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Billet de blog 28 juillet 2014

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Si, hier, je me suis intéressé à divers aspects bassement typographiques de deux articles de Mediapart concernant le conflit israélo-palestinien, je voudrais aborder aujourd'hui un problème plus grave et plus douloureux, ainsi que je l'avais annoncé, mais je le ferai par le biais mesquin de la gestion des « Unes » de ce media.

Cette gestion est significative, en particulier pour le Club où elle est, par ailleurs, assez racoleuse ; à Mdp, lorsque vous faites votre entrée dans le cercle des blogueurs lambda (ce qu’on nomme pudiquement, au Nouvel Obs, (hors du « happy few » des « journalistes et des invités ») le « blog des internautes »), par une innocente ruse de journaliste qui s’est un peu bourré le pif et juge avoir inventé par là le bouton à cinq trous, on vous aguiche souvent par une ou deux premières pages (de préférence le week-end où les grosses nuques sont à la campagne) ; cette faveur ne dure guère car les vieux fidèles piétinent d’impatience et si vous n'êtes pas dans la ligne « néo-trotsk » du boss, la trappe n’est pas loin du pinacle, comme la Roche Tarpéienne du Capitole. Si distrait que vous soyez, vous aurez sans doute remarqué que ce sont souvent les mêmes auteurs qu'on retrouve en « une », certains d'entre eux, mais pas tous, étant par ailleurs parfaitement honorables et parfois même intéressants, ce qui est plus rare vu l’indispensable passage au gabarit idéologique préalable.

Certes Gaza est au centre des préoccupations de Mdp ; nous avons vu hier comment une préparation d'artillerie intense y avait été faite en vue du succès des manifestations pro-palestiniennes et parisiennes du samedi 26 juillet, cette manœuvre n'ayant toutefois  manifestement pas donné les résultats escomptés. En revanche, si l'on examine de plus près le contenu des articles, on constate, mais je l'ai déjà suggéré hier, que les propositions successives d'Israël en vue d'une trêve les actions militaires de quatre heures d'abord, de 24 heures ensuite, avaient été rejetées par le Hamas qui avait repris ses tirs de missiles, mais qui, curieusement, avait lui-même fait une offre identique quelques heures plus tard et proposé lui-même une trêve qu'à son tour Israël avait refusée. Toutes ces manœuvres n'ont, semble-t-il, pas eu dans Mdp l’écho qu'on pouvait attendre vu l'importance qui avait été accordée au sujet.

J'ai de même observé qu'il fallait aller chercher dans la presse anglo-saxonne l'information selon laquelle l'école de l'ONU, qui a été bombardée et dans laquelle il y a eu, me semble-t-il, une quinzaine de morts (adultes) un peu inattendus en ce lieu, avait été auparavant mise en garde par Israël en raison du stockage de missiles qui y était opéré, sous couvert ou sous la protection mais sans doute à l’insu (du moins on l’espère) de l'ONU. L'affaire des boucliers humains et de toutes les opérations de couverture du stockage des armes et des munitions sous les bannières humanitaires diverses sont trop attestées et connues pour que j’y revienne ici.

Ce qui a en revanche retenu mon attention a été l'appel de chrétiens en faveur de Gaza  qui a figuré, au départ, en une de Mdp et que je reproduis ci-dessous :

« Des chrétiens lancent un appel « à tous les gens épris de paix à travers le monde pour agir à arrêter la destruction et le carnage qui se passent à Gaza ». Ils demandent un embargo total sur les armes destinées à Israël et à la Palestine, une enquête internationale sur les crimes de guerre, le boycott d'Israël jusqu'à la fin de l'occupation et la mobilisation pour faire pression sur « nos gouvernements ». ». 

Compte tenu de la situation faite aux chrétiens, aussi bien au Moyen-Orient (Irak en particulier) et au-delà dans les Etats, musulmans ou non, comme le Pakistan, le Bangladesh ou le Nigéria du Nord, l'attention portée par des chrétiens d’Europe à leurs coreligionnaires palestiniens, si elle est tout à fait légitime, justifiée et honorable, me paraît en revanche un peu disproportionnée si l’on prend en compte  leur situation et surtout leur nombre en regard  de ceux des populations en cause dans les Etats que je viens de mentionner. Dans la comparaison des « unes » du journal de Mdp on constate d'ailleurs que la part de cet article et surtout sa place sont devenus très rapidement fort modestes ; ce matin même, j'ai dû chercher fort loin ce texte pour ne le trouver, enfin, qu’en bas du journal du lundi 28 juillet 2014.

Je ne doute pas qu'en Palestine et en Israël, ce problème ait place importante ; on peut se demander, en effet, si une loi votée par le Parlement israélien le 24 février 2014 et qui fait pour la première fois la distinction entre chrétiens et musulmans parmi les citoyens arabes d'Israël n'a pas une portée finalement bien plus politique que religieuse. Je cite sur ce point quelques lignes d'un article du magazine OrientXXI.info de Pierre Prier du 31 mars 2014 :

« Les Arabes israéliens chrétiens ne sont pas des Arabes. Telle est l’opinion du député Yariv Levin. Membre du parti d’extrême droite Israel Beteynu, allié au Likoud de Benyamin Nétanyahou et dirigé par le ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman, Levin est l’auteur d’une loi votée le 24 février dernier par le parlement. Pour la première fois, ce texte établit une distinction religieuse entre les citoyens palestiniens d’Israël, ceux que l’on appelle communément les Arabes israéliens ou les Palestiniens d’Israël. Une loi en apparence anodine. Il s’agit seulement de porter de cinq à dix le nombre de sièges d’une commission de lutte contre la discrimination au travail. L’un des nouveaux sièges est réservé à un musulman, et un autre à un chrétien.

Mais d’après le député lui-même, cette loi n’est qu’un ballon d’essai. Levin compte proposer d’autres textes distinguant les chrétiens des musulmans, dans le but avoué de créer une sorte de citoyenneté chrétienne1. «  C’est un instant historique qui pourrait rééquilibrer l’État d’Israël et nous rapprocher des chrétiens, que je tiens à ne pas appeler Arabes, car ils ne sont pas Arabes  », a-t-il déclaré au site web du quotidien israélien Maariv, avant le vote du parlement. Selon lui, «  Les chrétiens sont nos alliés naturels. Ils servent de contrepoids aux musulmans, qui veulent détruire l’État de l’intérieur. Les chrétiens sont aussi préoccupés par l’islam extrême, qui les exclut  ».

D’après le site, Levin prépare d’autres projets, dont l’inscription «  chrétien  » sur les cartes d’identité. «  Cette mention leur donnera accès à des postes de direction des entreprises d’État, une représentation séparée dans les institutions locales et l’égalité des chances dans le monde du travail  », a-t-il précisé. ».

Quoiqu’on les oublie souvent, je rappellerai à cet égard l'existence des Palestiniens chrétiens dont on devrait pourtant se souvenir par l'évocation de l’un des plus célèbres d'entre eux dont le prénom est à lui seul, comme c’est souvent le cas, l'indice majeur de chrétienté : Georges Habache ! Ce héros de la résistance palestinienne était d’une famille grecque orthodoxe, comme mon ami Sélim Abou, dont je croyais, au début de nos relations, qu’il était musulman (à cause de son prénom) avant d’apprendre qu’il était jésuite ce qui est tout de même peu compatible vous en conviendrez ! Pour ce qui concerne les chrétiens de Gaza, je me bornerai là aussi à reproduire un témoignage :

« Iqab* est un chrétien engagé qui vit dans la bande de Gaza. Nous l’avons rencontré avec deux autres jeunes chrétiens dans un appartement de la ville de Gaza. « Ici, la vie est difficile pour les chrétiens. C’est dangereux et il n’y a pas de liberté » nous partage Iqab. « Surtout nous, les jeunes, nous vivons comme dans une prison à ciel ouvert ». La situation a empiré depuis que le mouvement islamiste Hamas a pris le pouvoir en 2006, comme en témoigne Janine* : « Maintenant, on m’insulte tous les jours parce que je suis chrétienne, parfois même des enfants me jettent des pierres. » Les jeunes filles doivent faire très attention à leur tenue vestimentaire pour aller à l’université : « Quand on ne porte pas le voile, ça attire l’attention, » explique une autre étudiante chrétienne. Beaucoup de ceux qui en ont les moyens préfèrent émigrer et ainsi, le nombre estimé de chrétiens a diminué de 3500 à 1500 sur les 5 dernières années. Pourtant, certains des chrétiens qui restent n’ont pas l’intention d’abandonner : l’agence Associated Press rapporte que lundi dernier, plusieurs dizaines d’entre eux ont participé à une marche de protestation contre la conversion forcée à l’islam de deux chrétiens, un jeune homme de 25 ans et une mère de trois enfants. Les manifestants criaient : « Nous te consacrons notre esprit et notre sang, Jésus ! ».

Pour ce qui concerne Israël même, je me contenterai de citer une note fort intéressante d'un article dont je recommande par ailleurs la lecture, toujours dans le magazine Orient XXI info,  à la fin de l'article de Pierre Prier déjà cité : « Palestiniens chrétiens contre Palestiniens musulmans » :

 «  Israël est la seule démocratie qui opère une distinction entre citoyenneté et nationalité : tous les titulaires de la citoyenneté (ezrahut) ont, en principe, des droits égaux, mais seuls certains, les Juifs, forment la nationalité (le’um). En 1970, Shimon Agranat, président de la Cour suprême, a confirmé que l’on ne pouvait pas parler de “nationalité israélienne”, parce qu’il n’existait pas de nation israélienne séparée de la nation juive et qu’Israël n’était même pas l’État de ses citoyens juifs, mais celui des juifs du monde.  », in Alain Gresh, «  Juifs et pas israéliens  », blog Nouvelles d’Orient, 4 octobre 2013.

Je laisse de côté cette question au demeurant fort intéressante, pour en venir à mon sujet principal qui aurait dû être le sort des chrétiens tant au Moyen-Orient (surtout en Irak) que dans des Etats comme le Bangladesh ou le Pakistan. Non seulement le nombre des chrétiens en cause est bien plus élevé, mais le traitement qui leur est infligé est sans commune mesure par sa cruauté scandaleuse avec les discriminations qu'on peut relever à leur égard en Palestine comme en Israël.

En Irak, une des plus anciennes communauté chrétiennes du monde, bien antérieure à l’islamisation évidemment puisqu’on y use encore de l’araméen, la langue de Jésus lui-même , les mesures qui leur sont imposées actuellement et qui sont, comme souvent ailleurs, d'une grande simplicité : la conversion à l'islam ou la mort ! En dix ans, le nombre des chrétiens d'Irak est passé d’un million à 400 000. Cela se passe de commentaires sur la tolérance dont font preuve les musulmans irakiens à l'égard de leurs compatriotes chrétiens !

Pour le Bangladesh et le Pakistan quelques détails suffisent à montrer l'étendue et l'horreur du problème. Selon le rapport publié par l'ONG pakistanaise « Mouvement pour la Solidarité et la Paix », intitulé « Mariages et conversions forcés dans la communauté chrétienne du Pakistan », chaque année, entre cent et sept cents jeunes chrétiennes, « généralement âgées entre 12 et 25 ans, sont kidnappées, converties à l’islam et mariées à leur kidnappeur ou à un autre homme. ». Au Nigéria, Boko Haram n’a donc rien inventé et les méthodes sont les mêmes dans tous ces islams dont les violations infinies et meurtrières non seulement du droit international mais de la simple humanité semblent échapper totalement aux chrétiens qui s’expriment dans Mediapart !

 Après la conquête du Samedi, viendra celle du Dimanche ! Elle a déjà commencé dans ces heureux pays !

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