De père en fils : les Glucksmann.

De père en fils : les Glucksmann.

 

Entendre hier matin, sur Europe 1, me semble-t-il, Raphaël Glucksmann m'a donné l'idée, pour mon blog du jour dont le sujet demeurait encore indéterminé, d'évoquer la mémoire de son père, André Glucksmann, mort le 10 novembre 2015. Il avait été, à lire ses biographes, mon condisciple à la khâgne du lycée du Parc à Lyon, mais sans doute comme "bizut" (alors que j'étais moi-même "carré", ce qui explique que je n'en ai aucun souvenir). Modeste « cloutard », faute d'avoir pu être "archicube", André Glucksmann avait passé en 1961 l'agrégation de philo et s'était habilement et rapidement planqué au CNRS comme chercheur. Comme aimait à le dire perfidement  notre philosophe Jean Lacroix à propos de son collègue et rival Lachièze-Rey, dont le fils était lui aussi philosophe, « le génie n'est pas héréditaire ! ». La famille Glucksmann illustre aussi hélas cette triste réalité ; le jeune Raphaël, après une vaine tentative à la khâgne d’Henri IV, a dû se contenter de Sciences-po, faute d'un destin académique plus glorieux !

 

Si André Glucksmann est, toute sa vie durant, resté fidèle à sa première coupe de cheveux (au blanchiment prêt), la carrière de son fils (né en 1979 à Boulogne-Billancourt) est bien différente ; elle est déjà singulièrement tortueuse et diverse par rapport à celle de son père, quoique ce dernier,  ancien maoïste ait achevé son parcours politico-idéologique comme  néo-con pro-américain quasiment sarkoziste. Il suffit pour le constater de faire mention de la bibliographie forte heureusement encore brève  du fiston : 

2008,  Je vous parle de liberté, avec Mikheïl Saakachvili, Paris, Hachette Livre.

2008, Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy, avec André Glucksmann, 2008.

2015, Génération gueule de bois, Manuel de lutte contre les réacs, Allary Éditions.

2016, Notre France. Dire et aimer ce que nous sommes, Allary Édition. C'est évidemment la promo de ce dernier ouvrage qui attirait samedi 24 décembre 2016 au matin son auteur à Europe1!

 

Les activités de Raphaël Glucksmann sont en effet aussi multiples que diverses et le conduisent à se définir comme documentariste et journamliste puisque, outre les ouvrages ci-dessus évoqués et ses collaborations multiples à divers journaux français et étrangers, il a réalisé, en collaboration avec David Hazan et Pierre Mezerette, en 2004, un documentaire « Tuez-les tous ! » sur le génocide du Rwanda et un second sur la « Révolution orange », Orange 2004 car cet expert passe, sans dommage et d'un pas, de l'Afrique Centrale aux Balkans.

 

Raphaël Glucksmann  a aussi d’emblée, mis la main et même les mains, dans la politique, moins comme auteur que comme « Conseiller », occulte ou affirmé ! Se mêlent toutefois très vite, dans son cas, politique et vie privée, cette proximité s’incarnant d’emblée en une jeune et piquante Géorgienne, Eka Zguladze , vice-ministre de l’intérieur (entre 2005 et 2012) puis ministre de l’intérieur de la Géorgie par intérim (de juillet à octobre 2012). sous la présidence de Mikheil Saakachvili (co-auteur du premier livre du fiston, le deuxième ayant été écrit, comme on l'a vu, avec Papa)! Eka Zguladze a réformé notamment les forces de police géorgiennes . Elle participe ainsi à la « désoviétisation » de l'institution policière, en remplaçant 20 000 anciens fonctionnaires « suspects » par de jeunes recrues. Elle concourt également à la fusion de la police, des services secrets et de l'ex-KGB. Des talons aiguilles aux chaussettes à clous.... !

 

Au printemps 2014, Petro Porochenko décide de mener des réformes profondes en Ukraine et de les confier à des Géorgiens groupés autour de Mikheil Saakachvili, dont fait partie Eka Zgouladze. De ce fait, cette dernière, qui avait fait ses premières armes ministérelles et anti-Poutine  en Géorgie, prend alors la nationalité ukrainienne en décembre 2014, avant d’être nommée, quelques jours plus tard, vice-ministre de l’Intérieur de l’Ukraine. 

 

Dès 2009 Raphaël Glucksmann avait rencontré sa future épouse (qui n’a qu’un an de plus que lui) ; en 2012, le couple est déjà parent depuis trois ans d’un petit Alexandre, de nationalité franco-géorgienne. Cette situation matrimoniale semble toutefois désormais menacée puisque, depuis peu, la presse people française fait état d’une liaison de R. Glucksmann avec la « journaliste » Léa Salamé !

 

Et les affaires dans tout cela ... car il faut bien faire bouillir la marmite ; la « géopolitique » et la « géostratégie » sont comme le terrorisme : « Beaucoup en meurent hélas, mais d’autres en vivent ! ». Curieusement, Raphaël Glucksmann a été gérant de 2009 à 2015 d'une société NOÉ CONSEIL, spécialisée dans "la communication, la rédaction d'articles, la promotion de personnes, de pays, le lobbying et le conseil auprès d'institutions". Vaste et vague programme ! (Chiffre d'affaires 2015 un peu plus de 100.000 euros!). Le Monde (21/03/ 2011) note à cet égard  :  "À 34 ans, Raphaël Glucksmann, le fils d’André, a fait des soulèvements nationaux son fonds de commerce. Après la Géorgie, c’est en Ukraine qu’il conseille les leaders pro-Europe », « La révolution, c’est son rayon »... Un de nos vieux proverbe français dit que "les conseilleurs ne sont pas les payeurs" mais les "conseillés" peuvent en revanche l'être t même généreusement pour ce que l'on en sait car, en ces domaines, la discrétion est de rigueur !

 

« Selon le site Intelligence Online, « la lutte entre le président géorgien Mikheil Saakachvili et son challenger politique, le milliardaire Bidzina Ivanishvili, a été une mine d’or pour les lobbyistes […] le gouvernement de la Géorgie s’appuie sur plusieurs entreprises » (« Tbilissi’s lobbyists are rich », Intelligence Online, 20/09/2012. Traduction OJIM), dont celle de Raphaël Glucksmann, NOE Com

 

Pour donner une idée de la formidable pompe à fric des cabinets de lobbying, les entreprises américaines Prime Policy Group et le Gephardt Group Government Affairs, ont été respectivement payés 150 000 et 180 000 $ pour six mois de travail en 2012 par le président géorgien Mikhaïl Saakachvili. (« Bataille chez les consultants de la Géorgie », Intelligence Online, 23/08/2012) ». Toujours selon OJIM! « S’il [ Raphaël Glucksmann] devait définir sa fonction aujourd’hui, il dirait “consultant en révolution. Mais ça n’existe pas” ». « Se mobiliser pour une cause française, ce serait déchoir ? “Ça ne m’a jamais fait vibrer de manifester pour les retraites”, répond-il », Ibid. ! (OJIM, source de ces remarques, se présente ainsi « Le travail de l’Ojim se développe avec des correspondants en Italie, en Suisse, en Allemagne, en Pologne et bientôt en Hongrie. Nous avons pu vous proposer des analyses de la presse européenne sur les viols de Cologne, sur la véritable situation des médias en Pologne, des dossiers fournis sur les censures et les auto censures des grands médias. »).

 

Raphaël Glucksmann a tenu à annoncer lui même la mort de son père "Un homme bon et génial", la présentant comme celle de son "meilleur ami". Il a ajouté : "Il aurait dû mourir puisqu'il était juif dans une famille ne parlant pas français dans la France occupée. Il a même été mis dans les trains et sa mère a réussi à l'en sortir.". "Il m'a dit que tout le reste, c'était du rab et que 70 ans de rab c'était une chance incroyable, à saisir pour en faire profiter d'autres qui avaient moins de chance que lui.".

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