De l'arabe, des Arabes et des arabes,
Il est tout de même ahurissant de lire, même dans nos médias les plus distingués (c'est de Mediapart que je veux parler), des propos où la surdité le dispute à l'ignorance ! Ce n'est pas la première fois que je suis en désaccord sur ces questions avec l'historien spécialiste de l'éducation qu'est Claude Lelièvre qui revient sur la question de l'arabe et de son enseignement dans un blog du 18 septembre 2018 intitulé « L'arabe : Blanquer se mettrait-il dans les pas de Najat Vallaud- Belkacem?).
Je vous en rappelle le début :
« Le ministre de l'Education nationale a déclaré ce lundi sur BFMTV que "l'arabe est une très grande langue littéraire et qui doit être apprise; pas seulement par les personnes qui sont d'origine maghrébine ou de pays de langue arabe".
Il répondait ainsi à [ Jean ] Jacques Bourdin qui lui avait demandé si l'arabe allait être enseigné dès le CP pour mieux encadrer sa pratique comme le préconise notamment le rapport que l'Institut Montaigne a remis dimanche dernier pour lutter contre le fondamentalisme islamiste. ».
Je n'ai pas lu le rapport de l'institut Montaigne et n'ai nulle intention d'en prendre connaissance. En effet, dans la plupart des cas, qu'il s'agisse de la députée LR Annie Génevard, qui s'était réjoui, en son temps, de la nomination de Jean-Michel Blanquer comme ministre de l'Education nationale en raison de ces différents avec Madame Najat Vallaud-Belkacem sur cette question de l'arabe ou même de Monsieur Claude Lelièvre, il est stupéfiant de constater les invraisemblables ignorances de la plupart des intervenants sur cette question.
Ces ignorances généralisées ont eu au moins l'avantage de me fournir un titre pour ce blog que d'aucuns jugeront, comme souvent, étrange et que je me sens, de ce fait même, obligé d'expliquer d'emblée. Je le rappelle donc : « De l'arabe, des Arabes et des arabes » pour le commenter.
1.« L'arabe » est "l'arabe classique", diffusé dans tous les pays arabes et qui est enseigné. C'est donc une langue prestigieuse associée à la religion et à l'écrit, c'est-à-dire à la culture littéraire, à la science et à la technologie et aux fonctions administratives. Cet arabe classique est aussi appelé "arabe coranique", "arabe moderne standard", "arabe grammatical" :
2. « des Arabes » : en français, la majuscule initiale indique qu'il s'agit là d'individus et non de langues ;
3. « des arabes », l'absence de majuscule et le pluriel indiquent que dans ce cas il s'agit de langues et non d'individus. Il existe en effet de très nombreuses variétés géographiques et dialectales de l'arabe ; même la notion d'arabe "maghrébin" n'a guère de sens car l’arabe est parlé dans ses diverses variétés dialectales (souvent peu intercompréhensibles) du Nord du Maroc à la Lybie, ses variantes étant l’arabe marocain , l’arabe tunisien (dont une variante est le judéo-tunisien), et l’arabe algérien (avec ses propres variantes : l’arabe nedromi , le dialecte djidjélien et l’arabe oranais).
Lorsque Claude Lelièvre, en bon historien de l'école française, nous rappelle les dates de création des diverses agrégations de langues, ce détail historique n'a guère de sens et il peut induire en erreur des lecteurs mal informés : « L'agrégation d'arabe a été instituée en France dès 1907. Après certes celles d'allemand et d'anglais en 1849, puis celles d'espagnol et d'italien en 1900. Mais avant celles de russe en 1947, de portugais en 1973, d'hébreu moderne en 1977, de polonais en 1978, de japonais en 1984, et de chinois tout récemment. ». En effet les agrégations de langue sont celles des langues officielles et non de variétés régionales. Le chinois de l'agrégation est le chinois classique et non le cantonnais, même si cette variété régionale est parlée par de nombreux expatriés chinois.
Claude Lelièvre, dans ce même texte, fait allusion à un rapport rédigé à l'intention du ministre par un collectif composé d'enseignants, d'intervenants socio-éducatifs, de responsables d'associations et de membres de l'inspection générale réunis autour de Jacques Berque (professeur au Collège de France et spécialiste de l'Islam) qui proposait d'intégrer les cultures d'origine rebaptisées « cultures d'apport » dans les objectifs de formation de tous les élèves et de leurs enseignants, une mise en commun permises par « une ancienne tradition humaniste » et la « dimension méridionale » de la culture française. Malédiction ! Sur de telles questions , la dernière chose à faire est d'interroger un vrai spécialiste de l'arabe comme de l'islam, car ce dernier, au demeurant parfaitement informé, ne pourra imaginer que les gens qui s'expriment à ce sujet l'ignorent si complètement.
Le tout récent rapport de l'Institut Montaigne dont on fait grand cas, m'a fourni suite à une lecture très cursive, deux illustrations de ce que j'avance ici : je le cite « Le monde arabe est l’ensemble régional le moins intégré du monde en matière commerciale, mais le plus cohérent en matière culturelle, linguistique [souligné par moi] et religieuse.
[...]
( p. 40) L’Institut Montaigne a réalisé en 2016 une grande enquête sur les musulmans de France afin de pallier la méconnaissance de cette communauté, avec l’Ifop, sans la restreindre aux personnes immigrées ou issues de l’immigration. ».
Comme on ne saurait supposer que l'auteur de ce rapport (ancien « cloutard » et agrégé de géographie) ignore le sens exact du verbe "pallier" (Littré : "Couvrir d'un déguisement, d'une excuse comme d'un manteau".), force est de considérer qu'une « grande enquête sur les musulmans de France » ne doit, en aucun cas « pallier la méconnaissance de cette communauté », mais au contraire la faire disparaître en mettant en évidence ses véritables caractéristiques (linguistiques en la circonstance).
Comme j'ai déjà écrit des blogs sur ces sujets et que je n'ai pas changé de sentiments à leur propos, je céderai à la facilité, d'en reprendre des parties, fût-ce avec quelques aménagements de détail.
(La suite demain)
De l'arabe, des Arabes et des arabes,
Il est tout de même ahurissant de lire, même dans nos médias les plus distingués (c'est de Mediapart que je veux parler), des propos où la surdité le dispute à l'ignorance ! Ce n'est pas la première fois que je suis en désaccord sur ces questions avec l'historien spécialiste de l'éducation qu'est Claude Lelièvre qui revient sur la question de l'arabe et de son enseignement dans un blog du 18 septembre 2018 intitulé « L'arabe : Blanquer se mettrait-il dans les pas de Najat Vallaud- Belkacem?).
Je vous en rappelle le début :
« Le ministre de l'Education nationale a déclaré ce lundi sur BFMTV que "l'arabe est une très grande langue littéraire et qui doit être apprise; pas seulement par les personnes qui sont d'origine maghrébine ou de pays de langue arabe".
Il répondait ainsi à [ Jean ] Jacques Bourdin qui lui avait demandé si l'arabe allait être enseigné dès le CP pour mieux encadrer sa pratique comme le préconise notamment le rapport que l'Institut Montaigne a remis dimanche dernier pour lutter contre le fondamentalisme islamiste. ».
Je n'ai pas lu le rapport de l'institut Montaigne et n'ai nulle intention d'en prendre connaissance. En effet, dans la plupart des cas, qu'il s'agisse de la députée LR Annie Génevard, qui s'était réjoui, en son temps, de la nomination de Jean-Michel Blanquer comme ministre de l'Education nationale en raison de ces différents avec Madame Najat Vallaud-Belkacem sur cette question de l'arabe ou même de Monsieur Claude Lelièvre, il est stupéfiant de constater les invraisemblables ignorances de la plupart des intervenants sur cette question.
Ces ignorances généralisées ont eu au moins l'avantage de me fournir un titre pour ce blog que d'aucuns jugeront, comme souvent, étrange et que je me sens, de ce fait même, obligé d'expliquer d'emblée. Je le rappelle donc : « De l'arabe, des Arabes et des arabes » pour le commenter.
- « L'arabe » est "l'arabe classique", diffusé dans tous les pays arabes et qui est enseigné. C'est donc une langue prestigieuse associée à la religion et à l'écrit, c'est-à-dire à la culture littéraire, à la science et à la technologie et aux fonctions administratives. Cet arabe classique est aussi appelé "arabe coranique", "arabe moderne standard", "arabe grammatical" ;
- « des Arabes » : en français, la majuscule initiale indique qu'il s'agit là d'individus et non de langues ;
- «des arabes », l'absence de majuscule et le pluriel indiquent que dans ce cas il s'agit de langues et non d'individus. Il existe en effet de très nombreuses variétés géographiques et dialectales de l'arabe ; même la notion d'arabe "maghrébin" n'a guère de sens car l’arabe est parlé dans ses diverses variétés dialectales (souvent peu intercompréhensibles) du Nord du Maroc à la Lybie, ses variantes étant l’arabe marocain , l’arabe tunisien (dont une variante est le judéo-tunisien), et l’arabe algérien (avec ses propres variantes : l’arabe nedromi , le dialecte djidjélien et l’arabe oranais).
Lorsque Claude Lelièvre, en bon historien de l'école française, nous rappelle les dates de création des diverses agrégations de langues, ce détail historique n'a guère de sens et il peut induire en erreur des lecteurs mal informés : « L'agrégation d'arabe a été instituée en France dès 1907. Après certes celles d'allemand et d'anglais en 1849, puis celles d'espagnol et d'italien en 1900. Mais avant celles de russe en 1947, de portugais en 1973, d'hébreu moderne en 1977, de polonais en 1978, de japonais en 1984, et de chinois tout récemment. ». En effet les agrégations de langue sont celles des langues officielles et non de variétés régionales. Le chinois de l'agrégation est le chinois classique et non le cantonnais, même si cette variété régionale est parlée par de nombreux expatriés chinois.
Claude Lelièvre, dans ce même texte, fait allusion à un rapport rédigé à l'intention du ministre par un collectif composé d'enseignants, d'intervenants socio-éducatifs, de responsables d'associations et de membres de l'inspection générale réunis autour de Jacques Berque (professeur au Collège de France et spécialiste de l'Islam) qui proposait d'intégrer les cultures d'origine rebaptisées « cultures d'apport » dans les objectifs de formation de tous les élèves et de leurs enseignants, une mise en commun permises par « une ancienne tradition humaniste » et la « dimension méridionale » de la culture française. Malédiction ! Sur de telles questions , la dernière chose à faire est d'interroger un vrai spécialiste de l'arabe comme de l'islam, car ce dernier, au demeurant parfaitement informé, ne pourra imaginer que les gens qui s'expriment à ce sujet l'ignorent si complètement.
Le tout récent rapport de l'institut Montaigne dont on fait grand cas, m'a fourni suite à une lecture très cursive, deux illustrations de ce que j'avance ici : je le cite
« Le monde arabe est l’ensemble régional le moins intégré du monde en matière commerciale, mais le plus cohérent en matière culturelle, linguistique [souligné par moi] et religieuse.
[...]
( p. 40) L’Institut Montaigne a réalisé en 2016 une grande enquête sur les musulmans de France afin de pallier la méconnaissance de cette communauté, avec l’Ifop, sans la restreindre aux personnes immigrées ou issues de l’immigration. ».
Comme on ne saurait supposer que l'auteur de ce rapport (ancien « cloutard » et agrégé de géographie) ignore le sens exact du verbe "pallier" (Littré : "Couvrir d'un déguisement, d'une excuse comme d'un manteau".), force est de considérer qu'une « grande enquête sur les musulmans de France » ne doit, en aucun cas « pallier la méconnaissance de cette communauté », mais au contraire la faire disparaître en mettant en évidence ses véritables caractéristiques (linguistiques en la circonstance).
Comme j'ai déjà écrit des blogs sur ces sujets et que je n'ai pas changé de sentiments à leur propos, je céderai à la facilité, d'en reprendre des parties, fût-ce avec quelques aménagements de détail.
(La suite demain)