Je n'entends nullement, vous vous en doutez, être le Bergson de nos médias audiovisuels dont je me demande depuis longtemps par quels procédés mystérieux on parvient à y tirer, des participants comme du public, les rires inextinguibles et quasi hystériques qui accueillent aussi bien les numéros, quelquefois pitoyables, de certains de nos humoristes comme les émissions qui, sous la conduite d’un boute-en-train patenté, aux « vannes » soigneusement et secrètement fourbies à l’avance par quelques collaborateurs anonymes, réunissent une demi-douzaine de "chroniqueur(e)s" (puisqu'il faut, Dieu seul sait pourquoi, les appeler ainsi).
J'ai longtemps pensé qu'on les enivrait quelque peu en coulisse pour leur faire absorber du même coup quelques drogues hilarogènes, mais comme les deux douzaines de spectateurs qui sont nécessaires pour faire chorus sous la houlette d’un « chauffeur de salle » sont aussi frappées des mêmes hilarités, tout aussi injustifiées, je finis par croire que nos chaînes de télévision comme nos stations de radio sont pourvues de studios en fonction de chambres à gaz où l’on a substitué au zyklon quelque puissant produit hilarant qui permette d'activer de conserve tous les zygomatiques présents dans ces enceintes.
Je me demande d'ailleurs pourquoi on baptise « chroniqueurs » les comparses du boute-en-train de service (ce terme, dans son sens initial, est d’ailleurs particulièrement opportun pour quelques-uns d’entre eux), puisque l'essentiel de leurs contributions ne tient en rien à quoi que ce soit qui s’apparente, de près ou de loin, à une chronique, mais consiste exclusivement à se fendre la pêche à jet continu et à gorge déployée. La fonction de « rieur » ne figurant sans doute pas dans les nomenclatures d’emplois de nos officines audiovisuelles et comme ces prestations douteuses leur sont payées (300 ou 400 euros pièce), on s’est rabattu, faute de mieux, sur cette dénomination aussi vague qu’élastique
Le premier devoir et la qualité majeure de ces prétendus « chroniqueurs » est de se plier de rire dès leur arrivée dans le studio et de préférence jusqu’à leur départ. La rigolade dont on fait assaut, à défaut d’esprit ou même de drôlerie, est de rigueur en ces émissions. Naturellement, on se dispute les plus joviaux et les « Grandes Gueules » de RMC, une de nos radios bignoles, qui désormais vire à la « voix du grand capital » via BFM, a trouvé ainsi une recrue de choix avec un prétendu professeur de sociologie (dont je doute un peu de la qualification à l'entendre s'exprimer dans notre langue) ; sa qualité principale est d'être pourvu d’un rire tonitruant qu'il juge sans doute homérique mais qui n'est hélas qu'agricole ! Madame Roselyne, passée de la représentation nationale au PAF (mutation moins radicale qu’on pourrait le croire !) et que j'entendais tout à l'heure au hasard d'un bref séjour dans ma voiture, me paraît extrêmement douée pour le rire à gorge déployée dans lequel son opulence doit en outre faire des merveilles visuelles ! Elle est d’ailleurs déjà chroniqueure me semble-t-il (SGDG car je hante peu ces lieux !).
Le plus drôle de l'histoire est que si l'on fait souvent allusion (et même un peu au-delà) aux vacances des enseignants, nul ne semble s'être aperçu que nos médias audiovisuels se sont désormais strictement alignés sur les congés de nos écoliers ; désormais, aussi bien pour Noël que pour les vacances d’été, ils se mettent en congé exactement comme nos bambins scolarisés. Cela dit, on ne s'en aperçoit pas toujours car ces périodes de vacances sont à la fois meublées par des seconds, des troisièmes voire des quatrièmes couteaux (ce qui explique évidemment les effectifs archi-pléthoriques de nos médias : 12 ou13 000 employés à France Télévision par exemple sans compter les « intermittents » !), mais aussi le goût invétéré pour les resucées des menus audiovisuels du reste de l'année pompeusement baptisés « best off » ou « le meilleur de… ». Inutile de vous dire que ces plats étant déjà, lors de leur première présentation, le plus souvent insipides voire peu comestibles, on imagine aisément ce que peut être leur rediffusion. Cette année, et je crois que c'est là une innovation majeure du PAF, au lieu de se borner à resservir tels quels les mêmes plats, on vous les débite en tranches qu'on vous présente dans un ordre légèrement différent de la disposition initiale. Ainsi pour prendre l'exemple des « Guignols de l'Info » ou de la « Revue de presque » de Monsieur Canteloup, au lieu de vous refiler purement et simplement deux mois d’émissions successives, on va regrouper celles qui concernent les aventures de Jean-François Copé ou les malheurs de la famille Balkany. Passons, la tambouille reste la même mais les assiettes changent un peu. Je me demande si ce n'est pas là une invention nord-américaine ; je n'hésite pas à faire cette hypothèse dans la mesure où toutes ces émissions sont plus ou moins toutes pompées sur celle des Etats-Unis ou du UK, mais, en revanche, je doute fort que les Américains offrent au personnel de production de leur télévision trois mois de vacances par an comme chez nous.
Cela dit et de ce fait, on nous régale désormais dans la période estivale du « mercato » des animateurs qui fait que, s'ils ne changent rien aux salades qu'ils nous proposent Messieurs Laurent Ruquier ou Cyril Hanouna vont, à l’occasion de cet échange standard, se négocier d’abord et surtout un bon supplément de salaire ! Ruquier au lieu de faire son éternel numéro sur Antenne 2 ou Europe 1 va le faire sur RMC ou la 6, tandis que Monsieur Hanouna fera le chemin inverse. Je ne garantis pas l'exactitude des recrutements car fort heureusement que je ne suis pas très familier de ce genre de spectacle. Du cacochyme octogénaire éternel raconteur des mêmes histoires à l’institutrice alcoolique et obèse en passant par les gais pinsonnets, on prend toujours, de toute façon, les mêmes et on recommence !
Toujours est-il que ces divertissements ou prétendus tels de nos médias audiovisuels sont déjà assez nuls durant les périodes d'activité mais ils le deviennent totalement pendant les périodes estivales ; on nous ressert alors inlassablement les mêmes brouets, sans même nous donner la possibilité de voir les films ou des documentaires nouveaux puisque, selon un principe analogue, on nous refile durant l'été tout ce qu'on a déjà vu durant le reste de l'année, ce qui n'entraîne pas pour autant, comme ça devrait être le cas, une suspension estivale de la redevance télévisuelle.