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Billet de blog 23 mars 2018

Mayotte et les Comores : géographie, histoire, langues et cultures ( n°5)

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Mayotte et les Comores : géographie, histoire, langues et cultures ( n°5)

Mayotte (appelée aussi Maoré en shimaoré ) est en fait formée  d’un ensemble d’îles proches au sein de l’archipel des Comores, lui-même situé dans le canal de Mozambique et dans l’océan Indien. Mayotte est toutefois essentiellement constituée de deux îles principales, Grande-Terre et Petite-Terre, et de plusieurs autres petites îles dont Mtsamboro, Mbouzi et Bandrélé.

Officiellement nommée désormais « Département » de Mayotte, le 101ème de l’ensemble français, Mayotte est un département d'outre-mer français. Son code départemental officiel est « 976 ». Le chef-lieu de jure est Dzaoudzi, même si le siège du Conseil départemental et la préfecture sont tous deux à Mamoudzou, la ville la plus peuplée de Mayotte.

En 2017, la population de Mayotte était de 256 518 habitants ( 212 645 habitants en 2012) répartis sur 376 km2. Elle a ainsi la plus forte densité de population de la France d’outre-mer, avec 682 habitants/km2 en 2017 (565 hab/km2 en 2012). Ses habitants sont les Mahorais(es).

Bref rappel : Mayotte a été achetée par la France en 1841. En 1886, le reste de l’archipel des Comores, composé de la Grande Comore, Mohéli et Anjouan forme un protectorat sous la direction du gouverneur de Mayotte. En 1958, l’administration  de l’archipel comorien quitte Dzaoudzi (à Mayotte) pour Moroni (en Grande Comore), ce qui provoque déjà le mécontentement des Mahorais. Le Congrès des notables se réunit alors et réclame la départementalisation.

Dans les années 1960-1970, le mouvement dit des « chatouilleuses » milite pour l’entrée définitive de Mayotte dans la République française. Ces « chatouilleuses » méritent assurément une mention spéciale ! (Cf. Mohamed Ahmed-Chamanga, Lexique comorien (shindzuani)-français, Paris, L'Harmattan, 1992 ). Ce terme désigne un collectif de femmes de Mayotte qui se sont battues, dans les années 1960 et 1970, pour réduire l'influence des autres îles de l'archipel des Comores sur Mayotte et garder cette dernière dans la République française. Aussi nommées soroda, (soldat en comorien), elles agissaient concrètement là où le « Mouvement populaire mahorais » ne pouvait agir. Sous la conduite de Zéna M’Déré, plusieurs centaines de femmes, organisées en commandos, prenaient à partie les responsables politiques comoriens. Elles ne se contentaient pas de « chatouilles » ! Alors que la capitale de l’archipel était encore à Dzaoudzi, toutes les nuits, elles jetaient des cailloux sur les toits en tôle des résidences, rendant la vie impossible à ceux qu’elles savaient favorables à l'indépendance. Plus tard, lorsque ces politiciens venaient à Mayotte, elles les soumettaient à des chatouilles, les forçant ainsi à s'aligner sur leurs positions ou à quitter l'île. Le 4 février 1967, Said Mohamed Cheikh force les quatre élus mahorais à la démission suite à l’assaut d'une soixantaine de chatouilleuses alors contre l'antenne de l'ORTF de Mayotte. Celles-ci protestaient contre un discours de Cheikh Treize femmes sont condamnées dont certaines à des peines d'emprisonnement. Le 13 octobre 1969, la garde comorienne ouvre même le feu et tue Zakia Madi, l'une de ces chatouilleuses !

En 1974, la France organise, sur l’ensemble de l’archipel des Comores, un référendum pour décider de l’éventuelle indépendance, mais, comme on pouvait le prévoir vu ce qui précède, les Mahorais votent pour le maintien au sein de la République française. Un second référendum est organisé uniquement à Mayotte en 1976, et il confirme ce choix.

À la suite d’un référendum local en 2009, Mayotte est devenue département et région d’outre-mer (DROM) à assemblée délibérante unique : le Conseil départemental exerce également les compétences d’un conseil régional en 2011. En 2014, Mayotte change également de statut au niveau européen, devenant une Région ultrapériphérique et faisant depuis lors partie de l’Union Européenne.

Le mahorais (ou shimahorais = shimaoré) est l’une des deux langues indigènes parlées sur l'île de Mayotte. C'est une langue bantoue, apparentée au swahili, alors que le kibouchi, l’autre langue de cette île, est une langue austronésienne voisine des langues parlées à Madagascar.

Le « kibouchi » est donc une variante de malgache, parlée jadis par les Malgaches qui ont occupé les villages de Mayotte où l’on parle aujourd'hui kibouchi. Ces deux langues, shimaore et kibouchi, sont donc  les langues vernaculaires de Mayotte. Le shimaore est aujourd’hui dominant au plan démographique, le kibouchi étant  limité à certains villages pour des raisons historiques. Ces deux langues sont présentes dans les nouveaux programmes télévisés de RFO. Le mahorais est aujourd'hui fortement lnfluencé par le français. Certains locuteurs de Mayotte, en minorité, parlent le français, langue officielle de l’île mais aussi de l ‘école et de l'emploi.

Avec les autres langues de l’archipel, les rapports varient : l'intercompréhension avec l'anjouanais ( Anjouan est l’îîe la plus proche) est quasi totale ; seules quelques différences phonétiques mineures et certaines particularités lexicales les distinguent ; l’intercompréhension  est certes moindre mais encore possible, avec le parler de Mohéli ; elle est en revanche très difficile avec le parler de la Grande Comore plus proche du swahili.

(demain la suite et la fin)

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