Les croissants de Jean Luc Mélenchon (Suite 3 et fin)

 

Les croissants de Jean Luc Mélenchon (Suite 3 et fin)

  

Emmanuel Fansten a donc toutes les raisons de titrer son article du 19 octobre 2018 dans Libération  : « Sophia Chikirou dans la tourmente »  : « C’est l’affaire dans l’affaire. Vendredi matin, Sophia Chikirou, conseillère en communication du candidat Jean-Luc Mélenchon, a été entendue à son tour à Nanterre dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte pour «escroquerie», «abus de confiance», «infraction à la législation des campagnes électorales» et «travail dissimulé». Une procédure initiée en mai après le signalement de la commission des comptes de campagne visant trois prestataires de Jean-Luc Mélenchon, dont Mediascop, l’agence de communication de Sophia Chikirou. » 

Si Sophia Chikirou est « dans la tourmente », Jean-Luc Mélenchon est à peu près sur le même bateau, car toute cette affaire suppose de sa part, sinon une complicité active, ( pour lui permettre de refaire le coup de Sarkozy ) du moins une étonnante distraction. Cela d'autant que ces accusations sont étayées ce même jour dans les médias, par une excellente enquête, très fouillée, de la « Cellule Investigations de Radio France » qui était sans doute  sur l'affaire depuis plusieurs mois vu les détails et la précision de cet article ( Cellule investigation de franceinfo , Radio France, Sylvain Tronchet ; 19/10/2018 ; il est toutefois précisé par l'auteur dans ce long texte : «  Sophia Chikirou a refusé toutes nos demandes d’interview »). 

Cet article est aisément accessible sur Internet ; je n'en cite  donc que des  extraits en dépit de son importance majeure : « Mediascop, l’agence de communication de Sophia Chikirou, aurait facturé ses prestations pour près de 1,2 million d’euros, soit 11 % du budget total de la campagne. La société, qui employait par ailleurs une dizaine de membres du staff du candidat [ sans avoir toutefois de locaux propres ce qui est bien curieux ... c'est quasiment du Fillon dans le texte ! Tous les employés travaillent au QG du candidat, rue de Dunkerque, dans le Xe arrondissement de Paris. Pratique inhabituelle, elle refacture à l’association de campagne toutes ses charges : administration, frais téléphoniques, location de matériel… Jusqu’à la facture du cabinet d’expertise comptable qui suit ses comptes.] ; elle a ainsi adressé deux factures à l’association de campagne de Mélenchon. Pour huit mois de campagne, Sophia Chikirou a été rémunérée au total 80. 000 euros hors taxe, soit une moyenne de 10 .000 euros mensuels. Mais les journalistes de Radio France ont déniché d’autres prestations facturées par Mediascop, allant de la «rédaction des scenarii des clips de campagne» à la «préparation des intervenants» pour une série d’émissions diffusées sur le web. En cumulant ces activités annexes, le salaire mensuel de Sophia Chikirou grimpe à 15 000 euros. » 

La suite va très au-delà de la stupeur que peut susciter la présence de Sophia Chikirou dans l'appartement de Jean-Luc Mélenchon à sept heures du matin lors de la perquisition.  L'article de Sylvain Tronchet (franceinfo) par sa rigueur et la précision de ses détails comme par l'écho qu'il a eu, a sans doute été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase de la fureur de Jean-Luc Mélenchon qui s'est mis à injurier tout le monde et les médias en particulier ; il a même demandé, contre tout bon sens,  l’annulation de la perquisition et la restitution de tous les éléments saisis. Il a évidemment dénoncé, à grand fracas, ( cf. son face book ) « le complot » et la «campagne d’affabulations» de la « radio d’Etat», qui assurerait selon lui « le service après-vente du pouvoir dans sa campagne contre La France insoumise".

Il a réussi ainsi à pousser à intervenir la Procureure qui a confirmé le caractère légal de cette procédure et à amener les journalistes de Radio France qu'il avait copieusement et odieusement insultés à porter plainte contre lui. 

Le leader de La France insoumise s’est engagé à mettre sur la table tous les éléments nécessaires à la manifestation de la vérité. Mais pour l’heure, cependant tout a été fait pour dissimuler les véritables bénéfices réalisés par Mediascop. Fin mars 2017, Sophia Chikirou a en effet transformé son entreprise en société par actions simplifiées. Un statut particulier qui lui permet de ne pas publier ses comptes, contrairement à ceux de l’année précédente. 

Certains des services intriguent les enquêteurs : la publication des discours du candidat sur une plateforme audio à 250 euros, une opération qui "prend 5 à 10 minutes", explique Radio France qui indique que 19 discours ont été mis en ligne et facturés à chaque fois (pour une prestation de 4 750 euros au total). Ou encore, le sous-titrage d'une vidéo d'une minute à 200 euros. Quelques anciens salariés de Mediascop ont parlé. L'un d'entre eux s'est dit étonné "en constatant à quel tarif son travail avait été facturé". Pire encore, un autre raconte : "Elle [Sophia Chikirou] nous demandait régulièrement d'en faire un peu plus gracieusement, on a été payé au lance-pierre…". Il affirme également ne pas avoir été payé pour certaines missions, pourtant bien facturées par Mediascop à Jean-Luc Mélenchon ! 

Ces éléments recoupent des informations données auparavant dans valeursactuelles.com (07/01/2018) qui reprenaient déjà des éléments du rapport De Chalvron. Jean-Guy de Chalvron, on l'a vu, disait  avoir relevé 1,5 million d'euros de dépenses litigieuses – sur les 10,7 millions de la campagne du leader de la France insoumise - qui ne devraient pas être remboursées par l’État. Problème : alors qu'il avait fait remonter ses conclusions à la direction de la CNCCFP,  celle-ci avait toutefois décidé de ne pas en tenir compte comme il  l'avait expliqué au Parisien. « La lettre de griefs » qu'il comptait  adresser au candidat avait été rejetée par la direction de la Commission d'une manière « extrêmement brutale ». J.G de Chalvron, on l'a vu, visait moins les candidats eux-mêmes que le fonctionnement opaque de la CNCCFP, qui souvent fait peu de cas des recommandations des rapporteurs ».

Pour conclure (provisoirement sans doute). Un intertitre de l'article de Sylvain Tronchet (Franceinfo) offre un bon résumé de l'état actuel de la question : "Mediascop au cœur de la campagne Mélenchon". Mediascop c'est évidemment Sophia Chikirou (et ses culottes dans les tiroirs de Jean-Luc Mélenchon), sans qu'on puisse à ce stade de l'enquête, évaluer exactement, à de tels détails, la responsabilité de Jean Luc Mélenchon dans les magouilles de sa compagne. On a pu voir dans l'affaire Sarkozy qu'un haut responsable peut tout à fait et sans faire rire, nier toute responsabilité dans une affaire très douteuse,  en laissant ses anciens collaborateurs porter les chapeaux. Ces fusibles trouvent même là, avec les basses besognes, leur utilité essentielle. Par ailleurs, l'affaire Fillon nous démontre que la justice avance à pas comptés mais qu'il lui arrive souvent d'oublier même jusqu'au compte des pas qu'elle a déjà faits. 

Nous serons donc sans doute amenés à revenir sur cette question d'autant que, selon un autre vieux principe, (mais ce sont les meilleurs) les rats quittent toujours le navire avant qu'il fasse naufrage ; je crois avoir constaté que les "amis" de Sophia Chirikou se font moins nombreux depuis quelques mois et qu'il y a, en outre de l'eau dans le gaz de l'insoumission comme le montrent les querelles entre quelques-unes des principales "têtes" (Miller, Lancelin, Corbière, Obono, etc.), . En témoignent aussi la crise du "Média" et les multiples problèmes de financement comme de "gouvernance" chez les Insoumis.

Sophia Chikirou devra-t-elle, la pauvre, changer ses culottes de tiroirs ?

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