux commentaires (intéressants et informés comme toujours) d’Expat qui vit à Saint-Petersbourg. Je les reproduis donc ici.

Expat a ajouté un nouveau commentaire sur votre article "Mes amis rwandais" :

« Il est effectivement difficile de distinguer un Hutu d'un Tutsi parce que ça n'a aucune pertinence. C'est une situation sociale qui a été transformée, par les Allemands d'abord puis par les Belges ensuite en situation ethnique, cette transformation, au passage ayant eu la conséquence, et c'est lourd de sens pour l’avenir, de figer la situation sociale. Tandis que le passage de l'un ou l'autre groupe était auparavant possible (déclassement dans le sens Tutsi-Hutu et promotion sociale dans l'autre sens), l'ethnicisation a rendu cela impossible.

 Si des différences physiques étaient peut-être observables à une époque, elles étaient dues à des modes de vie différents et notamment une alimentation qui n'était pas la même, entre des éleveurs et des agriculteurs, entre des gens occupant des positions sociales élevées et des gens "du peuple". C'est un peu comme si des étrangers étaient venus coloniser la France du 18ème siècle et avaient trouvé que les nobles avaient bien meilleure allure que les paysans et avaient décidé que naturellement existait une race des nobles supérieure et une race des croquants inférieure, ou, un siècle plus tard, créant la race des bourgeois supérieure à celle des ouvriers inférieure.

 Le grand drame est que parmi cette population de la région beaucoup ont intériorisé cette classification arbitraire issue des lubies racialistes européennes de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème. Ce qui nous ramène à ce principe décrit par un sociologue américain du début du 20ème siècle (Thomas): quand une chose est perçue comme réelle elle devient réelle dans ses conséquences ».

 Cette dernière formule m’en rappelle une autre, dans un domaine différent mais dont j’ai souvent observé les effets : « A force de prêter du  pouvoir aux gens, on leur en donne ».

 Nouveau commentaire le lendemain pour le billet suivant. Envoyé par Expat à nouvelles persaneries le 7 avril 2014, 16:33

 Expat a ajouté un nouveau commentaire sur votre article "Du génocide rwandais." :

 « Cher Usbek,

Je vous suggère ce texte et la vidéo qui l'accompagne et qui défendent une thèse bien éloignée de ce qu'on entend habituellement sur le sujet.

Par contre, je ne crois pas que son auteur soit le bienvenu chez Mediapart.

 http://bernardlugan.blogspot.fr/2014/04/rwanda-un-genocide-en-questions.html

 Sinon, je ne suis pas d'accord avec vous quand vous qualifiez Staline de génocidaire. C'est certes un assassin de masse, pas le pire du siècle dernier, mais ayant dépassé le maitre, mais la disparition physique de populations du fait de leurs origines ethniques (nationales selon le terme utilisé en URSS), de leur religion ou de leur appartenance sociale (le terme de koulak est d'ailleurs un terme passe-partout dans lequel on peut faire entrer qui on veut) [ La fin de la phrase est oubliée ce doit être à, peu près « n’est pas caractérisée comme génocide » ]. En fait la terreur stalinienne n'a jamais eu pour but de détruire une population ou des populations données. D'ailleurs, comme à peu près tout le monde en a été victime, la thèse inverse n'est guère défendable.

 De fait même pendant les grandes purges, le guépéou/NKVD travaillait par quotas, ces derniers étant définis au sommet. Les quotas furent dépassés et même explosés du fait du zèle des responsables locaux qui se tiraient la bourre pour faire mieux que leurs voisins. La seule chose qui puisse nuancer mon avis est que les populations à assassiner et à déporter étaient définies selon leurs origines nationales ou professionnelles. En haut, on parlait d'un complot polonais par exemple, et, comme par hasard, les organes trouvaient plein de Polonais qui complotaient contre le régime. Mais après c'étaient les Allemands, ou les Baltes. Tout le monde y avait droit.

 Et ce furent aussi en plus des nationalités, des professions qui trinquèrent, un coup les ingénieurs, un coup les généraux, et en fait n'importe quel groupe qu'il soit constitué ou non. Le but était évidemment que personne ne se sente en sécurité, et même pas les membres des organes chargés de la répression qui régulièrement passaient aussi à la trappe, et pas non plus les hauts dignitaires du régime. Les frappes tous azimuts semblent donc exclure le caractère génocidaire de l'entreprise, le nombre de victimes n'entrant pas en ligne de compte dans la caractérisation d’un génocide.

 Envoyé par Expat à nouvelles persaneries le 8 avril 2014 16:30.

 Trois remarques sur ces commentaires.

 1. Staline ne serait pas un « génocidaire » du seul fait que ses multiples exterminations massives n’entrent pas dans la définition du « génocide » tel que l’a établie l’ONU en 1948. C’est bien la moindre des choses puisque cette définition a été précisément et exactement choisie à cette fin pour mettre Staline à l’abri de toute accusation de cette nature ! S’il en avait été autrement, l’URSS aurait naturellement mis son veto ! CQFD. Ne pensez-vous pas que, pour ne prendre que quelques exemples (et il y en a des foules d’autres !), les historiens ont quelques raisons de parler de « génocide », quitte à braver les lexicographes onusiens aux ordres de l’URSS en 1948 ? Lisons les donc  !

« La guerre fut l’occasion pour Staline de poursuivre ses opérations génocidaires avec la déportation de près de 900 000 Allemands de la Volga à l’automne 1941, de 93 000 Kalmouks du 27 au 30 décembre 1943, de 521 000 Tchétchènes et Ingouches du 23 au 28 février 1944, de 180 000 Tatars de Crimée du 18 au 20 mai 1944, auxquels s’ajoutent les Grecs, les Bulgares et les Arméniens de Crimée, ainsi que les Turcs, les Kurdes et les Klemchines du Caucase ». Stéphanie Courtois, 22/2/2003.

 2. Sur les « koulaks » ; je me garderai de discuter votre remarque sur le fond ; là encore je me réfère à S. Courtois : « La guerre contre la paysannerie accompagna la collectivisation forcée des années 1929-1933, avec le slogan lancé par Staline : « Liquidons les koulaks en tant que classe ». Le « koulak » désignait celui qui manifestait la moindre opposition à la collectivisation, forme modernisée du servage. En 1930-1931, environ 30 000 « koulaks » furent fusillés, 1 680 000 déportés avec leurs familles, pendant que 1 million d’autres fuyaient leur village et que 2 millions étaient exilés dans d’autres régions. Puis de l’été 1932 au printemps 1933, ce fut la grande famine organisée contre la paysannerie ukrainienne en décrétant la réquisition par l’État de l’ensemble des récoltes, en envoyant des dizaines de milliers de commandos communistes s’emparer par la force de l’ultime ravitaillement des récalcitrants, Staline a provoqué un véritable génocide de classe et d’ethnie, entraînant la mort de 5 à 6 millions de personnes en neuf mois. »S. Courtois, 22/2/2003.

3. Dernière remarque d’un tout autre ordre.

En 1944, pour punir les Tatars de Crimée de leur « collaboration » avec les Allemands (ce qui est une preuve d’humour de la part du signataire du pacte germano-soviétique !), Staline ordonne leur déportation. La faim, la soif et les maladies, causent de la moitié la mort de la population déportée. On a tenté d'évaluer plus précisément les conséquences démographiques de la déportation. Selon ces études, 109 956 (46,2 %) sur les 238 500 déportés sont morts entre le 1er juin 1944 et 1er janvier 1947. Un mouvement nationaliste de Crimée a demandé que cet exil (le Sürgünlik) soit reconnu comme un génocide. Que deviendra aujourd’hui cette demande ?

Mon propos n’est pas là toutefois car on retombe toujours sur le même problème. Je me demande, en revanche, si Staline qui se voyait si volontiers, quatre siècle plus tard, en Ivan le Terrible de la Russie moderne, n’a pas voulu, à son tour et à sa manière, vaincre les Tatars !

Demain, car je suis déjà long, le texte de B. Lugan très intéressant.

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