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Billet de blog 23 mars 2015

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De la parité

La "parité" est devenue le maître-mot de la vie politique et administrative française, au moins dans le discours, et nos politiciens (vous observerez que j’use ici à dessein de cette expression quelque peu infamante et non du noble terme « politiques ») se sont, de ce fait,  initiés aux mathématiques pour faire mine de la mettre en œuvre dans les élections. 

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La "parité" est devenue le maître-mot de la vie politique et administrative française, au moins dans le discours, et nos politiciens (vous observerez que j’use ici à dessein de cette expression quelque peu infamante et non du noble terme « politiques ») se sont, de ce fait,  initiés aux mathématiques pour faire mine de la mettre en œuvre dans les élections. La réforme qui fait disparaitre les cantons sans toutefois les supprimer et a changé les élections cantonales en départementale, avec le secret dessein, à terme,  de féminiser un peu le Sénat,  repose sur une opération arithmétique simple. Elle consiste à  diviser par deux le nombre de circonscriptions électorales, en doublant pour chacun des sièges le nombre des candidats. CQFD. (Comme on disait à la communale d’autrefois « Ce cochon qu’il fallait découper »). Cela n'aurait assurément pas fait un problème digne de l'antique examen d'entrée en sixième, mais nos gouvernants ont déjà trouvé l'épreuve redoutable, ne serait-ce que par le trouble qu’elle jette dans l'esprit des électeurs faute de bien voir à quoi ça mène. 

On a toutefois jugé habile de pimenter cette opération arithmétique élémentaire par l’ajout innovant de la « parité » qui oblige pour chaque siège à présenter un couple de candidats, un homme et une femme, d'où le recours au mot parité. Suite à la reconnaissance du mariage pout tous, on aurait pu pousser plus loin l’opération arithmétique en divisant le nombre des sièges par trois (au lieu de deux) et en imposant, en lieu et place des « binômes », des « trinômes » avec pour chacun, trois candidats au lieu de deux, un(e) homosexuel(le) ou un(e) « transgenre » s’ajoutant alors au binôme ! Ce sera sans doute pour une autre fois mais le progrès démocratique est assurément en marche !

On a emprunté aux mathématiques avec cette notion de « binôme » dont on use si volontiers, faute de mieux, pour désigner un couple de candidats à un même siège. Petit rappel arithmétique : « Un binôme est une expression algébrique formée par la somme ou la différence de deux termes ou monômes ». Il faut reconnaître que « binôme » est un concept électoral particulièrement heureux et adéquat , puisque, en fonction même de la définition arithmétique du binôme, le candidat et la candidate peuvent être du même parti (auquel cas le binôme est « la somme des deux monômes ») ou de partis différents (PS et EELV, ou UMP et UDI par exemples. Dans ce cas « le binôme est la somme des différences »). En matière de politique, les choses sont un peu plus compliquées qu’en en mathématiques, puisque même la somme mathématique peut recouvrir des différences politiques majeures qui se sont déjà manifestées dans le second cas (pour le PS) et qui ne tarderont pas apparaître dans le premier (entre l’UMP et l’UDI ou pire au sein même de l’UMP !). Mais laissons ces subtilités qui font appel à une triple compétence, sémantique, mathématique et…  politique qu'on trouve rarement chez nos politiciens.

Comme bien d'autres sans doute, j'ai regardé hier soir, dimanche 22 mars 2015,  une émission sur les dites élections ; apparemment elles n'ont pas fait recette dans nos médias puisque j'ai dû me rabattre sur FR3, la pauvre chaîne régionaliste, qui s'est centrée naturellement sur les résultats de notre région. Le détail importe peu ici mais le concept même de « binôme » a subi les avatars que j'évoquais précédemment et comme chez les étudiants d’antan, le « binôme » s’est changé en « monôme » (mais sans les « faluches » traditionnelles) ! 

J'ai été surtout frappé par le caractère totalement illusoire de cette fameuse parité dont on nous a tant rebattu les oreilles. J'ai le souvenir en particulier d'un « binôme » dont j'ai oublié la couleur et la composition ; comme la plupart du temps, il était composé du candidat masculin (le professionnel du coin, blanchi sous le harnais, une bonne cinquantaine dûment cravatée et costumée, à son affaire avec vingt ans de bouteille) et une jeune femme blonde d'une trentaine d'années, aussi muette que pétrifiée, saisie à sa sortie de chez le coiffeur. Durant les quelques minutes où notre binôme a été à l'écran, le mâle dominant qui, sans un regard pour sa voisine,  avait d'emblée pris la parole avec autorité, a tenu le crachoir durant toute l'interview au point que, pour finir,  le journaliste ou prétendu tel, s’est enfin rendu  compte qu'il aurait été opportun dans ce « binôme » de faire entendre, ne serait qu’un instant, le son de la voix de la candidate. Le candidat mâle ne s'interrompant pas, l'intervieweur dû prendre sur lui de demander à la candidate d’intervenir, sans que le mâle du binôme fasse le moindre geste d’encouragement à son endroit,si ce n'est celui, manifestement contraint et forcé, de tourner le micro vers sa voisine. Le gros beauf quoi ! Cette dernière, après avoir hésité quelques secondes, clairement prise au dépourvu et sans voir quoique ce soit à dire, s’est résignée à prononcer une de ces phrases banales et vides de sens qui sont habituellement celles des cyclistes ou des footballeurs après une course ou un match. Vive la parité !

La parité a donc encore beaucoup de chemin à faire  chez nous ; c'est pourquoi je me permettrai de suggérer une mesure nouvelle et forte en sa faveur, en m’adressant plus spécialement au Front National,  dans la suite de l’un mes précédents blogs que j'avais intitulé « Exécution ou assassinat : Le Pen de mort ». 

Dans le cadre de la promotion de la parité dont le FN donne effectivement le meilleur exemple car il  ne vous aura pas échappé que Madame Marine Le Pen en est la patronne et principale vedette et qu'elle n'est concurrencée dans cette position  au sein de cette formation que par sa nièce, voici ma suggestion . Le Front National envisageant de rétablir la peine de mort, je lui suggère d'étendre la condamnation à mort aux femmes qui ne peuvent y être condamnées que dans très peu d’Etats (dont la Chine ce qui représente toutefois beaucoup de monde et donc de femmes). Le fait de ne pas condamner les femmes à la peine de mort est manifestement une atteinte à la dignité féminine et à la parité puisque, par là même, on les juge manifestement incapables d'assumer l'entière responsabilité des crimes qu'elles peuvent commettre. C'est tout à fait insupportable et la solution est de toute évidence très simple et tout à fait logique !

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