La Réunion : La saga Vergès : de 1848 à nos jours (suite et fin provisoire)

 

La saga Vergès : de 1848 à nos jours (suite et fin provisoire)

 

 

 

Dans les "Remerciements de la famille Vergès et du Parti Communiste Réunionnais ", exprimés et publiés à la suite du décès de Paul Vergès, on trouve cette information :

"La famille Vergès va respecter la volonté de leur père, grand-père et arrière grand-père de restituer aux Archives départementales les documents lui ayant appartenu. Ce fonds permettra de rendre accessibles ces éléments à la connaissance du grand public et des chercheurs. Le Parti Communiste Réunionnais souscrit à cette démarche et entend prendre des initiatives dans ce sens.

La famille Vergès et le Parti Communiste Réunionnais appellent à la fidélité au combat mené par Paul Vergès. Dans cet esprit, la page Facebook "Hommage à Paul Vergès - officiel " se transformera en une page "Mémoriel Paul Vergès".".

Compte tenu de l'intérêt que, depuis près d'un demi-siècle, j'ai toujours porté à la Réunion, à sa culture comme à son histoire, je me sens obligé d'apporter ma contribution, si modeste qu'elle puisse paraître, à l'entreprise mémorielle de la famille Vergès et du Parti Communiste Réunionnais.

En effet les archives départementales de la Réunion ou plus précisément de l'Ile Bourbon (commune de Saint André) possèdent et offrent pour en février 1848 un document essentiel, mais peu connu et moins encore cité. Il s'agit en effet du recensement des biens comme des esclaves de la famille Million des Marquets qui possédait alors une plantation d’une vingtaine d’hectares, à la Ravine Saint-Jean, à Saint-André, « quartier » où elle résidait. Cette famille de planteurs, dans l’île depuis 1767 se classait plutôt, on le devine, du côté des esclavagistes que des esclaves.

Raymond Vergès, né à Saint Denis de la Réunion en 1882, père de Paul, grand-père de Françoise et fondateur de cette dynastie politique communiste réunionnaise, avait été élevé surtout par sa grand-mère Marie Hermelinde Million des Marquets, née en 1832 et qui avait épousé, en 1855, un modeste commis de marine, Adolphe Vergès.

En 1848, la famille Million Des Marquets possédait, comme nous le montre le détail de ce recensement, 121 esclaves (dont 66 créoles, 12 malgaches, 39 mozambiques et 4 indiens ou malais). Nous en savons le nom et/ou le prénom et même l'âge et la taille ! Il faut croire que les historiens communistes réunionnais (il n'en a pas manqué pourtant) n'ont pas assez fréquenté les archives départementales ou ne s'y sont pas montrés assez vigilants, pour ne pas avoir fait disparaître un tel document, un peu gênant tout de même pour une telle famille !

Familier de ces lieux comme de ce document, je me suis souvent amusé des interventions de Françoise Vergès, qui se présentait en tant que réunionnaise spécialiste de l’histoire de l’esclavage, alors que cette spécialisation est récente et ne date guère que de l’intérêt médiatique pour ces questions. Elle se caractérise en outre par quelques errances initiales dans ce domaine, en particulier dans l’affaire Pétré-Grenouilleau, qui, lui, est un authentique historien de l’esclavage et reconnu comme tel, mais que F. Vergès et ses ami(e)s ont voulu faire exclure de l'université pour ses positions, au demeurant parfaitement fondées.

Dans les titres multiples et variables dont fait état Françoise Vergès pour justifier ses aspirations universitaires, tous ne paraissent pas très solidement établis (comme, par exemple, celui de « professeur d’Histoire à l’Université de Londres »), à la différence d’autres qui, hélas, ne garantissent guère de compétences scientifiques réelles (comme celui de « Vice-présidente du Comité pour la Mémoire de l’Esclavage »). On n'a guère pu guère lui disputer, en revanche, à l'époque de sa nomination, la direction culturelle de l'éphémère "Maison des Civilisations et de l’Unité réunionnaise", puisque chacun savait que cette institution avait été créée par Paul Vergès, son père, Président du Conseil Régional à l'époque,  pour lui trouver un poste de type universitaire qu’il ne parvenait pas à lui obtenir autrement, en dépit de ses efforts. Nous y reviendrons plus loin !

Elle a pour parler de l’esclavage un titre, dont par modestie sans doute, elle ne fait nulle part état. Loin d’être une descendante, fût-ce lointaine, d’esclaves réunionnais, ce que pourrait donner à penser sa physionomie quelque peu orientale et ses coiffures exotiques, la seule véritable ascendance réunionnaise, dont elle puisse faire état n’est nullement du côté des esclaves, comme on l'a vu, mais, bien au contraire, des esclavagistes de la Réunion.

Voilà donc une femme que tout désigne pour parler, avec émotion et compétence, des horreurs de l’esclavage !

Mes fidèles lecteurs connaissent mon irrésistible propension à souligner les malices du hasard. Sans le vouloir, Françoise Vergès m'en fournit un exemple de plus. Le changement de majorité survenu à la Réunion lors des élections régionales de 2010 ayant fait perdre à Paul Vergès sa présidence du Conseil régional, le changement a entraîné la disparition de cette MCUR qu'il n'avait créée que pour donner un statut universitaire à sa fille. Il y avait été conduit en effet par ses échecs successifs pour lui faire créer un poste à l'université de la Réunion, ses multiples interventions en ce sens n'ayant pas connu le succès escompté. 

Paradoxalement la récente nomination de Françoise Vergès comme maître de conférences d'histoire à l'Université de la Réunion ne tient , paradoxalement, qu'à la réforme de Valérie Pécresse (en tant que ministre des universités) qu'on appelle généralement la loi LRU !

Faute d'être sur place et quoique j'ai eu sur ce point nombre d'informations convergentes, je citerai pour cette affaire le blog de Pierrot Dupuy (97.4) en date du 5 décembre 2014 qui est extrêmement informé, détaillé et précis. Voici les passages pertinents de ce blog paru sous le titre "Françoise Vergès recrutée à l'université de la Réunion…".

« Et bien grâce à Mohamed Rochdi, Président de l’Université de la Réunion, l’horizon de Françoise Vergès s’éclaircit enfin. Mohamed Rochdi qui, depuis la loi sur l’autonomie des universités a notamment la haute main sur les recrutements, a décidé  de  recruter Françoise Vergès comme maître de conférence en histoire.  Françoise Vergés  sera donc  recrutée sur le poste  laissé vacant suite à la disparition tragique de Sudel Fuma [ ce professeur d'histoire s'est noyé accidentellement et je n'irai pas jusqu'à supposer que le hasard universitaire est pour quelque chose dans cette affaire qui demeure à bien des égards mystérieuse], son poste de professeur ayant été recalibré en celui de maître de conférence [ il fallait en quelque sorte rétrograder le poste, car on ne pouvait guère imaginer tout de même que Françoise Vergès fût nommée directement professeur d'université].

En principe, pour pourvoir un emploi d’universitaire, ce sont les équipes concernées par le recrutement qui élaborent le profil en fonction des besoins, qui le font adopter ensuite par les responsables de la faculté qui transmettent en dernière instance au Président pour lancer la campagne de recrutement [C'est là précisément ce que V. Pécresse et la loi LRU ont changé]. C’est ce qui a été fait dans le cas d’espèce, sauf que Mohamed Rochdi a décidé de jeter à la poubelle le profil arrêté par les enseignants et les responsables de la Faculté pour en concocter un, sur mesure, intitulé "Esclavage et Engagisme". Reste maintenant à connaître  la composition du Comité de  sélection  qui  auditionnera les candidats et les classera. Mais Françoise Vergès ne court plus aucun risque car c’est le Président qui compose la commission et, si d’aventure le classement fourni ne lui convenait pas, qui a le dernier mot [ C'est là le point majeur de la loi LRU qui désormais permet au président d'université de composer des commissions ad hoc en lieu et place des commissions de spécialités d'autrefois et ainsi de nommer qui bon lui semble].

Françoise Vergès, qui aura 63 ans en janvier prochain, pourra enfin disposer d’un statut stable et s’afficher comme universitaire. Dans l’année qui suit, elle sera titularisée. En 2016, elle pourra se présenter à la présidence de l’Université, et pourquoi pas avec Mohamed Rochdi comme premier vice-président ?".

"Mersi Bon Dyé!" comme dit en pareil cas le créole local !

 

 

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