Ingrid Betancourt et Sarkozy : bête de scène ou bête à Bon Dieu ?

 Voilà déjà cinq ans qu'Ingrid Betancourt a été libérée par les FARC et on pouvait s'en croire débarrassé à jamais. Hélas non !

Ingrid, qui a divorcé dès 2009 (sans avoir jamais reparlé à son mari après sa libération !) est désormais très mal vue en Colombie pour avoir demandé à son pays 15 milliards de pesos en dédommagement de son enlèvement, dont les circonstances demeurent contestées (notre Nanard est un enfant de choeur à côté d'Ingrid, mais elle, elle s'est fait jeter, sans arbitrage favorable elle !). Vivant désormais à Londres, pour tenter de profiter du cinquième anniversaire de sa libération et donner un coup de main à son libérateur, elle n'a pas manqué de franchir le Channel pour venir faire une tournée promotionnelle sur les scènes médiatiques françaises ; elle espère sans doute ainsi ranimer un peu l'intérêt qu'on lui porte et justifier une réévaluation des tarifs de ses prestations.

Je me souviens qu'en 2009, j'avais quelque peu déplu à certain(e)s dans le blog que je faisais déjà, en ne participant pas avec assez de chaleur et d'émotion à la célébration de la libération d'Ingrid Betancourt.

J'en avais souligné la part de mystère, car celle qu'on avait montrée, au moment même de sa libération, sous le jour le plus sinistre, malade, amaigrie et dépressive, nous était apparue soudain en pleine forme physique et morale, passant en 24 heures de son enchaînement dans la jungle aux feux des projecteurs. On n'a jamais su quand avait eu lieu l'opération cosmétique.

Sont-ce les soins attentifs de son compagnon d'infortune (l'infirmier auquel elle a rendu hommage) ou sous l'effet d'un miracle comme elle le répétait alors? A l'époque, Ingrid se signait, à tout propos, comme un footballeur sud-américain ? Le fait-elle encore, faute de l'avoir vue, je n'en sais rien. Elle voyait en Dieu le premier de ces libérateurs miraculeux, juste avant le président Sarkozy qui, désormais, a doublé Dieu lui-même et est passé en première place. Dans sa tournée médiatico-politique en France, elle ne cesse de répéter qu'il est l'homme qu'il faut à la France) et cette promotion médiatique coïncide, toujours par miracle vous l'aurez noté, avec la réapparition publique de Sarkozy ! Petit renvoi d'ascenseur, non ?

J'avais été alors tout aussi réservé sur les conditions réelles de sa libération, en espérant que nous-autres Français n'avions pas été les seuls à mettre la main à la poche (les avions spéciaux plus la rançon qu'avait seule évoquée à l'époque la vilaine presse suisse). On aurait pu, au moins, partager les frais, puisqu'il y avait, entre autres, trois otages américains dans la même fournée libératrice ; la France, quoique fauchée, est, comme toujours et partout, grande et généreuse. J'avais aussi, comme bien d'autres, considéré que l'histoire d'infiltration des FARC était une vaste blague et que la fable de "l'infiltration" visait à "couvrir" les traîtres qui, bien entendu, n'avaient agi que contre espèces sonnantes et trébuchantes.

J'avais aussi fait remarquer, avec mon mauvais goût habituel, qu'un des membres les plus présents du comité d'accueil d'Ingrid était Florence Aubenas, autre ex otage chérie des médias, dont la libération avait tenu, elle aussi, mais dans un genre tout différent, du mystère. Dans ce dernier cas, le miracle était surtout ophtalmologique, car tous les médecins spécialisés s'étaient étonnés de voir cette journaliste affronter, sans problème ni protections la lumière du soleil, après avoir passé, à l'en croire, plus de cinq mois dans l'obscurité d'une cave. Il faut dire, et le cas n'est pas isolé, que dans le journalisme moderne, être pris comme otage est devenu assurément le meilleur moyen de promotion forte et rapide.

Mais Ingrid est aussi une bête de scène ; elle trouve toujours le bon geste et la bonne parole au bon moment, même si parfois elle "charge" un peu, comme elle l'avait fait alors, en prenant par exemple par la main le petit Nicolas dans un "remake" comique de la fameuse photo de Mitterrand et de Kohl, main dans la main, comme sur le chemin de l'école. Elle a réponse à tout, refaisant sans cesse les mêmes gestes et répétant les mêmes mots, tout en assurant à chaque média que c'est là l'exclusivité ou le scoop du siècle. Une vraie pro de la com', je vous dis !

Lors de sa libération, elle faisait déjà punaise de sacristie, alternant toutefois les déclarations d'amour à Dieu et au Président Sarkozy et sautant, sans problème et à pieds joints, de l'un de l'autre. Il faut dire qu'elle espérait à l'époque le prix Nobel de la paix et qu'on en était déjà à négocier le tarif de ses prestations. Un projet de film, conçu alors a été différé sine diem (« Ingrid chez les Ch’tis » ou « Bienvenue chez les FARC » ?)

Il faut dire et c'est là l'origine même de ce billet que j'ai découvert grâce à Yann Barthès et son "Petit Journal" sur Canal+ (sans doute en redif., vu la saison, car "Summer Closed"), il y a deux ou trois jours, que tout nos conférenciers à 25.000 ou 250.000$ figurent, en fait, dans une sorte de catalogue de la Redoute des conférences de "has beens" politiques, people ou autres, avec photos, tarifs et conditions à l'appui. Je n'ai pas pu trouver la référence de cet excellent catalogue car j'aurais aimé à le feuilleter puisque, dans la brève présentation qu'en a faite Yann Barthès, on a pu voir les binettes d'Hillary Clinton et ... d'Ingrid Betancourt 

Cet ouvrage est extrêmement précis et détaillé ; vous pouvez y commander une conférence de Machin ou de Truc comme une paire de godasses ou un slip kangourou aux Trois Suisses. Rien n'y est omis. On vous donne les tarifs de l'intéressé(e), les prestations qui conditionnent sa venue (y compris la classe aérienne, pas pour elle ou lui, car le jet privé est sans doute recommandé, mais pour ses accompagnateurs), l'hôtel exigé et la qualité de la suite, le nombre des accompagnants, etc. Évidemment, les tarifs de Madame Clinton (comme ceux de Monsieur Sarkozy) ne sont pas ceux de la pauvre Ingrid Betancourt. À son sujet, on ne murmure que le modeste chiffre de 25 000 $ pour une conférence ; une misère pour une sainte miraculée, avec retour garanti sur investissement car Dieu vous le rendra, comme convenu, au centuple!

Toutefois, l'autre jour, dans les "Grandes Gueules" de RMC, où elle était, Ingrid a fini par avouer qu'elle vivait et finançait ses études (un doctorat en théologie à Oxford s'il vous plait) avec le seul profit qu'elle tire de ses conférences.

La "bête à Bon Dieu" (nom populaire de la coccinelle) portera-t-elle chance à son candidat déclaré ? En tout cas, ce n'est pas, comme dans mon titre "Ingrid, bête de scène ou bête à Bon Dieu" mais plutôt, vu ses récentes prestations médiatiques, "Ingrid bête à Bon Dieu de scène" ! Qu'est-ce qu'on dit Monsieur Sarkozy ?

 

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