Cher Expat.
Comment vous dire le plaisir que j'ai eu à retrouver les commentaires et les débats, éclairés, mesurés et informés, du Blog des internautes du Nouvel Obs.com après les vitupérations et les invectives qui sont trop souvent l'ordinaire de Mediapart quand Anastasie n'y a pas porté ses ciseaux vigilants ? Vous m'avez adressé plusieurs commentaires ; tous sont intéressants sur des plans divers ; les uns, sur le sujet général que j'avais traité (« les experts !? ») ; d'autres, plus personnels, sur lesquels je me montrerai plus discret tout en vous répondant néanmoins.
Réglons d'abord le problème des « experts », militaires en particulier, car votre contribution est décisive sur ce point (je précise, pour éclairer le lecteur, que vous êtes vous-même un ancien militaire de grade élevé, sans en dire plus pour ne pas trahir votre anonymat) ; vous nous apportez en effet une information, décisive à mes yeux, sur le cas de Pierre Servent qui occupe abusivement nos écrans en tant que spécialiste universel de tout ce qui peut avoir un rapport très lointain avec la chose militaire et la géostratégie. Je me bornerai ici à vous citer :
« 15 juin 2014
Mon cher Usbek [C’est là mon pseudo dans certains de mes blogs intitulés « Nouvelles persaneries »], je ne voudrais pas vous décevoir, mais Pierre Servent n'a jamais été militaire d'active. Il a juste un grade dans la réserve qu'il a acquis je ne sais trop comment, mais pas en tant qu'officier d'active retraité. Les militaires qui ont une expertise à vendre vous aurez davantage de chances de les rencontrer dans des officines comme Geos que sur les plateaux télé. D'ailleurs ça paie beaucoup mieux. Servent est d'abord un journaliste qui a ses entrées au ministère, et qu'on peut donc soupçonner de porter une certaine parole. C'est un peu un Merchet ou un Guisnel qui se servirait d'un grade dans le réserve pour s'autoproclamer expert dans les questions de défense et en géostratégie. Les deux autres restent à un niveau bien plus crédible. »
Dois-je vous redire, cher Expat, le plaisir, à vrai dire un peu sadique, que j'ai pris à voir enfin démasqué ce personnage qui encombre sans cesse de sa suffisance pseudo-guerrière nos écrans et nos micros. Encore merci de cette information !
Je dois dire, et là j'exprime des points de vue plus personnels, que je me suis amusé à nouveau, comme il m’arrivait de le faire autrefois lorsque nous échangions, plus fréquemment, sur le blog du Nouvel Observateur, à vous titiller (car curieusement j’ai alors, contre tout bon sens et Dieu seul sait pourquoi, pensé à vous !) par quelques pointes sur la chose militaire à laquelle je vous sais, fort légitimement et fort honorablement d'ailleurs, attaché par votre passé.
C'est là le point qui nous sépare, car sans être un vrai antimilitariste, quelque diable me pousse néanmoins de ce côté, quoique ou parce qu’étant « deuxième classe de réserve de l'infanterie de marine », où je n'ai pas réussi à me pousser jusqu'à la première classe !) Du moins un peu rétif à la chose militaire, bien antérieurement d'ailleurs à l'accomplissement de mon service militaire lui-même. Je dois dire que la fin de la Guerre froide et de l'Union soviétique m’ont renforcé dans la conviction que, contrairement à ce que j'entendais dire par l'un de nos généraux récemment à la télévision, je ne distingue pas de menace précise d'envahissement de notre territoire national par quelque puissance que ce soit, même si sont proches de nos frontières Monaco et la principauté d'Andorre !
Ce que je reproche surtout à notre armée est sa gestion et c’est là, je crois, un reproche partagé par nombre de militaires. Comme trop souvent, nous maintenons une structure depuis longtemps dépassée, au lieu d'avoir une force militaire adaptée moins aux menaces éventuelles que surtout aux besoins qui sont ceux de notre pays ou plutôt aux modes d'intervention auquel nous sommes appelés. Nous inventons plus ou moins les drones mais nous n’en avons pas ! Toutes nos interventions récentes montrent aussi que si nous avons des avions remarquables dont personne ne veut (saut Mr. Dassault !) et des forces qui peuvent intervenir efficacement sur le terrain, nous somment totalement incapables de les y transporter faute d'avions gros-porteurs que nous ne fabriquons pas en revanche et que sommes obligés de louer à grands frais aux Américains ou aux Russes.
La force nucléaire, fort coûteuse, a sans doute été utile en son temps et considérée comme telle par le général De Gaulle (que je considère comme le plus grand voire le seul de nos vrais hommes d’Etat du siècle) ; elle est sans doute désormais désuète et dépassée techniquement, car nous sommes probablement hors de mesure de faire dans ce domaine les investissements technologiques et scientifiques qui seraient probablement indispensables si l’on entend la garder !
Je vais citer ici vos commentaires qui s'insèrent dans cette problématique.
«15 juin 2014 16:59
Par ailleurs quand vous parlez de l'influence des militaires sur le pouvoir politique et je cite cette phrase d'anthologie "les militaires s'en foutent pas mal car les Présidents de la République passent, tandis que la Grande Muette et ses intérêts demeurent et prospèrent(dommage que je ne puisse pas souligner ce dernier mot [ je le fais pour vous !]), même sous la Gauche" (j'ai viré Servent car hors sujet), j'ai quand même un peu de mal à vous suivre. Vous qui fûtes et êtes peut-être toujours un membre éminent de notre système éducatif, ne pensez-vous pas qu'à l'aune de l'évolution des budgets et des effectifs, on pourrait considérer que les membres de l'EN ont davantage d'influence sur les politiques que les militaires. Par ailleurs quand vous écrivez que les militaires se disputent les opérations, il y aurait tout lieu de s'en réjouir (je mets le conditionnel parce que ce n'est pas toujours vrai) car c'est quand même, il faut du moins l'espérer, le but de leur présence sous l'uniforme. De même qu'on est en droit d'espérer qu'un prof ait envie d'enseigner.".
Vous me mouchez si gentiment que je pense inutile de vous répondre, en particulier sur la question du budget, même si je crois me souvenir que, si il y a 40 ou 50 ans, le traitement d'un agrégé de nos lycées correspondait à peu près à celui d'un colonel de notre armée, mais que les choses ont beaucoup changé depuis et pas dans un sens favorable pour les membres du corps enseignant !
Mais passons et laissons de côté la question du budget au profit de celle de la politique. Je crois que celle qui est conduite dans nos armées n'est par meilleure que celle de la gestion de notre système éducatif ; les résultats le prouvent dans un domaine comme dans l'autre, même s'ils sont fort différents. J'ai écrit sur notre école un petit livre critique que je serais heureux de vous envoyer (il est tout récent puisque paru en 2014) et je pense que vous pourriez tout aussi bien en écrire un de la même veine sur notre armée.
Je vais conclure car je reste attaché au blog comme une forme d'expression brève et là encore je vous donnerai la parole car nos échanges ont été nombreux pour ce week-end de la Fête des Pères :
« 15 juin 2014, 21:58
Je vais vous rapporter ce qu'un des mes amis, officier également, avait l'habitude de dire « Il y a deux types d'antimilitaristes, les civils mais qui ne sont pas dangereux parce qu'ils ne savent pas, et les militaires, bien plus dangereux parce qu'ils savent". Mais merci quand même de penser à moi quand vous écrivez des vacheries sur l'armée. Amitiés.
15 juin 2014 22:13
Au fait j'ai posté une vidéo de Lugan sur l'Afrique qui devrait vous intéresser et qui en tout cas est assez en phase avec vos propos habituels au moins sur le Mali.15 juin 2014, 22 :16 »