Moussa ou Missié ?

Moussa ou Missié ? 

 

"L'Emission politique" de Léa Salamé ( ce jeudi 19 octobre 2017 sur France 2) qui se voulait un choc de titans, ne fut qu'un combat de nains ! Marine Le Pen qui espérait faire sa rentrée dans le cœur des Français après son piteux débat avec Emmanuel Macron, la joua certes modeste, reconnaissant d'entrée (mais comment faire autrement ?) "J'ai raté un rendez-vous important avec les Français" !

Il faut dire que les contradicteurs potentiels de notre Marine nationale (qui ne vaut guère mieux que l'autre !) Laurent Wauquiez, Bruno Le Maire, Manuel Valls et..., se sont successivement récusés ou dégonflés (comme  vous voudrez) ce qui a conduit la pauvre Madame Salamé à se rabattre sur l'obscur Gérald Darmanin, dont le seul avantage est d'avoir été député de la 10e circonscription du Nord et maire de Tourcoing, donc d'être une figure politique majeure du terrain même de Marine Le Pen ! 

Lors de ce débat, G.Darmanin a lancé à Marine Le Pen, pour tenter de se hisser dans la cour des grands, une pointe  qu'il avait soigneusement préparée de toute évidence et qui lui a apporté un de ses rares instants de succès dans le public : “Je vous pose des questions. Quand Madame Salamé m'invitera, peut-être un jour dans son émission, vous ou monsieur Wauquiez me poserez des questions, y'aura aucun problème”. Rires dans le petit rire complice dans le groupe des quelques amis invités !

L'intérêt du prétendu débat a été tout aussi mince, Léa Salamé se montrant incapable de le diriger avec une fermeté suffisante et les participants ne respectant en rien les consignes qu'elle s'efforçait d'établir. Les seuls passages à peu près audibles étaient ceux où s'exprimaient des intervenants qui voulaient faire leur petit discours sans se préoccuper le moins du monde de ce que pouvait répondre Madame Le Pen . Ce fut le cas de "l'urgentiste" qui voulait nous parler vaccins comme de l'islamologue dont le discours fut des plus  obscurs et de toute évidence hors sujet !

L'intégration de la communauté musulmane aurait pourtant pu être un sujet intéressant et même brûlant, compte tenu de l'histoire personnelle de Monsieur Gérald Moussa Darmanin dont le patronyme complet (le soulignement est de moi !) parle de lui-même !

Notre ministre de l'Action et des Comptes publics est en effet certes le fils de Gérard Darmanin, tenancier de bar à Valenciennes, mais aussi d'Annie Ouakid, femme de ménage (ou concierge) à la Banque de France. Son grand-père paternel est un juif maltais  et son grand-père maternel, Moussa Ouakid un ancien tirailleur algérien (adjudant-chef dans l'armée française décoré de la Médaille militaire) et plus ou moins harki pour finir. On pourrait penser qu'il y avait déjà là  de quoi faire rêver et discourir Madame Le Pen, surtout si l'on ajoute que le jeune Gérald Moussa a fait ses études secondaires au lycée des Francs-Bourgeois dont il me faut dire quelques mots pour d'éventuels lecteurs éloignés.

 

Le lycée des Francs-Bourgeois est un établissement privé lasallien situé à Paris au coeur du Marais, fondé en 1843 par les Frères des Ecoles chrétiennes au 26 de la rue des Francs-Bourgeois. En 1870, tout en conservant son nom d’école des Francs-Bourgeois l'établissement  emménage dans l'Hôtel de Mayenne au 21, rue Saint-Antoine. À la fin du XIXe siècle, le marquis du Bourg de Bozas devient propriétaire de l’hôtel de Mayenne par son mariage. L’hôtel de Mayenne sera acheté en 1971 aux consorts Du Bourg de Bozas par l'"Association d’Éducation Populaire" (Défense de rire !), ce qui garantit à l’école son maintien rue St Antoine et lui permet de poursuivre sa mission dans la tradition lasallienne.

En 2015, le collège des Francs-Bourgeois se classe 6e sur 172 collèges au taux de réussite au brevet (97,64 %) au niveau départemental avec 254 inscrits. En 2016, ce lycée se classe 1er sur 110 lycées au niveau départemental et 13e sur 2 277 au niveau national, avec dans les deux cas 100 % de réussite au baccalauréat/ Ces détails me semblent illustrer assez bien la "classe" et la nature de cet établissement  

Le parcours politique de Gérald Darmanin est tout aussi curieux et significatif que son cursus scolaire !. Assistant parlementaire de Jacques Toubon au Parlement européen au cours de son année d'études à l'étranger (il a fait Sciences-po à Lille et cette solution ne manque donc pas d'avantages de tous ordres !), il fait un aller-retour entre l'UMP et le RPR en 2003,  avant de rejoindre Christian Vanneste dans le Nord et « la zone grise à la lisière de la droite et de l'extrême droite ». Poursuivi pour "complicité de provocation à la haine envers les homosexuels", Ch. Vanneste est relaxé, en avril 2014, après avoir nié la déportation des homosexuels en France durant la Seconde Guerre mondiale. Cet ancien député UMP avait alors accusé le "lobby homosexuel" d'être responsable de sa "quasi-exclusion de la vie politique". Peu  soucieux de se voir rappeler sa proximité et ses liens avec l'ancien député, G.M. Darmanin est toutefois élu député en 2012 dans la dixième circonscription du Nord et est alors de ce fait l'un des plus jeunes députés de France.

Il est toutefois également présent et actif  au plan national ; il est conseiller pour les affaires juridiques au sein de l'UMP auprès de Xavier Bertrand qui en est alors le Secrétaire général . Il a collaboré en 2008 au mensuel Politique magazine, organe de presse d’extrême droite inspiré de Charles Maurras, lié à l'Action Française et au mouvement "Restauration nationale". Proche collaborateur de David Douillet, dont il a dirigé la campagne législative en 2009, il en est  le chef de cabinet au secrétariat d'État chargé des Français de l'étranger, puis au ministère des Sports, avant d'en être nommé directeur de cabinet en avril 2012.

M. Darmanin ne fait pas mystère de ses opinions ... même s'il n'hésite guère à en changer, qu'il s'agisse du "genre", de l'homosexualité, du mariage gay ou de la pollution ! Il  est ainsi l'un des députés UMP à voter contre le "Pacte budgétaire européen", en octobre 2012. Le 6 juillet 2012, il appelle la ministre des Sports Valérie Fourneyron, à « interdire le port du voile sur les terrains de football de notre pays », en réponse à la décision prise la veille par la FIFA. Il soutient la candidature de Xavier Bertrand à la présidence de l'UMP lors du congrès d'automne 2012 dont il est le coordinateur, mais il se rallie ensuite à François Fillon, etc... ! 

On voit assez comment les désistements successifs des adversaires qu'on souhaitait opposer à Marine Le Pen ont fini par conduire à lui faire affronter, au lieu de la "grosse pointure" souhaitée un obscur "deuxième couteau", en la personne de Gérald Moussa Darmanin. Un tel choix aurait pu paraître a priori étrange, étant donnés aussi bien l'origine familiale de ce dernier (petit fils de harki) que son parcours intellectuel et politique marqué par des courants de pensée qui n'étaient parfois pas très éloignés de ceux de la famille Le Pen. Il est probable que le caractère très tardif de la désignation de Monsieur Darmanin a empêché Marine Le Pen et surtout ses conseillers d'étudier de plus près le personnage et son histoire, car il leur aurait été sans doute facile à ce moment-là de préparer quelques plaisanteries savoureuses propres à l'embarasser sur l'Algérie et l'Action, l'une et l'autre Française ! Cela aurait eu des chances d'être plus drôle que les débats insipides sur des sujets  qui leur paraissaient aussi étrangers à l'un qu'à l'autre, du taux de la taxe d'habitation à la qualité de ceux qui doivent s'en acquitter !

 

 

 

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