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Billet de blog 27 mai 2015

Un exemple pour notre jeunesse : Benoît Hamon.

Robert Chaudenson
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Comme on dit dans les bars de Marseille : « Alors on ne retient plus ici ? » ; voici que reparaissent des figures disparues, sinon oubliées. Le bel Arnaud, rustique et barbu, quoique soigneusement coiffé, s’est fait dimanche dernier sa Roche de Solutré au Mont Beuvray, après avoir faut prévenir la meute des photographes qu’il ne les verrait en aucun cas et sous aucun prétexte (mais peut-être le coup était-il si j’ose dire, monté par « l’Habitat Montebourg » comme dit si effrontément Canteloup !). Même Benoît Hamon revient dans les médias et sur le tapis, à propos du fameux « compte pénibilité », pour lequel à l’en croire, il n'est pour rien puisque la vraie coupable, avec sa loi sur les retraites, est Marisol Touraine. Ces réapparitions seraient-elles liées aux bruits de remaniement comme au discours de Carcassonne ? 

Ce n'est pas là mon propos mais c’est plutôt l'exemplarité de la carrière de Benoît Hamon dans le contexte général actuel qui me frappe comme le parcours qui a été le sien, compte tenu des moyens modestes dont il disposait. 

Devenir ministre de l'éducation nationale de l'enseignement supérieur et de la recherche dans le gouvernement de Manuel Valls le 2 avril 2014 en ayant acquis, modestement, une simple licence d'histoire n'est pas une mince affaire.

Le mieux est que dès 2007-8, il se met en avant au sein du PS et se présente aux élections au poste de Premier Secrétaire ; classé quatrième puis troisième, il monnaye ses voix auprès de M. Aubry qui, retour d’ascenseur pittoresque, le nomme « porte-parole » du PS. Perfidie ? Choix pour le moins étrange en tout cas car B. Hamon n’a pas la parole facile, loin de là ; il bredouille et ponctue tous ses propos de « hum », « bon », « quoi » qui vont faire la joie des imitateurs mais, à terme, le servir en le poussant à se corriger. S’inspirera-t-il des méthodes de ce pauvre bègue de Démosthène, avec ses cailloux ou sa baguette (selon les traditions) , je n’en sais rien mais ça s’est amélioré ! 

Ses débuts dans la vie ont été facilités, comme tant d’autres, par le syndicalisme étudiant et la politique ; à peine licencié (d’histoire pas d’un emploi car en fait il n’en a jamais eu qui ne soit plus ou moins fictif, accumulant dans la suite les postes de « conseiller » des uns ou des autres !), il devient, dès 1991,  « assistant parlementaire » d’un député de la Gironde, PS rocardien (mouvance dont Benoît est alors proche pour un temps, car il en changera souvent, fabiusiens compris !)

B. Hamon est alors successivement « conseiller pour la jeunesse » de Lionel Jospin, Premier Secrétaire du P.S. de 1995 à 1997. Passant de la Gironde au Morbihan, il est battu à Auray aux législatives de 1997 mais entre ensuite, en 1997-8, au cabinet de M. Aubry, ministre de l'emploi, comme « conseiller technique chargé de l'emploi des jeunes », puis comme « conseiller chargé des affaires politiques ». Comme il faut bien un emploi (au cas où…), il est aussi directeur du « planning stratégique » d’Ipsos de 2001 à 2004.

De 2004 à 2009, il est député européen, ce qui est en général l'emploi qu'on propose aux fidèles en panne de mandat, dont on sait que faire ou dont on veut se débarrasser, mais qui est, pour les heureux bénéficiaires, une vraie sinécure. 

Lui qui, comme on l‘a vu, avait « travaillé » (on ne sait trop à quoi et surtout à quel titre…à moins qu’on ne le sache que trop !) chez Ipsos de 2000 à 2004, rejoint début 2010 (mais les choses sont un peu floues, même dans ses biographies hagiographiques) une « société d'études d'opinion » le « FIL », fondée par Philippe Hubert et Samuel Jéquier, deux de ses amis. C’est ce qui permet à B. Hamon, en 2011, de se déclarer modestement à la fois « Directeur de société » et « Professeur d’université », sans savoir ni même se douter que ce cumul est interdit !

Sans chercher à entrer dans un détail inutile et sans doute volontairement un peu opacifié, on peut noter que B. Hamon, si disert, à propos de la famille Woerth, sur les conflits d’intérêts et grand pourfendeur de la confusion des genres n’hésite pas trop à la pratiquer ; il est, en effet, en même temps consultant ou directeur d’un institut d’études d’opinion et porte-parole d’un parti politique majeur, le PS, auquel appartiennent par chance la plupart des présidents d’assemblées locales qui sont sans doute parmi les meilleurs (pour ne pas dire les seuls) clients du FIL !

Après les Européennes, il était toutefois urgent de faire bouillir la marmite de B. Hamon (concubin et père de famille selon ses dires sur RMC), de façon plus sûre et plus constante qu’avec ce FIL bien ténu et qui ne paraissait pas se situer au niveau de BVA, de Médiamétrie ou d’Ipsos ! Ayant un pied dans la porte à Paris 8, où il était déjà (heureux hasard) membre du Conseil d’administration), dès octobre 2009, B. Hamon s’est fait recruter comme « professeur associé » pour y intervenir sur « les grandes organisations internationales ».

Faute de temps sans doute, Benoît a omis de préciser qu’il n’est à Paris-Saint-Denis que professeur ASSOCIE, ce qui ne fait nullement de lui un professeur D’UNIVERSITE ; ce serait tout de même un peu difficile pour le titulaire, en tout et pour tout, d’une modeste licence d’histoire, comme le confirme aussi l’article du Who’s Who qui est de sa main ! A peu près n’importe qui peut, en effet, être recruté comme « professeur associé » (c’est même fait pour ça !), à condition d’avoir les « compétences professionnelles » requises dans le domaine en cause, de justifier de cinq ou dix ans d’expérience selon le niveau de recrutement et de rémunération, mais surtout de bénéficier de l’appui interne nécessaire pour que la candidature soit acceptée. Espérons pour lui que Benoît Hamon n’a pas assisté au Conseil d’administration de Paris 8 dont il était membre et qui a entériné sa nomination ! Je ne sais pas du tout quelles sont les compétences et l’expérience professionnelles de B. Hamon en matière de «« grandes organisations internationales » ; je ne les vois pas trop, mais c’était à la commission ad hoc de Paris 8 d’en juger !

Détail amusant. Dans les « Grandes Gueules » de RMC, il est d’usage, en fin d’émission et lors du questionnaire personnel, de demander à l’invité quel est son revenu mensuel. Manque de pot, ce jour-là et comme souvent, l’intervieweur a complètement oublié cette question, souvent gênante !

Comme j'avais fait mention de cette circonstance dans un blog sur B. Hamon, un commentateur anonyme m'a adressé plus tard le commentaire suivant que je vous livre tout cru :

« B. Hamon est repassé dans les « Grandes Gueules » de RMC ce jeudi 29/9/2011. A la fin de l'émission, on lui a demandé sa rémunération totale : 4500 € nets a dit Monsieur Hamon. Le journaliste n'a pas bronché. Quand on sait que son indemnité de Conseiller Régional est déjà au minimum de 2037 € net/M et que son poste de professeur associé (c'est-à-dire nommé sans en avoir les diplômes) vaut de 5236 à 7443 € net par mois pour huit heures de présence par mois, ça fait déjà un total de plus de 7300 € net par mois sans compter les bénéfices de sa Société LEFIL, où bon nombre de ses clients sont ses amis politiques. Mensonges, mensonges. Il n'y pas de mal à gagner de telles sommes mais il faut les assumer! Il est vrai que c'est plus dur à assumer lorsque toutes ces rémunérations sont acquises grâce au PS et aux copains élus Présidents de Région et autres... »

Je ne sais trop que penser de ce commentaire ! En tout cas, voilà un cas admirable que celui de ce garçon méritant, qui en dépit de la modestie de ses titres universitaires (une modeste licence mais vraie celle-ci !), a réussi d'abord à devenir, plusieurs années, durant Conseiller de nombre de nos ministres, Directeur de société, Professeur d'université comme le déclare lui-même (en falsifiant quelque peu la vérité puisqu'il était professeur associé qui ne suppose aucun titre particulier, surtout  si l'on a la bénédiction du conseil de l’université en cause qui vous est d'autant plus acquis que vous en êtes membre) et même pour finir (mais en attendant mieux) ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et la recherche. Laissera-ton encore longtemps inemployé un tel talent ? Dans un Etat dont les préoccupations majeures sont la promotion de la jeunesse et la lutte contre le chômage, peut-on rêver meilleur exemple ?

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