On finit par ne plus pouvoir démêler quoi que ce soit dans la politique française avec les interférences permanentes entre le national et l'international.
Marine Le Pen se risque sur le tapis rouge du Time de New York, parmi les cent personnalités les « plus influentes du monde », derrière Kim Kardashian et dans une robe bleue (mais pas marine hélas) de la Redoute avec dans son sillage son Julot qui, en dépit de son nœud pap’ ne parvient pas à faire plus d’impressions que n’en a la robe de sa copine. « Et moi et moi, et moi ? » fredonne notre Sarko qui se prépare à protester auprès du CSA car, au même moment, notre Saint-François qui faute d’être d’Assises (quoique Camba les lui prépare pour mai) n'est que du Caucase, où il se risque dans un difficile billard à trois bandes entre Erevan, Bakou et Istanbul. Pas de la tarte le Caucase quoique marrant ! Autre chose que la Cinquième Avenue, même si dans un cas comme dans l'autre, notre couple de Talleyrands modernes n’a pas brillé « en langue ». Elle (et il) sont incapables d'avancer ni même de comprendre un mot d'anglais ! Noter l’aporie liminaire de « Elle (et il) sont incapables » que j’aurais pu remplacer, si j’étais vicieux, par « Elle (et il) sont empêchés », juste pour enquiquiner les défenseurs du féminisme grammatical !
On n'avait pas besoin de le faire, à l'époque heureuse, où toute l'Europe diplomatique usait du français. Un peu de cuistrerie au passage. La dictée de Mérimée, dite aussi dictée de l’impératrice car Mérimée la prépara, en 1857, à la demande de l’impératrice Eugénie, fit se couvrir de ridicule orthographique tous les Français qui la firent à la cour. Le meilleur d’entre eux Octave Feuillet fit dix-neuf fautes, Alexandre Dumas fils vingt-quatre, le vainqueur, avec trois fautes seulement, fut…un étranger, le Prince de Metternich (le fils bien sûr), ambassadeur d’Autriche ! Cette époque est révolue et les temps sont durs pour nos leaders politiques comme pour la francophonie !
Différence notable toutefois entre les excursions diplomatico-touristiques de Marine et François ; si la première est allée à New York en première classe (mais avec le tarif couple et sans doute le billet a-t-il été offert sur la caisse noire de Papy Jean-Marie, oublieux des différends familiaux), le second a fait sa tournée du Caucase, certes avec « France Number One » mais avec trois dames. La charmante Najat Vallaud-Belkacem (cet abruti de Dragon13 me propose, je vous le jure, « Vallourec SM », au risque de m'attirer un procès en diffamation car je n'ai jamais rien prétendu de tel) et Fleur Pellerin, jeunes et exotiques compagnes avec lesquelles on a plaisir à boire quelques coupes durant le vol, d’autant que Geneviève Fioraso est là pour servir le champagne. Vous aurez comme moi observé que Fabius, pourtant ministre des affaires étrangères, n'était pas de cette petite fête ; il faut dire que ses méchantes réflexions voire ses menaces à propos du Français condamné à mort en Indonésie et des droits de l'homme risquaient de casser l’ambiance festive. Bref, de la Malaisie au Caucase, il n'y a qu'un pas et quitte à s’envoyer en l’air, autant ne rien se refuser désormais en matière de gonzesses !
Il faut dire que notre François n’a pas lambiné dans le Caucase en dépit des charmes exotiques de ses compagnes !
Après son déplacement éclair en Arménie, le 24 avril 2015, pour les cérémonies du centenaire de ce que les Arméniens s'obstinent à appeler « génocide », au grand dam des Turcs et des Azerbadjainais, notre François a sauté à nouveau dans son avion dès le lendemain pour aller à Bakou. Il fallait bien le faire et « à bas coûts » (cette fois-ci vraiment à Bakou mais Dragon ne m’a pas fait ce « coup bas » !)) car les relations entre les trois Etats voisins (Turquie, Arménie et Azerbaïdjan) sont des plus complexes.
Il est vrai que notre président avait déjà un peu essuyé les plâtres caucasiens, en allant il y a moins d'un an (en mai 2014), en Azerbaïdjan et en profitant de ce séjour pour peaufiner son image internationale de grand et quasi unique défenseur des droits de l'homme. Il y avait en effet décoré (à vrai dire à l'ambassade de France, donc « hors sol » azeri) la militante des droits de l'homme du coin, Leïla Yunus. Cette fois-ci les choses ont été plus discrètes d'autant plus qu'entre-temps la pauvre Leïla, quoique décorée de notre Légion d’honneur, a retrouvé la paille humide des cachots locaux.
Il faut dire que lors des séjours dans le Caucase, les choses ne sont pas simples. Au bon vieux temps, Bakou signifiait à peu près uniquement « pétrole » ; c'est toujours le cas actuellement même si on dépend sur ce point beaucoup plus de la Russie qui est le quatrième partenaire dans cette partie de poker géopolitico-diplomatique, sans compter quelques Etats qui attendent sur une chaise de pouvoir entrer dans la partie.
Je ne vous le fais qu’en deux mots car tout ce petit monde, comme partout, triche plus ou moins ; si l'Arménie est un peu coincée entre la Turquie et l'Azerbaïdjan qui sont deux de ses voisins et ennemis millénaires, l'Azerbaïdjan bénéficie surtout de soutiens plus lointains qui sont ceux des États-Unis, de la Turquie (les ennemis de mes ennemis sont mes amis) et de façon plus inattendue, du moins, pour une vue lointaine … Israël. Sur une chaise un peu plus éloignée, se tient désormais l'Iran qui non seulement est en train de devenir le meilleur pote des États-Unis dans la zone (après avoir été son pire ennemi), mais comprend aussi une forte minorité azéri (15 % de la population de l'Iran). Certes les liens avec la Turquie sont plus forts et très anciens : l’azeri est une langue turque et les deux idiomes sont incompréhensibles mais les deux Etats sont surtout unis par une haine commune et inexpiable de l'Arménie.
Il faut dire un mot, au passage et sans entrer dans le détail tant il est complexe, de la question du Haut Karabakh qui, par son peuplement, est une partie de l'Arménie (du moins à en croire les Arméniens !). L’Arménie a donc été en guerre avec l'Azerbaïdjan entre 1988 et 1994, jusqu'à ce qu'une trêve se négocie grâce à la Russie par l'établissement d'une indépendance de fait du Haut-Karabakh.
Je ne suis pas sûr que tous ces propos soient compréhensibles mais c’est bien la meilleure des preuves que les choses sont très compliquées.
Que notre Saint-François du Caucase se soit envolé d’Erevan pour atterrir à Bakou sans s’être chopé un missile est déjà un exploit, surtout quand on sait qu’il était à Erevan pour célébrer le centenaire du prétendu génocide arménien (à en croire les Turcs et les Azéris qui partagent cette opinion sur le plan politique en dépit de leurs différences religieuses, les premiers étant plutôt Sunnites et les seconds Chiites ! Non pas sur la tête ! Je m’arrête ! ). Je n'ai entendu aucun média français commenter cette étrange cérémonie d’Erevan à laquelle les deux seuls chefs d’Etats importants présents étaient François Hollande et … Vladimir Poutine (que le Président la République de Chypre me pardonne ce raccourci nécessaire !).
Cela ne tenait pourtant en rien du hasard pour de multiples raisons qui se déduisent toutes de mes propos précédents, en dépit de leur obscurité. Des historiens ou des experts un peu informés (donc pas les nôtres) auraient même pu remonter plus loin encore, puisque si les causes du massacre/génocide des Arméniens sont un sujet de débat pour les historiens, il semble bien que l'Empire ottoman ait surtout reproché en 1915 aux Arméniens leur position en faveur de la Russie qui était perçue par les Turcs comme une trahison. L'amitié russo-arménienne étant une des causes envisageables de ce génocide, il était normal qu'un représentant de la Russie éternelle fût présent à ces cérémonies.
Ajoutons que la haine entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan n'a en rien cessé puisque tout citoyen arménien et même tout individu d'origine arménienne se voit interdire l'entrée en Azerbaïdjan. Imaginez le problème, si quelques décennies auparavant, Monsieur Balladur, Premier Ministre français certes (mais né « Balladurian » et en plus à Chypre) avait prétendu se rendre à Bakou et s’était vu refuser l’entrée du pays !
Dans la partie de poker diplomatique, j'évoquais la Russie, toujours présente quoique parfois invisible, même si c'est elle qui a mis fin à la guerre du Haut-Karabakh en 1994. Dans le ballet diplomatique de Saint-François du Caucase, la causette entre François et Vladimir n'était pas non plus un élément à négliger d'autant qu'on a dû en profiter pour parler frégates et contrats.
Comme toujours mon titre « Caucase ou cocasse » a dû vous interpeller, mais peut-être par déformation professionnelle, je suis frappé par le fait qu'il n'y a entre « Caucase » et « cocasse » que de minces différences phonétiques : un « o » ouvert et un « o », fermé (ifférence que je dois être le dernier des Français à faire) et le durcissement de la sifflante (s vs z) ce qui vous en conviendrez, n'est, somme toute, pas grand-chose ! Bof, pour un dimanche… !