Oscar Wilde et l'université (suite et fin)

Oscar Wilde et l'université (suite et fin)

 

Me voilà puni par où j'ai péché et contraint de garder, pour la deuxième partie de ce blog, le titre insolite que j'avais donné à la première et qui tenait surtout à la figure de Monsieur Thierry Coulhon qui y avait la place centrale. Il reste toutefois présent dans cette seconde partie puisqu'il est le véritable père de la loi Pécresse (dite loi LRU) qui serait mieux nommée « Loi Couillon » car c'est effectivement  là l'état vers lequel elle a fait tendre en douce notre université. 

J'en viens donc au vrai sujet : l'article paru le 14 mai 2018 dans Mediapart et intitulé «Universités : non à l'éviction politique des professeurs non-titulaires ! ». Mon propos concerne un point de détail qui tient seulement au problème des « professeurs non-titulaires » dont la place et le rôle sont dénoncés par l'auteur de ce texte. Un très bref extrait suffit à faire connaître l'aspect dont je souhaite traiter : « En raison des réformes universitaires depuis plus de dix ans, plus d'un tiers déjà des professeur.e.s à l'université sont "non-titulaires" c'est à dire précaires aux statuts variables (vacataires, doctorant.e.s-contractuel.le.s, ATER...). Plus jeunes, politiquement moins soumis.e.s que les statutaires, plus proches des étudiant.e.s mais connaissant mieux la complexité interne de fonctionnement des universités, leur rôle dans ce mouvement de 2018 est considérable : elles/ils sont la charnière entre le monde des étudiant.e.s et celui des professeur.e.s. ». 

L'augmentation récent et considérable du pourcentage, parmi les "enseignants" d'université( dans le monde universitaire "enseignant", à la différence des médias où tout "enseignant à l'ENA" est "professeur à l'ENA"  dans la mesure où il y a fait une heure de cours dans sa vie!), des personnels non-titulaires tient, pour une bonne part, à la loi Pécresse-Coulhon (le second ayant très largement inspiré cette loi à la première qui ne connaissait pas grand-chose au fonctionnement universitaire). Il faut reconnaître aussi que l'élaboration de cette loi s'est largement faite avec la complicité des présidents d'université eux-mêmes que l'on n'a guère entendu protester contre ce texte dans la mesure où il leur accordait plusieurs de leurs revendications majeures formulées par la CPU ; je ne citerai que la possibilité d'être réélu et la mainmise totale sur les nominations d'enseignants titulaires, du fait de la disparition des commissions de spécialité auparavant souveraines ou presque en la matière.

Il est un peu étonnant de voir un enseignant titulaire (maître de conférences et non professeur titulaire, même s'il semble ignorer l'existence d'une telle distinction) s'étonner de ce que les vacataires soient tenus à l'écart de « délibérations internes » et qu'on procède, sur certaines questions, « à des consultations limitées aux professeur.e.s titulaires ("Professeurs des Universités" et "Maîtres de Conférences") alors que ce périmètre de consultation est sans fondement juridique et sans légitimité particulière ». Ah bon ? C'est nouveau et ça vient de sortir !

La suite est tout aussi étonnante et on lit avec une certaine stupeur : « Les professeur.e.s non-titulaires sont le plus souvent enseignant.e.s & chercheurs et font le même travail que les titulaires voire beaucoup plus si l'on pense aux multiples cas d'exploitations implicites de la force de travail des précaires pour les surveillances et corrections d'examens, le tout en étant moins payé.e.s et souvent avec des délais de paiement scandaleux. »

La seule originalité de ses développements tient au choix quelque peu démagogique du système  orthographique que l'auteur doit juger susceptible de lui attirer l'approbation des enseignantes qui sont de plus en plus nombreuses bien entendu dans le personnel titulaire ou vacataire.

Si les présidents d'université ont été si massivement favorables à la loi LRU, c'est bien entendu (je n'y reviens pas) car, sur le plan personnel,  elle leur permettait deux mandats successifs (le rêve de tous ceux qui veulent finir recteurs ou "conseillers", mais aussi, sur le plan universitaire cette fois, elle leur donnait la haute main sur toutes les nominations d'enseignants titulaires (en supprimant le choix préalable précédemment fait par les commissions de spécialités) et, sur le plan financier et budgétaire, elle permettait des recrutements massifs de vacataires (puisque le "gel" des crédits d'un poste de titulaire permet de recruter plusieurs vacataires dont le coût est moindre comme Monsieur Jérôme Valluy l'a noté dans une toute autre intention au cours de son article : "à Paris 1, cette année 36 % des postes vacants d’enseignants-chercheurs ont été gelés" (Qui a pris une telle décision ?).

Tout le monde y trouvait  donc son compte, des présidents d'université qui désormais pouvaient à leur guise faire leur marché des enseignants vacataires au ministère de l'Enseignement supérieur qui pouvait se flatter de voir croître gratuitement les taux d'encadrement. Qui s'intéressait en revanche au sort même de ces vacataires ou « chargés de cours » (car bien entendu ils enseignent comme des titulaires) comme à celui des étudiants eux-mêmes, car (mais on peut espérer que ces cas sont rares) rien ne garantit (par définition) que ces vacataires, surgis de nulle part, ont les compétences et l'expérience indispensables dans cette nouvelle fonction ? 

«Pour attirer l'attention sur ce problème, j'ai choisi de publier ici la motion d'assemblée générale que je considère - comme beaucoup d'autres collègues - être la meilleur motion d'AG depuis le début de ce mouvement universitaire. Il s'agit de celle de mes collègues professeur.e.s non-titulaires de l'UFR-09 d'histoire de Paris 1 : elles/ils y font montre d'une intelligence, d'une sagesse et d'un courage qui forcent l'admiration. ». 

Le premier paragraphe du texte en cause qui se veut « un texte d’analyse et de prise de positions de l'assemblée générale des enseignants non titulaires de l'UFR 09 réunie le 11 mai » et qui vise à préparer "une assemblée générale ultérieure de tous les enseignants de l'UFR" me paraît quelque peu étrange. Il l'est non pas par la perspective d'associer les enseignants non-titulaires aux réflexions sur "les modalités d'évaluations des étudiants et les réformes actuelles de l’université", (ils le sont souvent en fait dans les limites de la loi) ,mais par la menace finale : « Dans le cas contraire, nous nous réservons le droit de ne pas participer aux examens », la grève des examens et plus généralement encore la grève elle-même n'étant guère envisageable pour des personnels vacataires !

En réalité, le but poursuivi est tout autre et le jeu réel est mal caché !

Il s'agit bien plutôt de tenter de faire grossir les rangs, très clairsemés, des enseignants d'universités manifestant leur hostilité à "la loi ORE et à Parcoursup" car les prétendus "blocages" des universités par des bandes de Black Blocks, de vandales et de voleurs cagoulés et masqués qui, pour la plupart, y mettent les pieds pour la première fois comme le note, aujourd'hui même, la Présidente de l'université de Rennes, ne font pas recette ! Cette loi sur "l’orientation et la réussite des étudiants" (ORE), qui modifie les modalités d’accès à l’université, est accusée d’instaurer une sélection à l’entrée de ces établissements de plus en plus surpeuplés !

Sur le principe ce n'est sans doute pas faux mais, réfléchissons un instant, après avoir pratiquement supprimé, successivement, les deux parties du baccalauréat d'antan et l'année dite de "propédeutique" (qui fut au terme de la plupart des premières années d'université ) comment faire entrer tous les bacheliers à l'université sans faire exploser nombre de filières et y enregistrer, dans les premières années, des taux d'échecs qui correspondent EXACTEMENT aux pourcentages qu'on avait, au bout de trois ans d'université, à l'époque où s'opérait une sélection préalable de "fait" par les jeux successifs et combinés du bac réel ( et non d'un bac à 95% de réussite) et de la "propé" !

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