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Billet de blog 22 mars 2014

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L'islam russe (N° 1)

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L'islam ne tient qu’une place modeste dans l’affaire de Crimée et l’on ignore que le khanat de Crimée appartint, en droit et/ou en fait, durant trois siècles à l’Empire ottoman. Il n’en est pas tout à fait de même, si l’on resitue les problèmes actuels dans l'ensemble disparate que constitue la Russie qui est plus un empire qu’un Etat.

En Crimée même, les Musulmans représentent peu de chose puisque les Tatars ne constituent que 12 % de la population totale et ne sont, de toute façon, descendants des Tatars d’origine. Cette population tatare n’est revenue en Crimée que, après la mort de Staline, longtemps après la Seconde Guerre Mondiale, dont le souvenir est loin d’être oublié ; en effet, Staline, leur faisant grief de leur complicité avec Hitler lors de l'invasion allemande, avait totalement vidé la Crimée de ses Tatars, cet exil entraînant la mort de la majorité de ses victimes. Si l’on oublie les liens de la Crimée avec l'empire ottoman (nous y reviendrons car la question est d’importance), l'islam russe pose bien des questions originales qu'il faudra bien poser et se résoudre à examiner à un moment ou à un autre.

Les problèmes sont si complexes et les données si incertaines qu'on ne peut envisager de ne leur consacrer qu’un seul de ces modestes billets ; dans celui-ci, le premier,  il me paraît logique de s'attaquer surtout aux problèmes de population et de démographie ; ils sont essentiels et sont d'autant plus difficiles à considérer que les chiffres, pourtant décisifs sont incertains et que leur variations ne sont pas, en général, sans visées idéologiques et politiques latentes.

Pour ce qui concerne l'ensemble de la population russe  (Crimée non comprise !), la CIA, comme toujours, est extrêmement précise ; elle estime pour juillet 2013 la population russe à 142.500.482 (on ne saurait être plus précis) ! Quoiqu'on l'ignore souvent, sauf pour des zones précises identifiées comme telles ( les sept Républiques musulmanes) car les Musulmans y sont plus ou moins majoritaires (en République d’Adygué toutefois, les Russes sont majoritaires), comme l'Asie Centrale et le Caucase, les Musulmans forment une portion importante de la population russe. La CIA compte 10 à 15% de Musulmans, tandis que d’autres sources, un peu plus précises, en mentionnent de 13 à 14 % soit 19 à 22 millions d’individus. D'autres sources actuelles indiquent des chiffres plus élevés, certains allant jusqu'à 25 % de la population russe totale, ce qui conduirait à y compter de 30 à 40 millions de Musulmans. Ces décomptes, fondés sur des déclarations d’appartenance religieuse sont donc peu fiables, ceux de la CIA se prononçant, à cet égard, sur moins de 60 % de la population totale, dans un pays où la religion a été regardée et traitée, des décennies durant, comme l’opium du peuple.

Si l'on se réfère aux données des recensements, celui de 2002 indique la présence de 16,64 millions de Musulmans en Russie, soit un peu moins de 10 % de la population du pays à cette date.

Pour l’avenir, selon le Pew Research Center, un « think tank » américain, en 2030, on devrait arriver à 18,6 millions de Musulmans, soit 12% d’une population totale de 150 millions. Toutefois ces calculs reposent sur une base elle-même incertaine qui est évidemment le taux de croissance de cette partie de la  population.

Jusque dans les années 80, on estimait que les femmes musulmanes ayant beaucoup plus d'enfants que les orthodoxes, la population musulmane devait croître dans des proportions très fortes ; on jugeait, de ce fait, que, d'une certaine façon, l'avenir de la Russie appartenait aux Musulmans. Il en est toutefois autrement dans les dernières décennies, en raison à la fois de l'élévation d'une partie de la communauté musulmane dans l'échelle sociale, grâce à des formations universitaires et des parcours professionnels réussis comme du fait de la dispersion géographique d'une partie de ces populations, qui émigre vers les grandes villes comme Moscou et Saint-Pétersbourg et, enfin, de la tendance naturelle dans les communautés musulmanes à une forme de limitation des naissances.

En dépit de la variation du détail des données démographiques, il est clair que cette communauté musulmane ne pourra que jouer un rôle important, sinon déterminant, dans l'évolution de la Russie. Il en résulte que la situation actuelle et les évolutions qu’elle engendre comme celles qu’elle pourra susciter est particulièrement importante pour l'avenir de cet Etat. Comme l’écrit Daniel Pipes : « Ce que les Musulmans font a une importance primordiale pour l'URSS car, en collaboration avec les Russes et les Ukrainiens, ils sont l'un des trois seuls peuples qui détermineront l'avenir de ce pays. S'ils suivent leur propre chemin, un pilier majeur de la puissance soviétique s'effondrera ».

On comprend donc l'importance capitale, pour l'avenir de la Russie, de la crise actuelle ; si elle ne semble concerner, dans l’immédiat, que la seule Ukraine, elle risque d’avoir des répercussions plus lointaines, très fortes, loin de là, dans les républiques musulmanes russes qui sont, comme le dit D. Pipes, le troisième pilier de la puissance de la Russie ; même si on nous parle déjà des Etats baltes (F. Hollande veut y envoyer des avions !), les Républiques musulmanes seront le prochain chapitre de l’histoire russe que devra écrire Poutine, qu’il le veuille ou non, et il ne s'agit pas en ce cas de la Crimée ni de la Transnistrie !

La situation actuelle devrait ans doute donner des inquiétudes, voire des craintes et même des insomnies à B. Obama, car s'il est évident que, dans le passé, la politique américaine, toute simple, a été de contribuer à affaiblir l'Union soviétique puis la Russie, en encourageant, plus ou moins discrètement, les mouvements d'autonomie musulmaneet les problèmes de la Russie, avec des résultats divers et variés (de la promotion d’un Ben Laden aux émissions en ouzbek de la Voix de l’Amérique).

La montée de l'islamisme et le 11 septembre ont fait que cette arme politique est clairement devenue à double (voir à triple) tranchant et que voir une partie de la Russie se changer en califat n'arrangerait sans doute pas les affaires des États-Unis et la réussite de leur lutte antiterroriste.

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