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Billet de blog 10 juillet 2014

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Le Fregoli de la Cinquième : Nicolas Sarkozy

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je me suis rendu compte, un peu tard, que, dans mon blog du 3 juillet 2014, à propos de l’évocation du jugement final de Bordeaux sur l’affaire Bettencourt et du rôle de notre ex-président, j’avais, un peu imprudemment, dans ma cuistrerie naturelle, évoqué la mémoire de Frégoli, sans être assez explicite à son sujet.

Les « bâtards de Bordeaux » ne sont pas montrés si méchants que ça avec notre ancien et aspirant futur-président ; lors du fameux non-lieu Bettencourt, on a fort opportunément oublié et, sans que ce détail essentiel attire la moindre attention, que N. Sarkozy avait clairement et officiellement affirmé, à je ne sais quel moment de les dépositions, qu'il n’était allé qu’une seule fois rendre visite à Mamie Zinzin, contre les témoignages des domestiques  qui signalaient plusieurs visites, ce que confirmaient des photos le faisant apparaître, en cette circonstance réputée unique selon lui, dans différents costumes. C’est ce qui m'avait conduit à le baptiser, de façon sans doute un peu étrange pour bon nombre de lecteurs, le Fregoli de l’Oréal.

Pour mettre un terme à l'incompréhension qui pourrait s'être attachée à cette métaphore, je signale aux honorables lecteurs de ce blog que Leopoldo Fregoli, né le 2 juillet 1867 à Rome et mort le 26 novembre 1936 à Viareggio, est un acteur italien, ventriloque et musicien, réputé surtout pour ses multiples changements de costumes très rapides, qui ont d'ailleurs conduit son patronyme à devenir, pour certains dont je suis, un nom commun soulignant ce talent très particulier de transformiste.

Nicolas Sarkozy restera peut-être dans l'histoire de France comme le Fregoli de la Cinquième (c’est de la République, évidemment que je parle et non de la Compagnie car je ne pense pas qu’il ait tâté du service militaire !) et cela d’autant qu’au transformisme illustré lors de sa visite à Madame Bettencourt (loin de moi l’idée impie de contester une décision de justice), il a ajouté à sa panoplie frégolienne diverses transformations plus ou moins réussies.

Je ne parle pas ici de celle, toute récente et déjà achevée, en bobo soigneusement mal rasé, figure obligée de nos médias, quoiqu’elle soit tout à fait de mise au terme d’une longue et humiliante garde à vue, mais plutôt à sa métamorphose en sportif accomplie sur son vélo ou en jogging (fût-ce au prix d'un malaise vagal bien explicable, quand on est plus habitué aux places arrière des berlines de luxe qu’aux sports eux-mêmes). On peut mentionner aussi le changement, plus hardi et plus risqué encore (quand on fait un mètre soixante-cinq sans les talons) en rouleur de mécanique des « quartiers », invitant « à descendre » s’ils l’osent, un musculeux ouvrier ou un robuste pêcheur au verbe un peu décapant, l’un et l’autre étant fort heureusement tenus à bonne distance par le service d’ordre !

Cet épisode héroïco-comique mémorable m’a alors fait penser, d’emblée et souvent dans la suite, à l’altercation fameuse entre Voltaire et le Chevalier de Rohan qui valut au premier un séjour à la Bastille (Monsieur Nicolas s’est montré plus magnanime !) et une rossée dont Voltaire a laissé une brève, mais savoureuse évocation : « Je fus assassiné par le brave chevalier de Rohan assisté de six coupe-jarrets derrière lesquels il était hardiment posté ». Notre Président,  qui avait au moins le double ou le triple de gardes du corps, risquait donc encore bien moins que Monsieur de Rohan à fanfaronner ainsi !

Sur TF1, Monsieur Sarkozy a récemment repris ( Bouleau et Elkabbach se relayant pour lui donner la réplique sur un scénario élaboré de conserve) le rôle de Calimero face au complot quasi universel des socialistes et des magistrats ; nos services spéciaux avaient fort opportunément, dit-on, empêché Khadafi de se joindre aux comploteurs avec quelques biscuits sous forme de valises de billets à l’appui !

L'accumulation même des accusations est donnée comme une preuve irréfutable de leur inanité et  du complot qui les suscite et les entretient ; nos vaillants journalistes, peu ou mal informés, ont oublié ou négligé simplement de faire observer que, si ces affaires se sont accumulées ainsi des années durant, c'est moins par la malignité des magistrats que par l’impossibilité d'agir plus tôt, le personnage central et commun de toutes ces affaires étant protégé par son immunité présidentielle.

Voir Nicolas Sarkozy et ses partisans présenter sans rire leur gouvernement comme s'étant abstenu, avec la plus grande rigueur et un intègre républicanisme, de toute intervention dans les milieux de la justice, a quelque chose de comique, quand on sait, comme tout le monde, que tous les régimes, de droite comme de gauche, ont, tous et toujours, pratiqué l’interventionnisme en cette matière.

Toutefois, dans le cas de Sarkozy, ce discours  a quelque chose de profondément hilarant, quand on se souvient des propos tenus par Messieurs Buisson et Goudart, enregistrés en douce par Buisson lui-même, au retour d’un repas pris avec le couple présidentiel à la Lanterne, ce qui empêche d'imaginer un subterfuge. Ils ont tressé là une corde pour les pendre ! On se souvient que le Garde des sceaux de l'époque, Michel Mercier, qui n'était pas un interlocuteur assez docile à leurs yeux et un empêcheur d'absoudre en rond, avait fait les frais de la conversation, parfaitement claire sur ce point. Patrick Buisson regrettait de ne pas avoir eu la tête de Mercier et l’échange était le suivant sur les raisons de l’exclure du gouvernement : -- M. Goudart : « Parce qu'il est trop gentil avec les magistrats ? ».  -- M. Buisson : « Non, mais il est totalement calamiteux ». 

Rideau !

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