Migrants ? Incertitudes à propos des Africains (  suite 8 et fin)

Migrants ? Incertitudes à propos des Africains (  suite 8 et fin)

  

Faute de disposer de statistiques ethniques fiables pour la population française actuelle et les statistiques officielles minorant volontairement le pourcentage de descendants d'étrangers (ce que fait apparaître la moindre visite dans une école maternelle ou primaire), je prendrai ici comme référence majeure l'évaluation de Cris Beauchemin, (Professeur associé à l'Université de Montréal , département de démographie), "On peut estimer que deux personnes sur cinq (soit 40 % de la population vivant en France) sont issues de l’immigration sur trois générations". 

Une telle évolution coïncide à peu près, notons-le au passage (et cette remarque à son importance dans la chronologie) avec le début de la politique, absurdement funeste, de Valéry Giscard d'Estaing (1975-1976), instaurant « le regroupement familial » suivi de la politique, jugée par lui tout aussi habile aux plans démographique et financier, de l'accueil dans les mosquées de France d' imams dont le voyage et le salaire étaient financés par les émirats. J'ai écrit sur ces questions et je ne puis que renvoyer aux textes que je leur ai consacrés ( par exemple " Des migrants au regroupement familial : de VGE à Sarko !" Mediapart , 16/10/2016). 

Les tables démographiques des Nations Unies apportent un éclairage nouveau et plus fiable, sur l’évolution de la population des six pays de l’Afrique du Nord : Algérie, Égypte, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie. "Le nombre total de leurs habitants devrait passer de 158 millions à 252 millions d’habitants de 2005 à 2050. Soit une augmentation de 60 %, contre + 114 % pour l’ensemble du continent africain. Mais ce déclin par rapport à l’Afrique subsaharienne sera compensé par une plus forte présence dans le Bassin méditerranéen : les six pays pèseront davantage que les cinq pays européens du Sud (Espagne, France, Grèce, Italie, Portugal), dont la population tombera à 180 millions, contre 183 millions en 2005. 

Si le développement économique ne suit pas dans les pays du Sud, l’émigration clandestine sera autrement plus dramatique qu’elle ne l’est aujourd’hui… Les Nord-Africains regarderont davantage vers le Nord que vers l’Orient arabe, où les opportunités de travail seront moindres. Le Machrek aura, en effet, fort à faire avec une croissance démographique aussi élevée que celle de l’Afrique subsaharienne (+ 112 %)".

Je ne tiens en rien, vous le devinez aisément, à entrer dans ces querelles sur les situations africaines qui visent à  attribuer aux uns ou aux autres la responsabilité de leurs propres maux et qui conduisent les protagonistes à se traiter réciproquement de raciste ou de fasciste. Sur ce point je rejoindrai volontiers Stephen Smith quand il soutient « qu'être pour ou contre la migration n'a aucun sens » et qu'il faut s'efforcer « de dégager plusieurs scénarios possibles pour les années à venir ». Que les Africains (d'où qu'ils soient en Afrique) soient, en majeure partie ou dans quelque proportion que ce soit, responsables des maux qui affectent leur continent est ne fait guère de doute, mais est sans importance dans la perspective où je veux m'inscrire ici. Elle ne sera déterminée que par l'intérêt de la France seule, si cynique que puisse paraître un tel choix.

Dans Hérodote est paru sur La ruée vers l'Europe un article intéressant intitulé « La natalité africaine et ses conséquences » qui s'ouvre par la formule suivante " Cet essai décrit l’explosion démographique de l’Afrique subsaharienne, un phénomène d’une ampleur sans précédent dans l’Histoire humaine.". Je regrette une fois de plus qu'on confonde de cette façon l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne, puisque j'entends justement utiliser cette différence pour définir une politique française d'immigration africaine spécifique et adaptée aux seules réalités françaises. À ma courte honte, je dois même reconnaître que, devant la généralité de cette confusion, j'ai même fait l'effort insolite (sait-on jamais ?) de vérifier la signification de l'adjectif  "subsaharien" que je me permets de rappeler ci-dessous à mes illustres collègues : « L'Afrique subsaharienne est l'étendue du continent africain au sud du Sahara, séparée écologiquement des pays du nord par le climat rude du plus vaste désert chaud du monde ».

En fait, je n'ai nulle intention d'entrer dans le débat sur la comparaison entre les taux de fécondité des femmes africaines au Sud et au Nord du Sahara. Je laisse cette querelle aux démographes qui s'en régalent et à laquelle je pourrais aisément consacrer, en vain, une bonne douzaine de pages sans même aborder le mystère de la fécondité au Gabon!

Je me bornerai à m'associer au mot de Stephen Smith qui conclue à propos de cette Afrique « sans avenir » : « Il est illusoire de vouloir développer le continent si sa population doit tripler dans le prochain demi-siècle. ». Mon propos, je le répète, n'est donc en rien de chercher comment développer l'Afrique, ce qui est clairement impossible, mais seulement de voir à quelle population africaine , inévitablement vouée à la migration, la France A INTERET à ouvrir ses frontières, dans quelles proportion et à quelles conditions.

«L’émigration en masse vers l’Europe occidentale a débuté au début du XXIe siècle et tend à s’accélérer grâce à deux conditions majeures qu’analyse Stephen Smith : « La première condition est le franchissement d’un seuil de prospérité minimale par une masse critique d’Africains sur fond de persistance d’une grande inégalité de revenus entre l’Afrique et l’Europe. (…) La seconde condition majeure est l’existence de communautés diasporiques, qui constituent autant de têtes de pont sur l’autre rive de la Méditerranée. La présence de parents diminue grandement l’incertitude et le coût d’installation pour les migrants, qui bénéficient de leur accueil, aide à l’orientation » (S.  Smith, page 143).

Si l'on prend en compte ce que Stephen Smith nomme « les communautés diasporiques », on peut penser que les Africains du Nord sont la communauté africaine la mieux placée à cet égard, si l'on en juge par le statut social et par l'étendue de la communauté déjà immigrée ; nombre de Nord-Africains déjà installés en France ont des positions sociales plus favorables pour venir en aide le cas échéant à certains de leurs parents qui viendraient s'y installer. En tout état de cause, il serait facile d'introduire dans les dossiers de candidatures des migrants des questions indirectes qui permettraient d'éclairer et de préciser cet aspect.

Toutefois le moindre examen de la situation intérieure de la France et des attentats récents conduit, sans l'ombre d'un doute, à donner une importance décisive aux aspects religieux, ne serait-ce que du fait de la "radicalisation" des musulmans et en particulier des jeunes musulmans dont Giscard d'Estaing pensait si sottement que les envoyer à la mosquée les empêcherait de brûler les voitures ! On a vu le résultat ! 

Certains des Africains subsahariens  sont certes également musulmans mais il est incontestable qu'ils ne constituent qu'une minorité de la population éventuellement appelée à la migration et surtout il est évident que cet islam africain est infiniment plus tolérant que l'islam nord-africain. J'ai personnellement longtemps soutenu, d'ailleurs en vain,  que la France aurait dû favoriser en Afrique subsaharienne le maintien des medersas  (écoles coraniques) traditionnelles qu'en vertu des mêmes stupides principes giscardiens,  on a laissé peu à peu remplacer par des écoles coraniques wahabites largement financées par les émirats, le Quai d'Orsay faisant preuve comme toujours de son ignorance des réalités et de sa nullité habituelles. Je ne rappellerai pas ici l'anecdote que j'ai souvent citée et qui évoque une conversation que j'ai eue aux Comores, au cours d'un dîner, avec mon voisin de table, conseiller culturel français à Moroni depuis plus d'un an et qui ne savait même pas ce qu'était une médersa ! 

Quelle que soit la population africaine choisie pour en favoriser la migration partielle, l'enseignement de la langue française devrait être dans ces opérations, l'objectif essentiel et premier, ce qui est très loin d'être le cas, en dépit des innombrables textes, souvent de la plus grande précision quant aux lieux,  aux contenus et aux modes d'enseignement de notre langue, qui n'ont qu'un inconvénient, hélas essentiel , qui est de n'avoir jamais été mis en oeuvre!

 

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