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Billet de blog 10 sept. 2014

Péguy cent ans après

Je suis bien coupable car j'ai complètement oublié, le 5 septembre 2014, que j'avais promis, quelques  semaines auparavant, de faire un blog pour le centenaire de l'anniversaire de la mort au front de Charles Péguy. Il est vrai qu'on en a très peu parlé, ce qui me paraît au fond étonnant car, comme cela s'est déjà produit de son vivant, il peut à la fois être invoqué et cité par la gauche comme par la droite.

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Je suis bien coupable car j'ai complètement oublié, le 5 septembre 2014, que j'avais promis, quelques  semaines auparavant, de faire un blog pour le centenaire de l'anniversaire de la mort au front de Charles Péguy. Il est vrai qu'on en a très peu parlé, ce qui me paraît au fond étonnant car, comme cela s'est déjà produit de son vivant, il peut à la fois être invoqué et cité par la gauche comme par la droite. Ce socialiste athée au départ (ami de Jaurès avec lequel il s'est brouillé dans la suite) étant passé au catholicisme et au nationalisme le plus ardent. Chacun peut donc y trouver son compte à condition de choisir ses textes et son époque.

Je dois dire que j'ai découvert Peguy dont j’ignorais à peu près tout pour la seule raison qu'il était au programme de l’agrégation au moment, déjà fort lointain, où je l’ai passée. Je dois confesser que je ne l'ai guère relu depuis ; toutefois quelques-unes de ses formules m’ont assez frappé pour me rester en mémoire et j'en ai fait usage, sans prendre le soin de les vérifier réellement. Il y en en particulièrement deux que j’ai souvent utilisées. Ce matin, dans un souci d’exactitude, j’ai fait une recherche sur Internet pour en retrouver à la fois le référence et la forme authentique. Je n'ai pas été assez patient pour pousser cette recherche, curieusement difficile, jusqu'à son terme ; j'ai constaté en revanche que certains auteurs reproduisaient mes citations inexactes, à des dates récentes (entre 2011 et 2013) sans citer ni d'auteur ni de référence, ce qui me donne à penser qu'ils les ont peut-être trouvées dans mes propres blogs !

La première citation est la suivante : « Les socialistes ont les mains pures car ils n'ont pas de mains ». Je ne l’ai pas localisée mais elle fait penser à une de ses « pensées » (publiées en 1934) : « Le kantisme a les mains pures, mais il n’a pas de mains. ». Les socialistes seraient-ils kantiens ? Je ne ferai pas à ce propos les commentaires que certains attendraient peut-être et que je leur laisse le soin de faire eux-mêmes !

La seconde citation est d'une certaine façon plus intéressante et tout aussi actuelle : « Autrefois on mourait pour la République, maintenant on en vit ! ». Quitte à fabriquer de fausses citations, on pourrait même la compléter en disant « …et on en vit très bien ! ». Si inexacte que soit cette citation, elle est toutefois plus proche du texte de Péguy que j'ai fini par retrouver. Il est dans Notre Jeunesse ; Péguy y fait le bilan de son expérience socialiste et dreyfusarde et note sans complaisance « Tout commence par la mystique et finit en politique » avant d’ajouter : « La mystique républicaine, c’était quand on mourait pour la République ; la politique républicaine, c’est à présent qu’on en vit.»

La vie politique actuelle donne un écho des plus particuliers et des plus pertinents à cette formule puisque chaque jour nous montre davantage à quel point bien des politiques vivent d’abord et surtout de la République, fort bien et même au-delà de tout ce qu'on peut imaginer car la politique garde jalousement ses secrets et ceux-là plus que les autres.

J'ai entendu hier un peu par hasard un psychiatre porter au compte du « narcissisme » l'attitude de notre éphémère secrétaire d’Etat  démissionné pour omissions fiscales et patrimoniales dont la carrière a été, semble-t-il, une des plus brèves de notre histoire politique. Même s'il représente sans doute (du moins l’espère-t-on) un cas limite où le narcissisme se double clairement de sottise puisqu'il aurait pu avoir au moins la prudence élémentaire de refuser le poste qu'on lui proposait dans les conditions où il allait l'exercer et avec le passé qui était le sien, cette affaire est, somme toute, d'une grande banalité.

Il suffit (et ça m'est arrivé autrefois, fort peu heureusement) de voir d'un peu près un ministre et sa cour pour comprendre qu'il faut une singulière force de caractère pour résister aux flagorneries dont on l’entoure comme aux constants privilèges qu’on lui accorde avant même qu’il les demande. Un ministre est, en effet, sans cesse entouré par des courtisans qui cherchent tous à se dépasser les uns les autres dans la complaisance et la flatterie. Il faut toute la force de caractère d'un Charles De Gaulle pour y résister et j'évoque d'autant plus le personnage ici même que le Général était un grand admirateur et lecteur de Charles Péguy ce qui n'a évidemment rien d'étonnant.

Les esprits les plus raisonnables ne résistent pas très longtemps à ce genre d'influences funestes. Il faut sans doute déjà un certain amour de soi pour juger que l'on entraînera derrière soi les suffrages ; le fait d'être élu voire d’accéder ensuite des postes de décision et de pouvoir doit quasi inévitablement pousser jusqu'au délire la pente du narcissisme.

 C'est d'autant plus vrai que, selon une troisième formule que j'affectionne particulièrement et dont j'ai pu souvent vérifier par expérience la pertinence : « Le pouvoir rend fou et le pouvoir absolu rend absolument fou ! »

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